Et le diable a surgi : la vraie vie du légendaire Robert Johnson


Il est le premier des artistes à ouvrir le fameux « Club des 27 », qui regroupe les plus grandes légendes de la musique ayant comme tragique point commun d’être morts à 27 ans. Robert Johnson aurait d’ailleurs vendu son âme au diable à un carrefour contre un talent musical hors du commun. Tout était là pour créer la légende. Deux historiens américains ont consacré plus de cinquante ans de recherches à cette figure du blues pour démêler le mythe de la réalité.

Des ouvrages, des textes ou même des discours à propos de Robert Johnson, il y en a eu beaucoup. Ils ont pu manquer de sources, de précision, d’objectivité, voire même ne pas être factuels du tout. Peu de temps après sa mort en 1938, un discours prononcé pour lui rendre hommage contenait déjà de nombreuses inexactitudes, certaines par ignorance, d’autres pour correspondre à l’histoire que voulait raconter ce spécialiste du blues, pourtant l’un des premiers à avoir défendu Robert Johnson.

Il faut dire que même de son vivant, Robert Johnson était quelqu’un d’assez mystérieux et secret (surtout sur ses techniques de guitare), qui pouvait aussi avoir un caractère très changeant du fait de son vécu et de son alcoolisme. Le manque de sources exploitées jusqu’à présent, les mystères déjà présents de son vivant et sa disparition elle aussi mystérieuse et mystifiée ont tôt fait de constituer une légende. Celle de Robert Johnson, virtuose du blues, la musique du diable.

Cette perception du blues au début du XXe siècle, qui lui aura d’ailleurs valu des souffrances et des drames personnels, et le grand secret qu’il entretenait autour de ses techniques de guitare, n’ont fait qu’accréditer la thèse selon laquelle il aurait vendu son âme au diable à un carrefour en échange de ses dons musicaux.

Mais il n’en est rien. Robert Johnson a voyagé dans tout le Mississippi, et dans de nombreuses régions des Etats-Unis pour construire sa carrière puis sa légende. Il a su obtenir de plusieurs mentors un apprentissage de techniques de guitare qu’il a poussé bien plus loin que ceux-ci. Il a lutté contre les préjugés, contre son milieu et contre tous les obstacles qui se sont dressés sur sa route pour devenir un guitariste de blues reconnu et respecté, et pouvoir enregistrer ses chansons. Il s’est aussi consumé de son alcoolisme et de son amour des femmes, qui lui vaudront de se faire assassiner à l’âge de 27 ans.

Bruce Conforth et Gayle Dean Wardlow ont travaillé très tôt sur la légende Robert Johnson, ils ont recueilli des sources dès les années 60, analysé les archives et rencontré des témoins de l’époque avant leur disparition. Après plus de 50 ans d’un travail précis, minutieux et très documenté, ils nous proposent la biographie définitive de Robert Johnson dans ce livre événement déjà primé aux Etats-Unis. Présenté en France par les éditions Le Castor Astral, ce bel ouvrage comporte de très nombreux documents d’archives et des photos qui viennent illustrer un travail d’une impressionnante précision. En révélant enfin la vraie vie de Robert Johnson et les circonstances exactes de sa mort, c’est l’histoire du blues qu’ils réécrivent.

C’est un livre passionnant, et très accessible pour quelqu’un n’ayant jamais entendu parlé de Robert Johnson avant. On y découvre la vie difficile d’un musicien passionné qui dès son adolescence s’est battu pour développer un jeu de guitare jamais vu auparavant et qui est rentré dans l’histoire bien au-delà de ce qu’il espérait. On ne peut qu’être reconnaissant envers les deux historiens pour ce travail impressionnant, et Le Castor Astral pour cette très belle version française. À découvrir et à dévorer !

Par Jérémy Mercier.