« Love », le troublant mélodrame sexuel


Love, la nouvelle œuvre de Gaspar Noé qui a fait couler beaucoup d’encre, se veut être avant tout un mélodrame sexuel, très esthétique et audacieux.

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©Wild Bunch Distribution

Il est le film polémique du moment, celui qui a enflammé la croisette en mai dernier. Pas si sulfureux et choquant qu’on a pu le présenter, Love nous fait faire la connaissance d’un certain Murphy, de sa femme et de son enfant. Un étrange appel lui fait remémorer tout le temps passé avec Electra. Le spectateur se retrouve alors plongé dans ses plus étranges et jolis souvenirs, présentés par des acteurs non professionnels : Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin. A noter également que les scènes de sexe ne sont pas simulées. Le film est par ailleurs interdit aux personnes ayant moins de 16 ans.

L’audace, c’est sans doute ce qu’il faut en premier lieu retenir de cette nouvelle œuvre du réalisateur d’Irréversible et d’Enter The Void. Cette audace de vouloir donner la preuve qu’il est possible de faire un film avec du sexe, beaucoup de sexe, sans tomber dans de la pure pornographie de base, avec toute sa superficialité et sa bestialité. Ici, Gaspar Noé a voulu montrer que le sexe, dans les films, peut aussi se mêler aux sentiments. S’il filme des scènes certes parfois trash mais jamais vraiment vulgaires ni choquantes, c’est avant tout pour nous décrire une romance, une histoire d’amour charnelle, passionnelle et destructrice. Il donne, ainsi, beaucoup de sensualité à la sexualité.

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©Wild Bunch Distribution

L’audace aussi de réaliser ce genre de film en 3D qui, aussi surprenant que cela puisse paraitre, n’est finalement pas si inutile que l’on pourrait penser au préalable. Au-delà de certains effets qui ont certainement bien amusé Gaspar Noé (et dégouté le spectateur), le relief donne effectivement plus de réalisme aux images, toujours soignées. On est par ailleurs ébloui par tout cet esthétisme qui rend belles, très belles des scènes qui dans la vie ne le sont pas forcément. Toutefois, il est regrettable que quelques longueurs se soient faufilées dans certaines séquences, lassant quelque peu le spectateur qui a bien compris le message…

Aussi, force est de constater que Gaspar Noé tend un piège au spectateur qui sait que pour apprécier ce film, il devra accepter tout ce qu’il voit. D’ailleurs, il n’a pas tellement le choix, aux vues de la première scène qui donne tout de suite le ton. Il n’empêche que, une fois embarqué dans cette histoire, le spectateur se retrouve emporté dans un tourbillon d’étrangeté, d’amour, de sexe, de couleurs, et même… de voyeurisme. Et difficile de se dépêtrer de ces images et de l’ambiance tordue une fois que l’on revient sur terre, après avoir subi ce long vertige de l’amour. En somme, l’univers est tortueux et le spectateur – avec les personnages – en ressort torturé. C’est en cela que le film est malsain… tout comme l’histoire d’amour, d’ailleurs, qui n’est pas celle d’un conte de fées. Tout cela qui fait donc de Love un mélodrame sexuel et sensuel, attirant mais repoussant, beau mais dégueulasse, enivrant mais étouffant.  Surtout, déroutant.

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BANDE-ANNONCE DU FILM « LOVE »

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Par Yohann Sed

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