« Le Dos Rouge », un hymne à l’art et la création


Est sorti sur nos écrans depuis le 22 avril Le Dos Rouge, d’Antoine Barraud, et avec pour la première fois devant la caméra le réalisateur Bertrand Bonello. La création, l’art, sont au coeur de ce film présenté lors de la 65ème édition des Berlinales. Mais que faut-il en penser ? 

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Une voix, celle de Charlotte Rampling, nous plonge dans Le Dos Rouge. Nous nous retrouvons alors, auprès d’un réalisateur réputé, qui travaille sur son nouveau film. Un film sur la monstruosité, sur la peinture. Bref, un projet encore assez flou qu’il a besoin d’approfondir. Alors il se balade de musées en musées, de toiles en toiles, en compagnie d’une historienne d’art avec qui il échange des paroles à la fois étranges et passionnées. Ce réalisateur, il est incarné par… un réalisateur, qui n’est autre que Bertrand Bonello, à qui l’on doit De La Guerre, L’Apollonide, mais encore Saint-Laurent. Il est ici accompagné de Jeanne Balibar et Géraldine Pailhas, sous la direction d’Antoine Barraud qui signe là son deuxième long-métrage.

Et le moins que l’on puisse dire est qu’Antoine Barraud nous donne « à voir ». Le cinéaste nous propose une sorte de film-galerie où s’enchainent toiles sur toiles. Plus que de la simple peinture filmée, cette œuvre très contemplative nous dévoile combien une toile peut devenir obsédante et captivante, mais surtout, vivante. L’atmosphère incarnée par la lenteur et cet univers artistique nous fait prendre le temps de « regarder ». La caméra, elle aussi, nous permet de dire que chaque plan pourrait être une toile. Le Dos Rouge, c’est donc avant tout un film qui joue avec le spectateur, il lui  propose de participer à l’interprétation, et évidemment, de comprendre tout le mécanisme créatif que peut vivre l’artiste.

Mais il faut surtout se rendre compte que LE sujet du Dos  Rouge reste la création. Oui, la création, avec un grand C, celle qui nous habite au plus profond de notre chair. Et plus loin encore, de la construction de tout un film et de sa symbolique, de la façon dont un thème doit être creusé, mais également des liens entre le créateur et les acteurs, le créateur et les producteurs, le créateur et les journalistes. Parfois, l’on aborde même le lien entre le réel et l’imaginaire. Et évidemment, le regard, une fois de plus, est très important. Même central. La logique d’une interprétation donnée n’est pas toujours partagée par l’autre, d’où la subjectivité d’une interprétation et la complexité de ce regard.

L’on fait alors la connaissance de ce réalisateur enfermé dans la spirale d’une nouvelle création encore floue et qui peine à devenir concrète, mais aussi de ces gens enfermés dans une bulle artistique qui ont parfois, des comportements délirants. L’on erre, se perd et s’abandonne avec eux dans ces scènes du quotidien, ces musées, cet univers de l’art et de la création.  

Bertrand Bonello que l’on sait souvent derrière la caméra, nous livre devant celle-ci une formidable interprétation dans la peau d’un cinéaste amateur d’art. Sans doute, peut-être, parce qu’il connait bien le rôle de réalisateur et a conscience de ce que représente le processus d’un nouveau film… Quoi qu’il en soit, Le Dos Rouge est lui-même le fruit, d’une belle création. Chapeau l’artiste.

Bande-annonce du Dos Rouge, que vous pourrez aller voir dans le cinéma Utopia, à Bordeaux, dès le 6 mai

Par Yohann Sed

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