Interview à caractère ultra-sex(uel) de NICOLAS & BRUNO


Super Bobine a rencontré ce week-end Nicolas et Bruno, lors d’une « Nuit Rose » du FIFIB qui leur était consacrée. L’occasion de revenir sur leur carrière mais surtout, sur leur film-détournement A La Recherche De l’Ultra-Sex

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Ils sont un peu comme Tic et Tac, Mario et Luigi voire même, Stone et Charden : inséparables. Non vraiment y’a pas à dire, la complicité de Nicolas et Bruno à qui l’on doit des centaines de sketches à la télé mais aussi deux films (La Personne Aux Deux Personnes et Le Grand Méchant Loup) est belle à voir.

Connus pour avoir détourné des films d’entreprises dans Message A Caractère Informatif pour  l’émission culte Nulle Part Ailleurs (Canal+), nos deux compères ont sorti lors des trente ans de la chaine cryptée en novembre dernier un tout nouveau film de détournement et de montage intitulé  A La Recherche de l’Ultra-Sex. Comme le titre le laisse entendre, ce long-métrage complètement dingue (et nous dirons même plus : désopilant !) relate une aventure hors-norme, faite à base de costumes kitchs, de situations incongrues et surtout, de grosses zézettes (oui vous avez bien lu, ce n’est pas une faute de frappe). Les images détournées proviennent en effet de films bien particuliers que votre père – sans doute – regardait en douce pendant que grand-mère s’occupait dans la cuisine : des films pornographiques des années 1980. Et franchement, qu’est-ce qu’on se marre !

Croisés lors de la Nuit Rose du FIFIB qui leur était consacrée [pour voir l’article à ce sujet cliquez ICI], Super Bobine n’a pas pu s’empêcher de leur poser quelques petites questions sur leur parcours, sur ce petit bijou du détournement et enfin, sur la suite de leur carrière…

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EN GUISE DE PRESENTATION

« Cette gigantesque blague dure depuis 25 ans »

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Super Bobine : Comment vous-êtes vous rencontrés et comment avez-vous décidé de devenir doubleurs humoristiques ?

Bruno : Nous nous sommes rencontrés en classe de Seconde, à Versailles. En fait, on a pas décidé d’être doubleurs, on s’y est mis dans notre salon, devant tout ce qui nous passait sous la main, que ce soit des films de cul, des séries,… Et pas que dans le salon d’ailleurs, puisqu’on le faisait aussi dans la voiture. On aime bien doubler les gens ! [rires]

Nicolas : On faisait plein de sketches, on faisait des caméras cachées, on rigolait bien. Et puis au bout d’un moment, un pote nous a fait comprendre que cela pouvait devenir un travail rémunéré, donc on s’est dit « super » ! et cette gigantesque blague dure depuis 25 ans. [rires] 

Quelles sont vos références ?

Nicolas : En matière de danse, c’est Chantal Goya ! [rires]

Bruno : Nous avons été assez marqués par les Nuls, le Splendid.

Nicolas : Nous nous sommes surtout rencontrés autour de la comédie, populaire et française des années 80. On a pas mal de films cultes que l’on a vu 75 fois ensemble : Clara Et Les chics Types, Pour Cent Briques T’as Plus Rien…, Papy Fait De La Résistance, Un Eléphant Ca Trompe Enormément, Deux Heures Moins Le Quart Avant Jésus-Christ…

Que des films avec des titres super longs..!

Nicolas : Exactement ! C’est la raison pour laquelle on a des titres super longs à nos films ! Les Nuls nous ont vachement décomplexé, en se disant qu’on peut en effet faire des petites conneries, avec des moyens simples. D’autant que le cinéma nous paraissait ENORME, et inaccessible. Mais là, avec les Nuls, les premières vidéos, l’arrivée des magnétoscopes, des caméscopes, on s’est dit que c’était possible.

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DOUBLAGE FACON « ULTRA-SEX »

« On savait qu’il devait y avoir une enquête avec des gentils et des méchants dans notre film »

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Votre travail de doubleurs, c’est en fait bien plus que du doublage ! C’est aussi du montage puisque vous faites ce travail de dialoguiste sur des images déjà imposées, avec en conséquence une contrainte supplémentaire qui n’est pas présente sur un film original. Est-ce que cette contrainte imposée est quelque chose qui vous stimule ?

Bruno : Ah ouais, on adore les contraintes ! Cela nous inspire. Et c’est même le principe du détournement, qui est de trouver un décalage par rapport à une image déjà existante. Et d’être, à cause de ça, en connivence avec le spectateur qui a déjà des référents dans l’image. Et ça, c’est super.

Nicolas : Le spectateur se fait lui-même une histoire. C’est pour cela qu’un détournement ne doit pas être trop long. Mentalement, c’est un peu technique : tu vois l’image, tu imagines ce que les gens se sont raconté pour faire ce film-là, tu entends ce que l’on en a fait, et c’est déjà un exercice…

Durant la réalisation du film, est-ce que vous aviez déjà pensé à des petits gags dans votre tête avant même d’avoir visionné la vidéo qui vous servirait de support ?

Bruno : On anticipe jamais une histoire, on réagit uniquement par rapport aux images. C’est une manière de se laisser surprendre par une improvisation devant les images et de pouvoir partir ailleurs et n’importe où. On décortique les images, et on note ce que cela nous inspire et ce qui nous vient

Nicolas : …mais toujours sans le son ! On improvise dessus. Pour l’écriture d’A La Recherche de l’Ultra-Sex, c’était un gros boulot et une grosse organisation. On avait déjà de l’expérience pour Message à Caractère Informatif que l’on faisait sur Canal+ pour ainsi en tirer des leçons. Très tôt, on s’est dit qu’il fallait travailler avec des spécialistes, des documentalistes, des collectionneurs qui allaient nous ressortir des images inédites. On avait une charte de recherches très précise. On est allés chez des mecs qui ont des Sex-Shops et des vidéos-clubs porno depuis les années 1970, avec des locaux où sont entreposés des cassettes VHS. L’idée était que ces personnes nous proposent des choses, qu’ils comprennent bien l’esprit que l’on voulait.

Le plus intriguant est que certaines scènes que l’on trouve dans ces films pornographiques prêtent déjà à rire…

Bruno : Il y a en effet des situations absurdes : Qui a eu l’idée de tourner Cyrano de Vergerac, des gens en rollers qui essayaient de faire l’amour en même temps…? Par ailleurs, on avait aussi des petits paramètres de recherche pour avoir de la matière narrative : des enquêtes, une ou deux scènes d’action.

Nicolas : On savait qu’il devait y avoir une enquête avec des gentils et des méchants dans notre film… Mais c’est venu au bout d’un ou deux mois. D’autant qu’on avait une culture du porno assez limitée, donc on a découvert des choses grâce à des mecs qui ont une culture incroyable, qui ont consacré leur vie au boulard, quoi ! Mais avec des passions de cinéphile… Cinéphiles du cul, complètement.  C’est super parce qu’ils ont assez vite compris ce que l’on cherchait, soit du WTF et un peu d’inédit. Aussi, le porno vintage est assez accessible sur Internet, et sert de produits d’appels pour les chats avec des nanas en live. Donc c’est très facile d’en trouver.

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ET DANS LAVENIR ?

« Doubler des films de boules dans un studio, en slip/chaussettes »

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Maintenant quA La Recherche de l’Ultra-Sex est fini, y aura-t-il une suite ou un projet similaire dans quelques temps ?

Bruno : Ce qui nous motive actuellement est de faire une version américaine dA La Recherche De l’Ultra-Sex puisque le film a été sélectionné au festival d’Austin Fantastic Fest puis au Beyond Fest sur Hollywood

Nicolas : …Et c’est pour de vrai ces sélections, ce n’est pas une blague ! Les gens ne nous croient pas, mais c’est vrai ! [rires]

Bruno : Notre idée est de faire une version américaine avec deux acteurs américains dont on est en contact. 80% des extraits sont américains, qui concernent l’industrie et l’âge d’or du cinéma porno américain. Le but serait de réécrire les blagues, et tout ce genre de choses.

Nous l’avons vu samedi soir [lors de la Nuit Rose du FIFIB], vous vous mettez en scène avec beaucoup d’énergie et de sincérité, pour le plus grand plaisir du public. Avez-vous justement envisagé de faire un « two-men » show ?

Non pas vraiment. En fait, On a projeté A La Recherche de l’Ultra-Sex au palais de Tokyo (Paris), et il y avait un tel rire qu’on s’est dit qu’il fallait absolument sortir le film en salles, qu’on fasse des trucs, qu’on déconne avec les gens, qu’on se marre ! Du coup, on l’a projeté, plusieurs festivals nous ont approché et on a fait la reproduction du robot dans ce film américain qui s’appelle Cinderella 2000, une comédie musicale porno. On s’est dit « On va se faire une réplique du costume, puis on va faire une danse ». Et puis on est là, avec notre valise, avec nos costumes et notre danse… et on s’éclate ! On adore, c’est un truc que l’on a jamais fait. C’est chercher des nouveaux moyens de se marrer, c’est ça le but.

Vous avez réalisé en 2007 La Personne aux Deux Personnes avec Alain Chabat et Daniel Auteuil, mais aussi Le Grand Méchant Loup avec entre autres Charlotte Le Bon et Benoit Poolvoerde. Etes-vous tentés de réaliser un troisième film ?

Nicolas : Non, maintenant c’est terminé. On a trouvé le métier que l’on le voulait faire, c’est à dire doubler des films de boules dans un studio, en slip chaussettes.

Bruno : On met du temps souvent dans une vie à trouver sa vocation, mais maintenant, ça y est !

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Mais en attendant, ne ratez pas la sortie de Vampires En Toute Intimité : Dans l’Ombre de l’Obscurité la Nuit, faux documentaire sur une colocation de vampires, dont la version française a été confiée à Nicolas & Bruno qui ont refait les paroles et les voix à leur manière, avec la participation de Julie Ferrier Alexandre Astier, Bruno Salomone, Fred Testot. Plus d’informations en cliquant ICI.

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Un grand, énorme, gigantesque merci à Nicolas & Bruno.

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Interview réalisé par Clément Corbiat et Yohann Sed

Article par Yohann Sed

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