« LE PONT DES ESPIONS », sobre et brillant


Plus qu’un thriller d’espionnage, le Pont des Espions, est une histoire d’hommes empêtrés dans les remous de la Guerre Froide. Séduisant sans en faire trop, le film tient ses promesses.

Le_Pont_des_espions

La reconstitution soignée permet de faire la part belle au scénario

James B. Donovan, c’est un avocat doué et un citoyen lambda. Un homme ordinaire qui atterrit presque à contre cœur, mené par son infaillible sens du devoir, dans un Berlin en pleine Guerre Froide, défiguré par le Mur qui se construit, déchiré entre les intérêts américains, est-allemands et soviétiques. Que vient-il faire dans ce jeu de dupes ? Lui-même ne le sait pas vraiment mais il s’acquitte consciencieusement de son rôle : conclure un échange d’espions entre les deux grandes puissances.

Avec Tom Hanks en héros malgré lui, Spielberg à la réalisation, les frères Coen en cosignataires du scénario avec Matt Charman… Le Pont des Espions était alléchant sur le papier. Promesse tenue : le film est une réussite.

Un homme intègre en pleine Guerre Froide

D’un bout à l’autre en effet, le film séduit par une maîtrise toute en sobriété. Technique et décors impeccables s’effacent pour plonger le spectateur dans l’ambiance de la Guerre Froide.

1957. L’avocat James Donovan est chargé de défendre Rudolf Abel, espion soviétique arrêté par les services américains. L’idée est de lui assurer, au moins en apparence, un procès équitable. Mais voilà, qu’il plaide à la barre ou qu’il négocie avec le KGB, Donovan reste un procédurier, attaché à la Constitution et ses valeurs comme principes suprêmes. C’est comme ça, il ne peut pas s’en empêcher James, et, bien que cela lui coûte sa réputation, il va tempêter jusqu’à obtenir une simple peine de prison pour Abel.

Le devoir accompli, Donovan croit pouvoir retourner au droit des assurances mais c’était sans compter la capture d’un pilote américain, Francis Gary Powers, par l’URSS. Le deuxième acte du film se met en place : sans aucune protection diplomatique, Donovan est envoyé par la CIA à Berlin négocier un échange d’espions, Powers contre Abel.

Quand la réalisation se met au service du scénario

Inspirée de faits réels, l’histoire a le souffle des grands classiques du cinéma américain, avec une coloration presque sépia qui confère une ambiance old school à la production.

Hanks, à l’aise et drôle dans ce rôle qui lui sied comme un gant, tisse un lien complice avec un Mark Rylance attachant en espion malicieux, déjà nominé aux Golden Globes 2016. Avocat brillant mais somme toute père de famille banal et sans histoire, Donovan n’en est pas un personnage lisse pour autant. Homme ordinaire plongé dans un jeu de dupes, il se distingue par une honnêteté à toute épreuve et un caractère borné, bluffeur parfois, qui va lui permettre de remporter plus que la mise.

Le pont des espions - 1

Hanks se glisse à merveille dans le rôle de Donovan

Un film juste et (presque) parfait

Spielberg signe ici un thriller d’espionnage dépoussiéré et loin des clichés. Nulle scène d’action spectaculaire ici, et ce James-là n’a rien d’un Bond. Le Pont des espions, c’est surtout une histoire d’hommes, d’hommes qui inspirent.

De la guimauve tout cela ? Pas vraiment, car humour et bonté côtoient également un certain pessimisme. Si l’intégrité de Donovan peut sembler caricaturale, le film dépeint une Guerre Froide nuancée où la CIA n’a pas beaucoup plus de cœur que le KGB et où la peur du nucléaire frise le ridicule.

Du reste, comment ne pas établir le parallèle avec nos sociétés post 11 septembre et, à présent, 13 novembre ? Donovan en est persuadé : les principes constitutionnels ne doivent pas s’incliner devant l’exigence de sécurité. Il prouve même qu’on peut avoir les deux, et c’est tout à son honneur.

Un vrai regret néanmoins, ce film qui sonne juste est gâché dans ses derniers instants par de nombreuses fins inutiles qui noient la justesse du message dans les bons sentiments. Spielberg ne résiste pas à un happy end mielleux. Mais après tout, les bons sentiments, ça fait du bien.


Bande annonce du film « Le Pont des espions », de Steven Spielberg. Avec Tom Hanks et Mark Rylance. Sorti en salles depuis le 2 décembre.

Par Aude Le Gentil

Publicités