Plongée dans « OKJA », le film Netflix événement


OKJA n’est pas un film comme les autres. Seulement disponible sur Netflix, il a défrayé la chronique (et fait rager les grands industriels du cinéma) en faisant partie de la sélection officielle de Cannes 2017. Une révolution tout autant qu’un scandale. Mais en dehors de tout cela, qu’en est-il de la qualité même du film ?

C’est le récit fantastique d’une amitié entre une jeune fille, Mija et son gigantesque animal, Okja, qu’elle élève depuis toute petite. L’animal fait partie du projet-test « supers cochons » lancé par une entreprise agro-alimentaire pour créer une nouvelle espèce animale capable de fournir une importante quantité de nourriture. 10 ans après le début du projet, tous les « supers-cochons » distribués sont récupérés comme prévu, y compris Okja, malgré les protestations de Mija. Celle-ci décide de récupérer sa meilleure amie et affronte, avec détermination, des enjeux qui la dépassent et qui la conduiront bien loin de chez elle.

Une coproduction américano-sud-coréenne

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Okja prolonge la carrière internationale du réalisateur coréen Bong Joon-ho après Snowpiercer, à l’accueil et aux critiques plutôt mitigés. On y retrouve l’actrice Tilda Swinton et une distribution qui mélange une nouvelle fois acteurs coréens et anglo-saxons, avec toutefois un déséquilibre en faveur des seconds. Mais le style coréen imposé par le réalisateur ne sied pas à tout le monde et le jeu plus relâché qui en découle se transforme en véritable prestation en roue libre pour certains acteurs. Ainsi, si on appréciera le (double) jeu de Tilda Swinton en directrice de l’entreprise Mirando, celui, plus déroutant, de Jack Gyllenhaal risque de susciter des réactions autant positives que négatives. A l’opposé, l’actrice principale, Ahn Seo-hyeon, réussit à convaincre par sa sobriété. Finalement, c’est Paul Dano qui réalise la performance la plus notable en interprétant le chef bienveillant, mais au caractère passif-agressif, d’un groupe de libération des animaux. Cela n’est nullement surprenant tant son jeu et son physique particuliers conviennent à merveille à ce type de rôle. Dommage que dans l’ensemble, les personnages soient aussi caricaturaux au point de se définir uniquement à travers leurs fonctions.

Un film contestataire

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L’histoire peut se présenter comme une satire contre les OGM et l’entreprise Mirando à l’origine de ces « supers cochons » est une allusion évidente à Monsanto. Mais la satire ne se limite à la dénonciations de l’agriculture transgénique : une grande partie du film s’attache à nous montrer l’obsession des grandes entreprises pour leurs images et la place majeure qu’a pris la communication dans notre société. Et c’est ce point qui est finalement le mieux réussi puisque OKJA arrive à travers les circonvolutions incessantes de Lucy Mirando autour de son apparence et de l’image qu’elle veut donner de son entreprise, à montrer que tout ceci n’est que pure vacuité. Enfin, le film s’interroge aussi sur notre traitement des animaux d’élevages et questionne ainsi notre mode de consommation. Finalement, ces multiples thèmes abordés, même s’ils forment un tout cohérent en terme de fiction, manque de pertinence par rapport à la réalité car le schéma présenté paraît trop simplifié, pour ne pas dire simpliste. Un défaut qui n’en est pas un si on voit le film comme une fable, un conte ou une parabole destiné à un public composé d’adultes mais surtout d’enfants. Seulement, certaines scènes, un peu crues, empêchent de considérer OKJA  comme un film vraiment tout public.

Une réalisation de qualité

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Une nouvelle fois, Bong Joon-ho nous prouve qu’il est un réalisateur avec un excellent sens du rythme et qui aime soigner la composition de ses plans. Les vingts premières minutes nous montrent le quotidien de l’adolescente et de son animal en pleine nature, dans un mode quasi-contemplatif. Mais par la suite, et dès que l’intrigue commence réellement, les péripéties s’enchaînent, les décors urbains prennent le pas sur la nature et le réalisateur en profite pour nous offrir quelques scènes de poursuites vraiment excellentes et bien rythmés. Mais la multiplicité des décors et leurs représentations confirment le manque de subtilité du film. Ainsi, la nature belle et sauvage, sublimée par la lumière du soleil en plein jour s’oppose à l’abattoir aux allures de camps de la mort, forcément enveloppé d’un brouillard et d’une nuit qui semble éternelle. C’est donc une réalisation efficace et une esthétique soignée, certes, mais au service d’un message qui manque une fois de plus de subtilité et d’originalité.

Il nous reste à évoquer Okja ; le véritable cœur du film. Cet hippopotame géant, qui finit pourtant par nous paraître vraiment attachant, est visuellement très laid, non pas à cause de sa conception, mais parce que les effets numériques qui le composent sont trop flagrants. Cela reste un détail et l’on passe rapidement outre, mais c’est regrettable au vu de son omniprésence dans l’histoire et parce que ces effets visuels parfois très grossiers finissent déteignent sur l’esthétique globalement soignée du film.

OKJA reste fidèle à son réalisateur : une œuvre fantastique originale, bien rythmée avec une dose d’action et une touche très prononcée d’humour, souvent burlesque, caractéristiques des films de Bong Joon-ho. Et son message, à défaut d’être complexe ou élaboré, a au moins le mérite d’être véritablement contestataire et d’aborder des thématiques sur des sujets de plus en plus essentiels.

Par Edouard Hespel

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