Hélène Vincent : « Le trac vient avec la conscience de ce que l’on doit au public »


 

En visite à Bordeaux pour présenter le film l’Odeur de la Mandarine de Gilles Legrand dans lequel elle apparait, la comédienne Hélène Vincent est revenue pour Super Bobine sur les grands moments de sa carrière faite de théâtre, de succès, et de trac…

Hélène Vincent et Georgia Scalliet dans 'l'Odeur de la Mandarine" de Gilles Legrand (sortie le 23 septembre)

Hélène Vincent et Georgia Scalliet dans ‘l’Odeur de la Mandarine » de Gilles Legrand (sortie le 23 septembre)

Quel a été le déclic pour vous lancer dans le théâtre ?

Je devais avoir quatre ans et demi. Ma mère se maquillait comme Danielle Darrieux. Ma mère et mon père étaient fans de Danielle Darrieux et Michèle Morgan. Mes parents étaient des gens très modestes et pour eux, le cinéma était la porte du monde. Le fait de les voir si illuminés devant cela, je me suis dit que moi plus tard, je serai comédienne et que je les illuminerai. Et cela ne m’a jamais quitté.

Qu’avez-vous fait comme formation ?

Je suis une autodidacte. J’ai pris quelques cours dramatiques quand j’avais 16 ans. J’ai travaillé très jeune, à partir de l’âge de 15 ans, et je me suis payé ces cours pendant six mois. J’ai présenté le concours du conservatoire à Paris, on ne m’a pas écouté trois secondes et après cela, plus rien. Je suis revenue par la bande grâce à un copain que j’avais rencontré dans ce cours qui était au lycée Louis Le Grand, qui m’a appelée pour un spectacle qu’il devait monter à ce lycée avec un de ces copains. L’un s’appelait Jean-Pierre Vincent, et l’autre, Patrice Chéreau. J’avais 17 ans.

Donc, j’ai fait du théâtre universitaire, alors que moi, je n’étais pas du tout étudiante. Et l’aventure des jeunes compagnies pré et post 48 avec Ariane Mnouchkine.  Puis petit à petit, cela se professionnalise. Lâchent ceux qui ne peuvent pas tenir, et s’accrochent les autres. J’ai fait partie de ceux qui ont pu s’accrocher.

Vous avez une carrière au théâtre, et en parallèle au cinéma. En 1987, c’est la grande révélation avec le film La Vie Est Un Long Fleuve Tranquille, d’Etienne Chatiliez. Vous devenez très connue…

… alors que j’étais totalement inconnue auparavant, oui ! Quand on fait du théâtre subventionné, c’est à peine s’il y a les noms des comédiens sur les affiches. Il y a seulement le nom de l’auteur et des metteurs en scène. J’étais connue des gens qui vont au théâtre de Strasbourg, au théâtre de la Criée, mais de manière générale, on ne me connaissait pas du tout.

Ce succès soudain a-t-il changé quelque chose dans votre approche du métier ?

Cela a changé beaucoup de choses ! Cela m’a d’abord fait vivre un peu plus confortablement, ce qui ne m’était jamais arrivé ! (rires). Cela m’a donné un peu confiance en moi. Dans un moment où j’étais en train d’arrêter ce métier par trop de désespoir, cela m’a relancé et m’a surpris. Cela m’a donné le courage d’affirmer mon désir de faire de la mise en scène. J’avais intérêt à ne pas dévisser et à continuer sur le théâtre. J’ai, à partir de ce moment-là équilibré ma vie d’actrice au cinéma et à la télévision, et de metteur en scène au théâtre.

On imagine que vous avez eu beaucoup de propositions à la suite du succès de ce film…

J’en ai eu pas mal, mais pas de très intéressants, où j’avais l’impression que l’on me proposait toujours Marielle Lequenois (nom du rôle dans La Vie Est Un Long Fleuve Tranquille). Mais petit à petit, grâce à des gens comme Dupontel, Techiné, Brisé, j’ai fait des choses très différentes, car j’ai accepté des choses que des actrices beaucoup plus connues que moi avaient refusé… mais je m’en fous ! La vie fonctionne de façon inattendue, et si j’ai fait deux ou trois trucs grâce à Catherine Deneuve, je suis vachement contente ! (rires).

Avec cette brillante carrière au théâtre, avez-vous encore le trac ?

Oui, de la proportion que le trac prend. Un soir, j’ai abandonné le plateau tellement j’étais mal et d’ailleurs, je n’y suis pas retournée depuis… Bizarrement, j’avais l’impression de mourir. Même avec l’expérience, c’est de pire en pire. Le trac ne va pas avec le talent, mais avec la conscience de ce que l’on doit au public. Et avec la culture que l’on a acquis au fur et à mesure qui fait que l’on sait qu’un spectacle est beau et juste. Je crois qu’on a peur terriblement de décevoir. C’est incroyable de faire ce métier, d’oser monter sur un plateau, de se montrer devant les gens. Le but est de se montrer le meilleur. Si ce n’est pas pour faire cela, il ne faut pas le faire. Si on souffre trop de l’appréhension de ne pas être au niveau, il faut s’arrêter. Peut-être que je reprendrai dans 6 ans, avec un moniteur dans les oreilles qui me soufflera le texte, comme cela se fait pour tas d’autres ! (rires).

Au théâtre, vous êtes aussi metteur en scène. Pour le cinéma, est-ce que cela vous intéresserait d’être réalisatrice ?

Cela m’intéressait beaucoup à une période. Maintenant, it’s too late (en français : c’est trop tard). Mon Bonheur au cinéma est d’être l’interprète du projet des autres.

Connaitre un peu plus Hélène Vincent…

  • Un(e) Comédien(ne) préféré(e) ?

Daniel Darrieux et Michèle Morgan. Je n’ai pas d’idole, ni de Dieu. Mais, il y a des actrices comme Giuletta Masina qui m’ont fait rêver. Il y a également des comédiennes comme Helen Mirren que j’admire énormément.

  • Une pièce préférée ?

Non. Seulement celle que monterai prochainement (rires).

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Hélène Vincent sera de retour au cinéma le 30 septembre dans l’Odeur De La Mandarine. Un film réalisé par Gilles Legrand (Malabar Princess, Tu Seras Mon Fils), avec Olivier Gourmet (Jamais De la Vie, L’Exercice de l’Etat) et Georgia Scalliet de la Comédie Française.

Synopsis : Eté 1918. La guerre fait rage pour quelques mois encore, mais pour Charles et Angèle, elle est déjà finie. Lui, officier de cavalerie y a laissé une jambe. Elle, son infirmière à domicile, vient de perdre au front son grand amour, le père de sa petite fille. Unis par le besoin de se reconstruire, ils nouent une complicité joyeuse qui les ramène à la vie. Sur l’insistance de Charles, Angèle accepte un mariage de raison. Il leur faudra entrer en guerre, contre eux-mêmes et contre l’autre avant d’accepter l’évidence de la passion qui les lie malgré eux…

Bande-Annonce du film :

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Clément Corbiat, Yohann Sed et Blanche Vollais

 

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