« LA CONFESSION » non-aboutie de Nicolas Boukhrief


Le prêtre Romain Duris dans LA CONFESSION de Nicolas Boukhrief

Troisième adaptation cinématographique du roman Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck, LA CONFESSION de Nicolas Boukrief nous plonge dans les souvenirs d’une vieille dame qui, ne croyant pourtant pas en Dieu car farouchement communiste, fut autrefois subjuguée par le pouvoir charismatique du nouveau curé du village de sa jeunesse. Dans un contexte d’occupation allemande, les maux de la guerre viennent à la fois perturber et enrichir la relation des deux personnages qui se défient et se lient par les mots.

Plombé par une approche approximative de la période mêlant clichés, stéréotypes tout faits, ambiance artificielle et personnages caricaturaux, le film porté par Romain Duris et Marine Vacth ne trouve son intérêt que lorsque les scènes oublient ce décor pour se focaliser sur la confrontation entre l’homme de foi et la femme cultivée. Par la rhétorique, la séduction des caractères, se met en place un jeu respectueux de séduction idéologique, spirituelle et physique. Mais alors que Nicolas Boukrief cherche à transmettre en toute délicatesse les émotions, la relation qu’il met en scène manque de cœur et de profondeur. En ce sens, des questions pourtant fondamentales afin de nourrir la réflexion autour des différences et du sentiment amoureux, restent en suspens autour de personnages qui ne se révèlent finalement pas assez creusés parce que trop peu tiraillés et malmenés. La tentation du vice n’est pas assez poussée, tandis que les ambiguïtés et le trouble que peuvent amener leur proximité ne sont qu’abordés en surface. La lisse confrontation communisme/Eglise n’aide pas non plus à ce que les ingrédients d’un tel récit prennent, tant ce duel idéologique venu tout droit d’un autre temps nous parle que trop peu. C’est donc avec un amer sentiment que l’on ressort de ce récit peu abouti, mais sauvé par l’interprétation des deux acteurs.

Par Yohann Sed

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