Milkshake #3 – Syrie : Autopsie d’un drame presque kafkaien


Tous les vendredis, l’équipe de l’émission Milkshake (Radio Campus Bordeaux) prend les commandes de Super  Bobine, en attendant son retour à l’antenne le 11 septembre ! Aujourd’hui, nous ne ferons pas comme la plupart des médias qui racontent sans expliquer. oui, aujourd’hui, nous vous faisons comprendre la situation en Syrie.

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Parce qu’il ne se passe pas un jour sans un flash actu sur la situation ô combien complexe de la Syrie, avec toutes les invraisemblances que le format short news impose, prenons le temps de revenir plus en détails sur un des derniers drames qui continue d’alimenter la fournaise moyen-orientale depuis maintenant plus de 40 ans.  

Vaste plateau calcaire surmonté de quelques anciens reliefs volcaniques, et traversée au nord-est par le fleuve Euphrate, la Syrie occupe une place stratégique faisant d’elle une actrice incontournable au Moyen-Orient, avec sur son flanc ouest, 180 kilomètres de littoral ouverts sur la Méditerranée, sa frontière Nord lui donne comme voisin exclusif la Turquie, alors que celle du Sud lui permet de nouer moult relations avec la Jordanie et l’Irak, sans oublier le Liban à sa frontière sud ouest, faisant office de caisse de résonnance des relations entre voisins, pour le puissant parti Baas qui gouverne sans partage la Syrie depuis le 8 Mars 1963.

Président à vie à partir de 1970, Hafez Al Assad (Hafez le lion en arabe), dirige la République Arabe Syrienne d’une main de fer, muselant toute opposition dans un contexte de guerre froide, où sa liaison avec l’URSS et son nationalo-panarabisme guerrier, lui attira l’hostilité d’Israël et des Etats Unis. Rendant son dernier souffle le 10 juin 2000, c’est sur fond d’un réveil civil de la société syrienne, qu’Hafez Al Assad passe le sceptre et la couronne à son fils Bachar, dont la culture et l’éducation occidentale font naitre un espoir d’ouverture sur le monde, tant au sein de la communauté internationale que dans son propre peuple.

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Manifestation à Hama en 2011

Manifestation à Hama en 2011

Source : AFP

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FEVRIER 2011 – L’Aube d’un espoir

Alors que le printemps arabe – qui s’est transformé en hiver glacial depuis – secoue la Tunisie depuis 2 mois et se propage comme une trainée d’espoir au sud du bassin méditerranéen, débordant même chez le très rigide et conservateur Bahrein, la Syrie doit aussi réagir à l’immense cri de liberté qui anime les multiples manifestations géantes dans les rues de Damas. Face à ce défit, le pouvoir néo-baasiste animé d’un reflexe de type pavlovien, dépêche des milliers d’agents de sa police politique et réprime dans le sang les manifestations.

Alors que le gouvernement syrien crie au complot et à la manipulation, certaines puissances y voient une occasion de « libérer » le pays, en démembrant un puissant et dérangeant acteur régional, capable de troubler leur plan de développement stratégique de l’espace moyen-oriental.

Profitant des carnages opérés par les troupes gouvernementales, la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et la Turquie décident de soutenir l’opposition et les rebelles syriens, leurs fournissant armes et formation. A l’origine composée de libéraux, de Kurdes et d’islamistes modérés, la rébellion  jouissant d’un soutien populaire, parvient à prendre le dessus sur les forces fidèles au régime. Mais au fils des mois, les combattants jihadistes rassemblés sous la bannière du Front Al Nosra affilié à Al Qaida et de celle de l’Etat Islamique, l’un fort de sa double expérience irako-afghane et l’autre regroupant pèle mêle ex soutien de Saddam Hussein, jihadistes internationaux et trafiquants en tout genre, phagocytent les groupuscules rivaux.

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NOVEMBRE 2013 – un tournant de la guerre

Le régiment, soutenu par la Russie et la Chine est parvenu à bloquer toute intervention militaire directe de la communauté internationale et grâce au maintien des livraisons d’armes, de munitions et de pièces détachées, garde la suprématie de l’espace aérien et multiplie les contre- attaques victorieuses. Face à lui la rébellion a changé de visage, désormais en minorité, Kurdes et  libéraux multiplient les appels à l’aide en direction des occidentaux, les frères la terreur, l’Etat Islamique et le Front Al Nosra, s’opposent frontalement pour le leadership des soldats de la foi.

La République Arabe Syrienne peut aussi compter sur les soutiens inconditionnels du Hezbollah libanais, et de l’Iran, son principal allié régional, pour qui cette agitation à l’extrémité de ses frontières n’est pas des meilleurs augures, alors que les installations américaines en Irak, mettant Téhéran à portée d’une action US, rendent les Gardiens de la Révolution nerveux…

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Rebelle syrien, à Alep, en 2012

Source : AFP Photo, Fabio Bucciarelli

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JUIN 2014- Naissance de l’hydre              

La propagande gouvernementale syrienne bat son plein, promettant une reprise en main rapide de l’ensemble du territoire, pendant que Bachar est réélu Président de la République avec un score digne de son défunt paternel.

 Le premier jour du Ramadan, à l’heure du prêche dans une mosquée de Mossoul, apparait un homme       , djellaba et turban noir, longue barbe noire de geai, Abou Bakr alBaghdadi proclame devant une assemblée conquise, la création du Califat, territoire s’étendant à cheval en Syrie et en Irak, où règne la sharia, expression la plus rigoriste de la loi islamique. Daech aka Isis aka Etat Islamique est né.

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SEPTEMBRE 2014- Chammal vs ISIS       

Brans le bat de combat ! La France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et la Turquie, ainsi que quelques autres, se coalisent et déclenchent une campagne de bombardement -Chammal, nom de code de la partie française- afin de freiner l’expansion du mouvement jihadiste en Irak.                                                                                                            

La coalition décide en parallèle de fournir un soutien accru aux Kurdes syriens, au grand dam de la Turquie qui voit d’un mauvais œil ce soutien à un peuple qui demande la création de son état indépendant, empiétant sur  ses frontières.                                                                         

Sachant que la Turquie est la porte principale d’entrée des recrues de Daech en Syrie, d’une part et l’efficacité reconnue du renseignement turque d’autre part, et que la Turquie fait partie de la coalition arabo-occidentale combattant le même Daech…l’ennemi de mon ennemi est mon ami, mais…

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AVRIL 2015 – Bachar Al Assad, ultime recours contre la barbarie ?            

Après les 3 jours effroyablement surréalistes que la France a vécu entre le 7 et le 9 janvier, le développement aussi rapide qu’inquiétant de la secte nigériane Boko Haram, qui s’est revendiquée de Daech et les diverses vidéos de propagande extrémiste, le régime de Bachar Al Assad est devenu une préoccupation secondaire de la communauté internationale, qui a découvert avec effroi l’efficacité de mobilisation et d’action de l’internationale jihadiste, capable de mener une guerre à la fois asymétrique, conventionnelle et médiatique. Preuve en est des rencontres certes timides entres des représentants de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur et leurs homologues syriens…

Pendant ce temps, la société civile compte ses morts, entre l’enclume de la répression aveugle et la barbarie du marteau jihadiste.

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Osman Orsal / Reuters/REUTERS

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ET N’OUBLIEZ PAS ! DES LE 11 SEPTEMBRE…

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Par Mehdi Boukhari

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