Milkshake #6 – Cinq personnages qui cherchent une sortie


Tous les vendredis, l’équipe de l’émission Milkshake (Radio Campus Bordeaux) prend les commandes de Super Bobine, en attendant son retour à l’antenne le 11 septembre ! Aujourd’hui, Camille nous parle de récupération politique, autour de cinq personnalités que nous connaissons bien…

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Pierre Mendès France, interrogé par Jacques Chancel dans l’émission Radioscopie sur France Inter en décembre 1973  (rediffusé cet été) disait :

« Un homme politique doit dire ce qu’il pense, il doit être au service de convictions, il doit se battre pour ce qu’il croit être le bon, le bien. Si il est sur que ce qu’il dit, ce qu’il croit c’est la vérité, du même coup il est sur qu’a la longue il aura raison. »

Pourquoi quarante ans plus tard, des femmes et des hommes politiques, de tous bords confondus, ressentent le besoin de se mêler de tout, d’avoir un avis sur tout, et de transformer tout micro (non ?) événement, en question politique ? Pour répondre à la question, tentons de mettre en parallèle plusieurs histoires récentes, incarnées par « cinq personnages qui cherchent une sortie » pour reprendre le titre d’un épisode célèbre de l’anthologie télévisée La quatrième dimension.1 Cette série n’est pas citée ici de manière anodine : elle mettait en scène les peurs et angoisses de la société américaine au début de la guerre froide, avec des histoires simples mais percutantes.

Notre première protagoniste, Danielle Simonet, est à l’origine de la polémique à propos de Tel-Aviv sur Seine avec ce communiqué :

« La Ville de Paris ose organiser « dans le cadre de ses partenariats culturels avec les grandes villes du monde », une journée mettant à l’honneur Tel Aviv et ses ambiances festives à Paris Plages… Aucun échange avec des israéliens humanistes n’y est prévu, encore moins un débat sur la situation du peuple palestinien. »

Doit-on, quand on parle à des grecs, toujours les ramener à la crise qui frappe leur pays ? Et doit-on alors, quand on parle à des israéliens, les ramener à la guerre qui frappe leur pays ? Quel point de vue limité… le plus gênant c’est qu’en face, le Front National par la voix de Wallerand de Saint Just, le second, a porté son soutien à Tel Aviv sur Seine, récupérant à son tour l’affaire. Et c’est donc un contre rassemblement, Gaza Plage, qui a été organisé par les contestataires. Et voilà le conflit israelo-palestinien en plein Paris. Car c’est bien là le problème. S’intéresser à ce conflit n’est pas un crime, y prendre part en se déclarant pro-untel ou anti-untel est une véritable bêtise. Pourquoi réduire les israéliens à leur triste gouvernement2 ? Pourquoi élever les palestiniens en seuls martyrs ? La souffrance de civils est elle comparable, quantifiable ? La bêtise de politique en tout cas certainement.

Dans la matière d’ailleurs, Nadine Morano, la troisième, est surement la championne toute catégorie. L’ancienne ministre, députée européenne désormais (tournure polie pour dire placard), vient à nouveau de tenter de relancer l’intérêt pour sa personne médiatique en déclarant sur Europe 1, à propos des migrants :

On dit qu’ils quittent leur pays, qu’ils fuient la guerre. Heureusement qu’on n’a pas fait pareil en 39-45 ou en 14 !

Quelle méconnaissance crasse de l’Histoire. Nadine Morano sait elle que plus de huit millions de personnes ont fuit le Nord de la France pour le sud en 1940, en faisant le plus grand exode intérieur de notre Histoire ? Combien de trajectoires de vies affectées ?

La question que l’on peut se poser, c’est comment une femme politique telle que Nadine Morano, casserole après casserole, n’arrêtant pas d’étaler sa betise, et bien que raillée par une grande partie de la classe médiatique et politique, continue à concentrer un certain nombre de partisans. Peut on faire l’hypothèse qu’en face, ce n’est pas mieux ?

Venons en au terrain local, avec Philippe Dorthe, le quatrième. Il a réagit au début du mois, en tant qu’élu local, a un fait divers survenu dans le nouveau quartier Ginko à Bordeaux Lac. Le balcon de l’une des résidences flambant neuves construites ces dernières années s’est effondré. Ni une ni deux, l’incident technique est une affaire politique. Philippe Dorthe fait dans un premier temps référence à sa tribune publiée une semaine plus tôt concernant la construction aux Bassins à Flots d’une tour de 60 mètres et sur la spéculation immobilière. Un combat certainement louable, mais quel est le rapport avec l’incident de Ginko ? Comment le déterminer si vite ? Philippe Dorthe, ancien cheminot, aurait-il été un expert en bâtiment sans que nous le sachions ? Quelques jours plus tard, l’élu réponds aux polémiques engendrés par son opportunisme par un titre moqueur : La « théorie du complot » des méchants polémistes,  qui reprend en parti une autre tribune de 2009, prouvant s’il en était besoin une nouvelle fois son anticipation de l’incident.

Enfin, comment ne pas rappeler le tristement célèbre cinquième, Noël Mamère, qui en octobre dernier réagissait à la mort du militant écologiste Remi Fraisse par un billet sur son blog. « Pour la mémoire de Rémi, nous ferons de Sivens le symbole de nos luttes. » Notons d’une part l’utilisation du prénom du militant, comme si Noël Mamère le connaissait personnellement. Puis la récupération politique assumée, comme si la mort de Remi Fraisse devait « signifier » quelque chose.

Au vu de ces histoires, on peut se poser une question éthique : faut il user de récupération pour s’assurer un avenir dans la politique ? Car est-ce, comme le suggérait Pierre Mendès France, pour des convictions, ou pour recueillir les suffrages et assurer son emploi (si l’on peut qualifier ainsi une responsabilité politique) ?

Le mot de la fin ira à Thomas Boulard, chanteur du groupe Luke, qui revient dans les bacs cet automne. Leur nouveau single s’intitule « C’est la guerre » et dépeint une vision assez noire, bien que réaliste, de la société française d’aujourd’hui. Comme une nouvelle version de la chanson de Noir Désir « Un jour en France ». Juste avant le premier refrain, le chanteur scande cette phrase, simple, efficace, et qui résume assez bien la situation : « Putain mais où est passée la gauche ? ».

1 En VO, la série se nomme « The Twilight Zone » et l’épisode « Five characters in search of an exit »

2 Gouvernement d’extrême droite

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ET N’OUBLIEZ PAS ! DES LE 11 SEPTEMBRE…

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Par Camille Dupuy

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