Vincent Bolloré : le Voldemort du PAF ?


Le groupe Canal + a un nouveau directeur du conseil de surveillance. Cette nouvelle tête pensante c’est Vincent Bolloré, actionnaire principale de Vivendi et septième fortune de France. Une nomination qui a donné lieu au feuilleton médiatique de l’été. Entre accusations de censures et amitiés politiques qui menacent la liberté de parole au sein du groupe audiovisuel, on peut se demander s’il ne s’agit que de purs fantasmes ou si V. Bolloré s’apprête réellement à bâillonner la chaîne télé qui a fait de l’indépendance sa marque de fabrique. Pour mieux comprendre, voici un petit retour sur cette rentrée mouvementée.

Un organigramme remanié

Si les pastilles de Catherine et Liliane, les fameuses secrétaires de rédaction du Petit Journal, s’amusent du climat de paranoïa et de défiance qui plane en ce moment dans les bureaux de Canal +, la vérité n’est pas loin. Ces derniers mois les limogeages express se sont succédé. Début juillet Rodolphe Belmer, le numéro deux de Canal +, était remercié, suivi par Bertrand Méheut son président. V. Bolloré l’a remplacé par un de ses proches, Christophe Thiery, avec qui il compte former un tandem pour relancer la famille Canal.
Une réorganisation qui n’a épargné aucune chaîne. S’ajoutent à la liste des victimes de l’été : Ara Aprikian (président de D8 et D17), Nathalie Coste-Cerdan (directrice du département cinéma), ou encore Cécilia Ragueneau et Céline Pigalle, les deux chefs de file d’I-Télé. La chaîne info a particulièrement été touchée par ce grand ménage. En cause ? De mauvais résultats en termes d’audience, qui font de son concurrent BFMTV, le grand leader de l’information en continu. On peut donc justifier cette restructuration soudaine par la volonté d’établir une nouvelle stratégie éditoriale et ainsi donner un coup de fouet aux résultats du groupe. L’homme d’affaire souhaite en effet « laisser place à un travail plus transparent, plus efficace, moins onéreux ». Un virage qui passe par l’uniformisation des différentes chaînes. Celles-ci seront bientôt rebaptisées C8, C17 et C News, en référence au bateau amiral Canal +.
Cependant la brutalité de ce remaniement, qui ressemble plus à une purge, donne l’impression qu’il s’agit avant tout d’envoyer un message fort : V. Bolloré est aux commandes et il faudra désormais compter avec lui. Beaucoup y voient un moyen pour lui d’imprimer sa marque. Selon un analyste financier relayé par l’AFP, « il souhaite exercer un contrôle éditorial sur toutes les chaînes du groupe ». Mais cet interventionnisme affiché nourrit les craintes d’un conflit à venir entre les intérêts privés du milliardaire et la vocation d’indépendance des médias audiovisuels français.

La fin de l’esprit Canal ?

L’identité de la chaine tenait depuis toujours à son impertinence et à sa liberté de ton. Canal + naît au début des années 1980, à une époque où seules trois chaînes de télévision existent. Elle fait le choix de la singularité en proposant un service à péage, c’est-à-dire crypté pour les non-abonnés. Une offre de programmes payante qui se justifie par la diffusion de films en exclusivité, une large couverture des événements sportifs et les fameux films X en fin de soirée. Mais Canal + c’est aussi des émissions devenues cultes et l’émergence d’icônes du petit écran. Du Top 50 à Nulle part ailleurs, en passant par Groland ou Le Petit Journal, la chaîne cultive son image insolente.
Interrogé en février dernier sur la matinale de France Inter, V. Bolloré donnait sa vision de ce fameux « esprit canal » : « C’est un esprit de découverte, d’ouverture, d’initiative » a-t-il commencé par expliquer, avant d’ajouter : « Parfois, un peu trop de dérision. Je préfère quand ils sont plus dans la découverte que dans la dérision. Parce que parfois, c’est un peu blessant ou désagréable ». Les Guignols de l’Info ont été les premiers à faire les frais de ce point de vue. En juin dernier une potentielle déprogrammation de l’émission culte était évoquée, nouvelle qui a fait l’effet d’une bombe et suscité la colère de nombreuses personnalités, qui l’ont exprimé sur twitter au travers du hastag « #TouchePasAuxGuignols ». Finalement le programme continuera d’exister dans une version quotidienne cryptée, et un rendez-vous hebdomadaire en clair le week end. Revirement de situation qui aura quand même coûté leurs places aux quatre auteurs des Guignols.
Cette décision a soulevé de nombreuses questions quant aux motivations politiques de Bolloré. Des rumeurs sur une requête personnelle de Nicolas Sarkozy n’ont pas tardé à se faire entendre, les deux hommes n’ayant jamais caché leur amitié. L’ancien président avait d’ailleurs pu profiter du yacht de l’homme d’affaire, le lendemain de sa victoire en 2007. Des doutes planent donc quant au rôle qu’aurait joué N. Sarkozy dans cette affaire, alors qu’il est en pleine campagne pour reconquérir l’opinion publique et que sa marionnette le ridiculise chaque semaine.

« Si j’avais un problème avec votre impertinence, je vous aurais viré ! »

Difficile de ne pas faire le lien entre ces nombreuses mises à pied, les tentatives de censures qui se multiplient et certains enjeux de pouvoir. Un exemple supplémentaire qui illustre le danger des relations incestueuses entre politique, intérêts financiers et médias. Il en découle inévitablement une perte d’indépendance pour les chaînes de télévision dans leur mission d’informer. Récemment c’est une enquête sur les évasions fiscales pratiquées par le groupe Crédit Mutuel qui a été retirée de la programmation.
Yann Barthès et son Petit Journal, qui chaque soir décryptent les coulisses du monde politique, ont été cités dans la presse comme les prochaines cibles évidentes. Mais V. Bolloré s’est exprimé à ce sujet assurant : « Si j’avais un problème avec votre impertinence, je vous aurais viré ! ». Une déclaration qui a quand même un arrière goût de mise en garde. Alors qui seront les suivants à subir la loi du grand patron ? Après des rumeurs de menaces à l’égard du chroniqueur de Touche pas à mon poste Bertrand Chameroy, on a appris que Bruce Toussaint, présentateur de la matinale d’I-Télé, serait en tête de liste…

Par Céline Berthenet

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