« UN + UNE », Les acteurs sont bons, le film est fade


Claude Lelouch aime l’amour, il en est sous son emprise comme le sont tous ses personnages, quelles que soient les formes que prend ce sentiment dans ces nombreux films. Alors, on se doute bien qu’Un + Une  est de la même trempe…

Elsa Zylberstein et Jean Dujardin dans "Un + Une" de Claude Lelouch

Elsa Zylberstein et Jean Dujardin dans « Un + Une » de Claude Lelouch

Quand les acteurs portent le film

Antoine (Jean Dujardin) est un compositeur de musique de films à succès, multi-récompensé. Alice (Alice Pol), une jeune pianiste, souhaite l’épouser. Mais alors qu’il séjourne en Inde pour composer la musique d’un nouveau film il rencontre Anna (Elsa Zylberstein), femme d’ambassadeur (Christophe Lambert) qui rêverait d’avoir un enfant. Durant le long chemin de la fertilité qu’elle entreprend, Antoine décide de la suivre…. Les deux cœurs apprennent au fil des jours à se connaitre.

Sans hésitations, Elsa Zylberstein dans un Lelouch, c’était une évidence sur le papier, ça l’est à l’écran. Plus surprenant fut un Jean Dujardin devant sa caméra, mais encore plus surprenant est le résultat. Le duo forme un couple complice, amusant et étincelant. Surtout sincère, pur et sans artifice. Pas étonnant qu’il en soit ainsi, quand on connait le talent de Claude Lelouch à transformer des acteurs en de simples êtres humains devant la caméra, et à filmer des séquences au plus proche de la réalité, de la vérité.

Un réalisme sans défaut n’est pas… réaliste

Claude Lelouch aime le réalisme, adore capter les instants du quotidien, mais s’enivre un peu trop de ce cinéma (certes fascinant) où les gens de la vie de tous les jours sont pourtant constamment plus « réussis » et « finis » que dans la vraie vie. Alors paradoxalement, ce faux-réalisme engendre souvent une magie qui nous fait aimer le cinéma. Faux-réalisme que l’on retrouve indubitablement dans Un + Une, mais qui ici, entache plus la pellicule qu’il ne la bonifie.

Avec cette image idéale de l’homme charmant, canaille mais sérieux, et de cette femme belle, intelligente, mais plutôt entreprenante, difficile de croire à une simple histoire d’amour du quotidien, comme on en retrouve à chaque coin de rue, ponctuée par ses doutes, ses hésitations, ses moments de joie ou de profonde tristesse. Ici, au contraire, Un + Une n’est l’affaire que d’une banale histoire de  coeur que l’on ne voit qu’au cinéma, où tout sonne comme une évidence.

Alors, pas besoin de se fouler l’esprit pour comprendre l’issue de ce récit plat, trop tranquille, tant les protagonistes, dès la première scène, nous apportent déjà sur un plateau d’argent ce qu’il se passera à la fin. Ce n’est pas de l’amour capable de nous transformer en madeleines auquel on assiste, mais de l’amour gnan-gnan à peine vibrant, où le doute sur l’issue de cette aventure n’est en aucun cas présent.

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Elsa Zylberstein, Christophe Lambert et Jean Dujardin dans « Un + Une »

Rien ne décolle, tout survole

Il y a des films, pourtant, qui arrivent à nous capter jusqu’au bout, même en sachant ce qu’il se passera. Les exemples sont multiples, surtout dans le cinéma de Lelouch, lui qui reste un grand admirateur du sentiment amoureux. Mais dans Un + Une, le réalisateur D’Un Homme et une Femme est resté tranquille et peinard, mettant de côté la magie de son style aux saveurs raffinées et poétiques, absolument nécessaires pour emporter ces histoires du quotidien qu’il sait pourtant si bien décrire, jusqu’au cieux, jusqu’à l’émerveillement, jusqu’à l’émotion. Ici plutôt, on ne décolle pas. On préfère survoler.

L’observateur Claude Lelouch a trop observé. L’amoureux de l’Inde a trop voulu nous imposer sa passion. Il se contente seulement de filmer de belles images en veux-tu en voilà – sans toutefois tomber dans du voyeurisme lourd et fatiguant! — mais dans quel but, s’il n’y a pas de fond derrière ? Film carte postale, Un + Une l’est assurément. Dommage, quand on porte une aventure dans un pays aux richesses si grandes.

Alors, il est vrai qu’Un + Une n’est en rien un film qui se voulait ambitieux, il voulait seulement raconter une tendre histoire avec pour cadre, un merveilleux pays. Il voulait assurément se baser sur l’essentiel, rien d’autre. Il voulait juste être simple, et sincère. Il l’est, c’est vrai.

Mais rien ne nous empêche, nous spectateurs, de sortir avec cette amère impression qu’Un + Une ne fera pas long feu dans nos mémoires…

Super Bobine a rencontré l’équipe du film. Détails à lire ICI

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Bande-Annonce du film « Un + Une » de Claude Lelouch. Avec Jean Dujardin et Elsa Zylberstein. Sortie au cinéma le 9 décembre.

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Par Yohann Sed

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