Mixité et partage, les missions du Marché des Douves


Ouvert en 2015, Le Marché des Douves se veut être un lieu représentatif de la mixité du quartier SaintMichel. Malgré les difficultés, les moyens mis en œuvre ne manquent pas.

Le Marché des Douves

Le détail du marché - encadréIci point de carottes, de courgettes et autres légumes. Dans ce Marché des Douves, on y trouve plutôt… des idées ! Alors qu’il y a trente ans, cette étonnante structure de verre et de fer forgé fermait ses grilles après un siècle de bons et loyaux services, elle revit et fait peau neuve pour exposer à nouveau fièrement son armature d’acier peinte en rouge.

Situé en plein cœur du quartier Saint-Michel, tout proche du marché des Capucins dont il fût l’excroissance, ce marché longtemps abandonné a été transformé en maison de vie des associations et des habitants. Validé en 2007, ce projet porté par la ville de Bordeaux et la Halle des Douves (association regroupant elle-même toutes les associations membres du projet) a donc mis plus de huit ans à se réaliser avant de trouver la forme que nous connaissons aujourd’hui. Comme l’indique Kirten Lecoq, coordinatrice de la Halle des Douves, « Il a été choisi, par rapport au fonctionnement et au projet, de faire de ce lieu une « boite dans la boite » et de garder un espace scénique – intitulé la salle aux étoiles – qui peut avoir multifonctions. ». En résumé, trois niveaux repartis sur 1600m2 proposés aux associations et aux habitants comme lieu d’échanges et de découvertes… bref, comme lieu de vie.

Dans ce quartier où 67 ethnies se mélangent, le projet a donc eu pour objectif de refléter cette diversité.  « Il fallait que ce soit une boite à outils pour créer des liens et des synergies afin de décloisonner les publics » a souligné K. Lecoq. Malgré tout, la peur d’une gentrification dans ce quartier en pleine mutation était bien présente : « Puisque c’est un lieu beau architecturalement parlant, on attire des associations qui veulent faire des choses pointues, mais on essaye aussi d’ouvrir un maximum pour éviter cette gentrification. Cela permet une mixité réelle ».

Pourtant, malgré cette volonté d’ouverture et une première année ponctuée par quelques 1000 événements, le marché peine à rencontrer les habitants du quartier : « j’habite dans la rue mais je ne sais pas trop ce qu’il s’y passe » concède Pierre, étudiant à Bordeaux. Même son de cloche pour cette habitante qui a préféré rester anonyme : « c’est l’ancien marché mais depuis qu’ils l’ont rénové, je ne sais pas trop ce qu’il y a à l’intérieur… il y a de la musique mais je n’y suis jamais rentrée ! ». Un problème de visibilité dont est bien consciente Kirten Lecoq : « Nous avons à faire un travail de communication sur le projet du Marché des Douves. Il faut aussi améliorer la visibilité à l’intérieur du marché ».

Pour le sociologue Thierry Oblet, maitre de conférences à l’Université de Bordeaux, le mal serait plus profond qu’un problème de communication. « L’idée d’un équipement ouvert à tous est un vieux mythe qui remonte aux années 1950. Cette idée fait trop l’impasse sur les processus spontanés de ségrégation sociale. Les premiers usagers d’un équipement en façonnent souvent l’utilisation d’une manière qui dissuade une autre partie du public potentiel d’y accéder » explique-t-il.

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        Créer des passerelles

Vue sur le Marché des Douves, depuis le jardin des remparts

Depuis le jardin des remparts, le toit du marché domine.

Malgré ce constat, le projet continue de grandir et de se faire connaitre, notamment grâce aux 180 associations membres de la Halle des Douves. « Les associations présentes sont très diverses et nous permettent de toucher un public varié et diversifié à l’image du quartier Saint-Michel » précise Kirten. Ce marché cogéré par la ville et la Halle des Douves compte aussi une soixantaine d’habitants membres et environ 700 adhérents au café associatif. Tout cela est le signe d’une relative insertion de la population locale même si le but reste de faire davantage : « Notre première année d’exercice a été très bonne avec plus de 100 000 visiteurs mais nous n’avons pas eu le temps de mettre en place un objectif de faire ensemble pour accélérer la mixité du public » regrette Kirten Lecoq avant d’ajouter : « lors d’Evento [biennale cuturelle bordelaise] en 2011 et avec l’aide de Jeanne Van Heeswijk nous avions fait collaborer une soixantaine d’associations ensemble », ce qui leur a permis de les faire se rencontrer et de travailler de pair. Le projet actuel est donc de « remettre en route cette dynamique, notamment au travers de notre future plateforme d‘échanges associatifs ».

Ce marché cogéré par la ville et la Halle des Douves compte une soixantaine d’habitants membres et environ 700 adhérents au café associatif : signe d’une  insertion de la population locale, même si le but reste de faire davantage

Cette plateforme devrait permettre, en faisant collaborer les associations qui attirent chacune un public ciblé, de pouvoir mélanger enfin cette multitude de publics. Le tout, afin de décloisonner, de faire bouger les lignes, et de trouver enfin cette mixité souhaitée. « [la césure des publics] va surtout se faire avec ce qui est programmé. Il faut qu’on aille venir chercher les gens, ce qui est un travail que l’on fait au long court » nous confirme notre coordinatrice.  La plateforme viserait ainsi à faire travailler ensemble les associations autour d’un système contraignant de temps disponible des équipements du lieu.

Si comme le déplore le sociologue Thierry Oblet, « les politiques publiques ne marchent jamais, c’est-à-dire qu’elles n’atteignent jamais les objectifs affichés », la mairie de Bordeaux semble essayer de trouver un remède pour arriver à la mixité. En accordant une autonomie de gestion du lieu à l’association La Halle Des Douves, elle permet aux acteurs du quartier de se prendre en main et de gérer ce lieu eux-mêmes. Reste à savoir si les habitants et les associations arriveront à s’entendre pour fabriquer les Douves ensemble comme le proclame un panneau dans l’enceinte du marché.

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Quel avenir pour le Marché des Douves ? La réponse de Kirten Lecoq, coordinatrice de la Halle des Douves :

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Par Elise Brillot, Pauline Corfmat, Yohann Dessalles, Guillaume Fournier et Méline Laffabry

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