« DIVINES », le terrible constat de la délinquance


On se souvient du discours enflammé de Houda Benyamina lors du dernier Festival de Cannes, quand son film a remporté le prix de la Caméra d’Or. Prévu dans les salles pour le 31 août prochain, Divines risque lui aussi de ne pas passer inaperçu, tant le sujet abordé – la délinquance en banlieue – est plus que brûlant.

Un film sur la banlieue, et l’espoir de s’en sortir

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En faire le constat de façon aussi juste, jusqu’à interpeller, faire réagir, énerver ou ouvrir enfin les yeux du spectateur peut être perçu comme une forme de courage chez la réalisatrice, surtout pour un premier long-métrage… Ce qui ne l’est pourtant pas, du point de vue de l’intéressée : « Je ne dis pas que j’ai voulu faire quelque chose de courageux. J’ai toujours eu une grande gueule, j’ai pas peur. […] Quand je monte, je dis que j’en ai rien à foutre de Cannes, et je le pense vraiment. Je préfère faire un film raté qu’un film moyen. du coup ça m’enleve cette peur. On essaye, on essaye, et on se fout de se planter ».

Quoi qu’il en soit, son film relate le parcours semé d’embûches de Dounia (incarnée par Oulaya Amamra), jeune fille pleine d’espoir, rêveuse de s’en sortir et de devenir riche. « En combat avec elle-même et contre son âme, elle cherche à accéder à la spiritualité », explique la réalisatrice, tout en rajoutant qu’elle entend par « spiritualité » cette forme de recherche de vie intérieure. En rencontrant la dealeuse Rebecca (Jisca Kalvanda), elle tombe dans le trafic de drogue et entraine sa meilleure amie (Déborah Lukumuena) dans ce dangereux périple qui tourne à l’injustice. Mais malheureusement, Dounia « n’a pas d’emprise sur ses choix, car elle est animée par la colère. Et comme dirait Aristote, « nul homme n’est libre s’il ne fait se maitriser ». Cela définit Dounia parce qu’elle apprendra tout au long du film à vivre cette colère, à malheureusement la mettre au service du mal ».

L’interprétation plus qu’habitée des trois actrices

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Pour interpréter ces trois personnages, Benyamina a dû trouver des actrices qui « aient l’intelligence humaine, et une capacité de point de vue sur les personnages, la possibilité de l’incarner sans jugement ». Après neuf mois de casting, c’est finalement sa petite sœur qui a été prise pour le rôle de Dounia, elle qui avait été séduite par « les personnages, leurs ambitions, leurs besoins », selon ses propres dires, mais aussi par « ces scènes qui étaient tellement complètes dans les émotions » qu’elles lui semblaient être « un challenge de devoir jouer autant de choses dans un film ».

Sa meilleure amie dans le film met surtout en avant « les choix audacieux niveau scénario, casting, artistique ». Déborah Lukumuena va même jusqu’à dire qu’elle a su tout de suite qu’elle s’engageait dans quelque chose qui n’allait pas répondre aux normes : « on ressentait déjà cette insolence, dans le refus de constituer et de raconter une histoire linéaire, que ce soit d’un point de vue technique ou artistique ». Sans oublier les choix politiques, non habituels et ne répondant pas, selon elle, aux clichés ainsi qu’aux « sempiternelles habitudes du cinéma français ». Tandis que la dealeuse a été intéressée par la complexité de son personnage.

Mais quand on a en face de soi des actrices aussi discrètes et réservées, difficile de se dire que ce sont bien elles qui jouent les caïds. « Il a fallu incarner à la perfection les personnages », explique Oulaya, avant de rajouter : « il fallait être comme eux. On a mangé, dormi comme eux. On faisait vraiment tout. On a fait des repérages pour voir où ces filles-là trainaient, on a regardé beaucoup de films. Et même des documentaires animaliers, car Douania est une prédatrice ». Et après, il y a la transformation physique : « j’ai arrêté la danse classique pour la boxe, la musculation, le parcours, le scooter, le quad… Maintenant j’ai mon BSR, c’est sympa quand même ! [rires] ». Mais surtout, pour pouvoir être crédible dans ce genre de rôles, « il faut les aimer ». Ce qui n’était pas gagné, notamment pour Déborah, qui avait tendance à être moralisatrice face à son personnage qu’elle a eu du mal à comprendre dans les premiers temps.

Un film qui rappelle la triste actualité… sans donner de solutions

Le résultat de ces interprétations est cependant tellement bluffant que, quoi qu’il se passe durant les 1h45 du film, ces personnages restent terriblement attachants. On ne peut donc pas ressortir indifférents face à la scène finale : « Je voulais absolument que Divines soit un film d’émotion avant d’être un film de réflexion, même si j’avais quand même envie qu’à la fin, on réfléchisse », nous a indiqué la réalisatrice. Car il faut bien avoir en évidence que « le film est en résonance avec ce qu’il se passe aujourd’hui. Tout. Que ce soit le 11 septembre, que (malheureusement) le 14 juillet. Il parle de tout cela ».

Certains reprocheront néanmoins à Houda Benyamina d’avoir exposé un problème, tout en mettant de l’huile sur le feu, sans donner ne serait-ce qu’une toute petite solution… Ce à quoi elle répondra sans nul doute : « Je ne suis pas un prophète. Je suis juste une réalisatrice qui essaye de donner son point de vue et pour moi, mon travail c’est de poser des questions. Le travail d’un cinéaste est de poser des questions. Je fais un cinéma d’auteur populaire, bien sur que je dois poser des questions, et j’espère. Une femme après la projection vient me dire « on est dans la merde… en pensant au 14 juillet, et en voyant ce film, je me rends compte que c’est beaucoup plus complexe que je me l’imaginais » ». Tout est dit.

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Bande-annonce du film réalisé par Houda Benyamina. Sortie le 31 aout 2016. 

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