« UNE VIE » : L’adaptation de Brizé ne fait pas oublier Maupassant


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Une Vie est ce genre d’adaptation d’une œuvre littéraire qui nous rappelle combien certaines doivent  à juste titre rester à l’état de romans, et non retranscris sur grand écran. Fasciné par l’œuvre et son personnage principal, essayant de se détacher du poids de Maupassant, le réalisateur Stéphane Brizé n’arrive pourtant pas à le faire oublier pour que l’on vive une vraie belle histoire, un superbe moment de cinéma. Plus les minutes passent et plus on comprend que les personnages du sang de Maupasssant ne s’accordent pas du tout avec la bienveillance que leur accorde Brizé : en conséquence, le fond de l’histoire n’est plus aussi profond, et le récit perd largement en efficacité.

Finalement, cette « vie » ne nous n’intéresse que trop peu. C’est celle de Jeanne, jeune fille du XIXe siècle, rêveuse et idéaliste, surprotégée par ses parents qu’elle adore. Elle finit par se marier avec Julien, un jeune garçon volage et pas très futé. Tous deux ont un enfant, qui a hérité de la douceur d sa mère et de l’idiotie de son père. On suit donc cette femme durant trente années de sa vie, faite de désillusions, de chagrins et, malgré tout, de petits bonheurs.

Interminable, le nouveau film de Stéphane Brizé ne décolle pas et n’a d’autre intérêt que de nous ennuyer face à des scènes trop longues et répétitives. Il n’y a rien qui nous fasse vibrer, qui nous fasse pleurer, qui nous fasse sourire. Même la réplique finale, morale du film, n’a pas l’impact qu’elle doit susciter. Bien au contraire, elle nous déconcerte : après deux heures, on se sent obligé d’exclamer un « tout ça pour ça ?! ». Et les moyens artistiques mis en œuvre pour la mise en scène de ce film comme les beaux décors, les costumes, la photographie soignée et la prédominance à l’écran de la nature, ce format carré chargé de symboles n’y changent rien…

Quel dommage ! Notamment pour la merveilleuse Judith Chemla qui incarne Jeanne avec justesse, ou même pour les quelques étincelles : l’atmosphère et l’environnement, la psychologie des personnages et les faits dans lesquels ils sont précipités. Mieux vaut donc se (re)plonger dans le livre pour découvrir cette histoire bouleversante, plutôt que de voir ce film qui lui extrait tout véritable intérêt.

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BANDE-ANNONCE DU FILM « UNE VIE » DE STEPHANE BRIZE. Avec Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin et Yolande Moreau. Sortie le 23 novembre 2016.

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Par Yohann Sed

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