Grizzly : le chant d’amour à la nature de James Oliver Curwood.


Thor, un grand grizzly à la fois majestueux et terrifiant, règne sur un vaste territoire dans le Grand Nord, au cœur des Rocheuses canadiennes. Son royaume est un jour bouleversé par l’arrivée de deux créatures qu’il perçoit par leur odeur étrange, et qui vont lui infliger des blessures semblables à la foudre déchirant ses chairs. En se réfugiant dans la forêt, il fera la rencontre de Muskwa un ourson orphelin qu’il va rejeter dans un premier temps puis qui deviendra son compagnon de voyage et son protégé. Le grizzly va panser ses blessures et offrir à l’ourson un apprentissage de la vie dans un périple qui changera jusqu’aux chasseurs qui les poursuivent.

« Ceci est mon deuxième roman sur la nature, et je le livre au public assorti d’une confession et d’un espoir : la confession d’un homme qui a chassé et tué pendant des années avant de se rendre compte que le monde sauvage nous offre un plaisir bien plus grand que celui de massacrer – et l’espoir qu’après m’avoir lu d’autres comprendront que ce qu’il y a de plus passionnant dans la chasse, ce n’est pas de tuer, mais de laisser vivre. »

Le parti pris de ce roman, c’est d’alterner entre le point de vue animal et celui de l’humain. Véritable déclaration d’amour à la nature et aux animaux, James Oliver Curwood se met dans la peau du grizzly et de l’ourson mais se garde bien d’y appliquer un anthropomorphisme. À hauteur d’ours, il nous embarque dans un voyage au cœur des vallées et sommets des Rocheuses. Il nous faire découvrir les merveilles que recèlent le domaine de Thor et combien celui-ci traite toutes les formes de vie avec respect en ne prélevant avec parcimonie que ce dont il a besoin.

Quant au point de vue de l’humain, c’est le récit de la traque d’un grizzly hors norme qui force les trappeurs à faire preuve de stratégie et d’une solide endurance. Un changement s’opérera pour l’un des chasseurs lorsqu’il constate par deux fois la force violente dont Thor peut faire preuve lorsqu’il y ait contraint, mais surtout lorsque face à la mort il prend conscience de sa clémence.

L’évolution du personnage de Langdon, le chasseur qui devient un amoureux de la nature tentant de réparer les dégâts qu’il a causé, donne aux chapitres sur les humains une profondeur qui dépasse la description de paysages et le récit d’une traque. Si l’on comprend sans le savoir que ce roman est plus ou moins lié à la vie de l’auteur, il explique dans la postface qu’il a rédigé son lien avec Langdon.

Un grand texte, un roman immersif et poétique écrit dans une belle langue, une ode à la nature sauvage qui offre à l’ourson comme au chasseur une leçon de vie digne d’un roman d’apprentissage.

À découvrir aux éditions Gallmeister.

Par Jérémy Mercier.