Une histoire d’amour « EPERDUMENT » superficielle


S’il est porté par un duo d’acteurs formidable (Guillaume Gallienne de la Comédie Française et Adèle Exarchapoulos), le film « Eperdument » laisse tout de même un sacré goût amer d’inachevé chez le spectateur…

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Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos lors de leur passage à Bordeaux, le 25 février dernier, pour la présentation du film « Eperdument » de Pierre Godeau

« Un homme, une femme. Un directeur de prison, sa détenue. Un amour impossible » : tel est le synopsis si alléchant d’Eperdument, film réalisé par Pierre Godeau. Librement inspiré d’une histoire vraie, le long-métrage met en scène celui qui nous a offert Les Garçons, et Guillaume à Table !, le génial Guillaume Gallienne de la Comédie Française, accompagné de l’un des plus beaux espoirs féminins du cinéma français Adèle Exarchopoulos, révélée dans le dérangeant mais bouleversant La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. 

Si l’on remarque très vite que ce duo d’acteurs fonctionne, on ne peut s’empêcher de constater que le scénario, lui, pas vraiment. Cet amour impossible entre un directeur de prison et l’une de ses détenues manque de risques, de danger, de peur, d’abandon incontrôlable de soi. Seule une passion naïve et enfantine émerge de cet amour aux contours superficiels. Sans doute parce que l’arrivée des sentiments se fait trop rapide, et ne laisse pas la place à la retenue de deux êtres qui savent pourtant ce qu’ils ne devraient pas faire. 

Alors, tout devient presque simple et trop facile à l’écran : deux personnes qui s’amusent à faire des galipettes derrière une porte non fermée et presque à la vue de tous, un directeur qui passe son temps dans la cellule de son amante avant que celle-ci ne lui envoie des textos à longueur de journée, et une épouse finalement compréhensive des infidélités de son mari ! Eperdument n’est alors qu’une banale histoire de coeur qui, en plus qu’être sans réelle saveur, délaisse un peu trop le cadre qui l’a vue naitre : la prison. Car, à bien y réfléchir, on a du mal à cerner la différence entre une romance qui se passerait au coin d’une rue ou celle-ci dans une maison d’arrêt pour femmes, tant le lieu pourtant si particulier est finalement mal exploité. Par conséquent, la question de l’éthique, de la moralité, des limites qu’imposent la société face à ce genre de relation est à peine effleurée, alors que l’existence-même de ce genre de film se base sur cette réflexion.

Malgré tout, certains contours des personnages restent intéressants. Bien qu’il manque cruellement de crédibilité dans son rôle de directeur de prison, Guillaume Gallienne retranscrit la totale perdition de l’homme amoureux qui se comporte tel un enfant. Adèle Exarchopoulos, quant à elle, joue les femmes fatales malgré elle. Mais si l’ambiguité de la détenue est bien présente, elle apparait cependant trop tardivement, tout comme son air de petit démon qui prend au piège l’ange insouciant qu’est le directeur.

Mais ce premier long-métrage de Pierre Godeau souffre également d’une lacune des points de vue. Trop centrée sur les deux protagonistes, l’histoire aurait eu un éclat de profondeur si, par exemple, les personnages secondaires avaient eu leur mot à dire un peu plus souvent : que pensent les employés de la prison en voyant un directeur se soucier d’une détenue en particulier ? Quels sont les ragots entre les prisonnières dont la plupart sont au courant ? Ces paroles externes, presque inexistantes sur les 1h50 du film, auraient eu plus d’impact sur le danger de la relation. Elles auraient également eu le pouvoir de faire frémir le spectateur qui, finalement, manque d’empathie pour des personnages pas assez mis à l’épreuve.

Le film se laisse malgré tout regarder, certes. Mais il lui manque quand même, une sacrée dose de subtilité, de justesse, d’évasion, et de crédibilité. Une amère sensation envahit le spectateur qui ne peut s’empêcher de penser qu’avec un tel potentiel, le film a oublié de lui offrir une vraie émotion. Celle que l’on ne vit pourtant qu’au cinéma… Sentiment d’inachevé. 

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Bande-Annonce de « Eperdument », de Pierre Godeau. Avec Guillaume Gallienne de la Comédie Française et Adèle Exarchopoulos. Sortie le 2 mars 2016.

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Par Yohann Sed

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