MUSE dégaine « DRONES » et frappe fort malgré quelques bémols


Sorti le 8 juin, Drones du célèbre groupe Muse est l’album événement de ce début de mois. Mais vos oreilles vont-elles aimer ? A priori, oui.

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On en a beaucoup parlé ces derniers mois, il était très attendu, comme chacun de leurs opus, mais pour une raison bien particulière : le retour aux sources. Après un teasing sur plusieurs mois, le 7e album de Muse intitulé Drones est sorti le 8 juin.

Pour rappeler les thématiques de l’album, que vous pouvez retrouver dans l’article consacré à Psycho publié ici il y a quelques mois, le trio a voulu aborder l’écologie profonde, l’écart empathique et la Troisième Guerre mondiale, autour du concept du « drone ». Fin mars, on avait débriefé la sortie du premier single Dead Inside ici, qui s’il peut surprendre à la première écoute puisqu’on attendait plus de guitares, est un titre efficace pour la radio, mais aussi efficace tout court. Après plusieurs écoutes, on finit par prendre la mesure du titre, l’un des meilleurs de l’album, avec ce combo basse/batterie qui avait déjà séduit à la première écoute, avec un Dominic Howard qui frappe ses futs avec une puissance redoutable.

Cet album est construit comme le cheminement d’un personnage de l’endoctrinement et l’aliénation qui l’amèneront à tuer, à la révolte et la prise de conscience, le tout avec un regard lucide sur l’aliénation technologique actuelle et sur le pouvoir destructeur de l’utilisation militaire des drones, qui s’apparentent à une forme de psychopathie. En effet, plusieurs études et essais comparent les psychopathes aux machines, puisque ceux ci, comme ces dernières, sont incapables d’empathie et d’émotions.

Avec cette structure, Muse rappelle aussi l’importance de l’album en tant qu’entité, en ces temps de consommation de la musique en streaming, qui amène l’utilisateur à picorer des singles plutôt qu’à écouter un album en entier. Ils ont construit cet album avec un fil rouge, il s’écoute en intégralité, pour suivre celui ci dans une sorte d’opéra rock (normal pour des fans de Queen). Si on a pu être un peu déçu du trop grand nombre de chansons dévoilées avant la parution de l’album, ce dernier créé une surprise, sans être pour autant une révolution dans la discographie de Muse. Ce n’est pas leur meilleur album, mais il est bien meilleur que le précédent The 2nd Law, qui avait du bon, mais dont on ne retiendra que quelques chansons.

Drones est plutôt bien conçu, et effectivement l’ensemble s’écoute et se savoure davantage comme une entité, et pas comme une collection de chansons. Il y a une cohérence dans l’enchainement des chansons, qui sont, pour la plupart, bien écrites bien composées. Même celles qui sont un peu en dessous du reste sont toutefois relativement convenables. Si Mercy n’est pas LE morceau de l’album, elle se laisse toutefois écouter sans déplaisir, mais encore une fois, trouve plus sa cohérence lors d’une écoute de l’album dans son ensemble. Revolt en revanche est assez en dessous du reste. La pépite The Globalist offre aux fans des orchestrations magistrales de Matthew Bellamy un morceau à la hauteur de leurs espérances, teinté d’influences entre Queen et Ennio Morricone, mais résolument Muse, du moins la partie orchestrale du « son » du groupe.

On ne redira pas ici le bien qu’on pense de Psycho, qui en recyclant un vieux riff de guitare du groupe, construit une chanson diablement efficace. Une guitare justement qui retrouve une place importante dans la construction des chansons. On pense notamment à Reapers, avec un déluge de guitares et un son très heavy, comme un hommage à Rage Against The Machine, une des plus grandes influences du groupe.  Un morceau qui met en scène la traque par des drones d’un homme, laissant peu de chances à la survie de celui-ci, le tout dans une atmosphère oppressante et urgente. On apprécie également The Handler et Defector, deux chansons diablement rock et efficace, qui laissent elles aussi la part belle au trio originel guitare/basse/batterie, porté par les 3,5 octaves de Matthew Bellamy, qu’il étire tel un élastique avec maestria.

Drones est donc dans l’ensemble une réussite, même si les influences du trio anglais sont parfois un peu trop évidentes dans certaines chansons, Muse nous offre toutefois un bon album, un retour aux sources pour les trois britanniques, la maturité et l’expérience de 20 ans de carrière en plus. Christopher Wolstenholme a évoqué la possibilité qu’une partie de la setlist des concerts soit l’album Drones joué dans l’ordre, ce qui, en plus d’être assez rare, serait ici parfaitement cohérent et efficace, si la scénographie suit. Une chose est sûre, on a hâte de retrouver le groupe sur les routes.

Par Jérémy Mercier

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