Le danger et le sang de « THE REVENANT »


Après un Birdman poétique et techniquement survoltant, le réalisateur Alejandro Gonzalez Inarritu revient avec The Revenant certes cru et animal, mais tout aussi admirable.

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Si Sydney Pollack allait de sa petite poésie dans Jeremiah Johnson, Alejandro Gonzalez Inarritu ne va certainement pas dans la dentelle avec The Revenant ! L’histoire de son sixième long-métrage n’a d’autre but que de dépeindre des hommes jouant les animaux entre eux… Ou plutôt, ramenés à leurs instincts les plus primitifs, à cause d’une nature dévoreuse et dangereuse. Car si les images sont belles, les lumières éblouissantes et les couleurs ravissantes, ce n’est que pour montrer un endroit merveilleux en apparence : face à la neige, les montagnes et les bêtes, la nature reste en effet un terrible obstacle pour l’homme. L’humanité n’a donc presque plus sa place, si ce n’est chez les indiens qui entourent le personnage principal, incarné par Leonardo DiCaprio.
Malgré tout, ce n’est finalement pas tant l’histoire de vengeance avec sa petite morale toute bête aux airs de déjà-vu qui ravit, mais plutôt la façon dont celle-ci est mise en scène. Outre l’enchainement à un rythme soutenu de scènes souvent crues et… dégueulasses, le spectateur se laisse transporter par une « caméra-témoin ». En perpétuel mouvement, elle glisse à gauche puis à droite, se focalise sur un détail dans une scène où il y aurait encore dix mille choses à dévoiler, pour nous donner cette merveilleuse impression qu’elle ne montre que ce qu’elle a envie de voir. 

Quant à Leonardo DiCaprio, il tranche totalement avec ce qu’il a pu nous offrir auparavant. Si certains commençaient à s’ennuyer de le voir dans des rôles qui se ressemblaient et ne lui permettaient plus de dégager de ses interprétations quelque chose d’inédit ou d’osé (les jolis garçons torturés, c’est bien beau, mais ça suffit !), ils risquent fort bien de rester pantois face aux efforts réalisés pour The Revenant. Parlant très peu, l’acteur a dû cette fois-ci jouer de son physique, de son corps, de ses tripes. Il rampe, il gémit, lance des regards pleins de souffrance et donne ainsi à son personnage une force intérieure puissante, une énergie brulante, une rage de vivre. On ne peut qu’être impressionné par l’investissement fourni dans ce rôle mémorable aussi bien pour lui que pour les spectateurs.
Il serait cependant illégitime d’éclipser l’importance de Tom Hardy qui de son charisme, en impose lourdement à l’écran. Son personnage est lui-même également très intéressant, peut-être même plus que celui incarné par DiCaprio. Cruel aux premiers abords, est-il cependant si mauvais ? il reste lucide dans ses décisions et ne vit d’abord que pour sa propre cause, parce qu’il ne laisse pas de place à la compassion dans cet environnement où il faut parfois être impitoyable pour s’en sortir.
Il est donc difficile de croire, après cette accumulation de points positifs, que cet infernal parcours du combattant d’environ 2h40 ne remporte pas quelques petites statuettes, bien méritées…

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Bande-annonce de « The Revenant », de Alejandro Gonzalez Inarritu. Avec Leonardo DiCaprio et Tom Hardy

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Par Yohann Sed

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