« MUCH LOVED » de Nabil Ayouch


Acclamé à la Quinzaine, adulé par la presse, et censuré au Maroc, le film de Nabil Ayouch est sorti sur les écrans aujourd’hui et c’est un bijou !

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Much Loved, c’est l’histoire touchante de quatre femmes marocaines prostituées.  Noha et ses copines, Randa, Soukaina et Hlima, vivent la nuit dans les bars et hôtels de Marrakech. Noha, interprétée magistralement par Loubna Abidar,  fait vivre sa famille en payant les factures et son métier comble les frustrations sexuelles des hommes. C’est ce dont parle le film. Féministe et engagé, Much Loved dresse le portrait d’une jeunesse marocaine en décalage face aux valeurs religieuses et archaïque du royaume. D’une liberté de ton, de parole et d’émotions ; le réalisateur sensiblement filme les prostituées marocaines. Méprisées, insultées et bannies dans leur pays, les prostitués sont, ici, sublimées par la caméra. Plein de compassion et les larmes aux yeux, on s’attache à ces femmes courages qui affrontent les plus sombres frustrations masculines d’une société consternée par les questions sexuelles où l’homosexualité est interdite, le tourisme sexuel et la prostitution enfantine existent.  A la fois tragique et noir, l’histoire dramatique de ces femmes s’efface parfois grâce à une mise en scène électrique et aux dialogues hilarants des actrices. Mélodieux, la langue arabe accompagne les tirades désopilantes des acteurs. Presque documentaire, Nabil Ayouch a voulu faire un film de fiction mais sans jamais tromper la réalité. Avec une caméra embarquée, il filme les rues de Marrakech, entre vacarme et beauté, entre la médina et la banlieue, ce plan à lui seul résume le film : l’humanité qui se dégage de Noha, Randa, Soukaina et Hlima et leur combat qu’elles mènent dans un monde peu compréhensif et difficile. On se rappellera de la dernière scène, sur la plage d’Agadir où l’une des prostituées pose une question banale mais essentielle au destin des quatre prostituées, au destin des Femmes marocaines.  Ce film rend hommage à ces femmes qui vivent dans l’ombre, qui ne portent pas de voile qui, finalement, jouissent d’une certaine liberté. Contrairement à la femme marocaine qui pour certain n’est qu’un ventre servant à faire des enfants et s’occuper du mari, les prostituées de Much Loved sont insoumises face aux hommes et libres de leur corps. Ce contraste qui oppose modernité et obscurantisme, croissant dans la société marocaine prend tout son sens lorsque le film après sa projection à Cannes fut censuré et ne sortira pas dans les salles marocaines. Quel comble, quelle ironie, alors que le film est le remède à tous les maux du pays. Le film est un attentat qui éveille les consciences et fait réfléchir sur la société et sur les valeurs familiales, sociales et religieuses du Maroc contemporain. Le film est une réussite, un récit puissant, une fable réaliste incroyablement interprétée par quatre actrices marocaines, qui peuvent être fières car Much Loved est une bombe.

Par Gabriel De Bortoli

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