GLOBE STUDENT – Un an aux Philippines, toute une aventure


Pendant quelques semaines, Super Bobine vous fait  voyager aux quatre coins du monde, avec des témoignages d’étudiants qui ont osé franchir le pas. Qui ont osé partir à la découverte de ces merveilleuses contrées. Aujourd’hui, nous partons aux Philippines. 

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philippines_2On m’a souvent demandé, sur un ton ahuri: « Pourquoi les Philippines ? Et c’est où déjà les Philippines ? Et qu’as-tu fait là-bas ? ». Après avoir longuement construit ce projet, je voulais partir à l’étranger depuis longtemps. L’Asie est un continent complètement dépaysant, j’avais pu le constater lors d’un voyage en Corée. Mais pourquoi me suis-je penché sur ce pays, les Philippines ? Outre ces 150 dialectes, la langue étudiée à l’université et parlée par une majorité de filipinos est l’anglais. Mon niveau étant nul, apprendre l’anglais en faisait donc une motivation principale. Mais tout de ce que je lisais sur ce pays, qui allait être le mien, me fascinait.  Forte de son héritage colonial espagnol et américain, les Philippines est le seul pays à dominance catholique d’Asie du Sud Est. Découvert par Magellan en 1521, les Philippines est un archipel de plus de 7000 îles situées entre la  Chine du Nord, l’Indonésie et la Malaisie. Un endroit paradisiaque bordé par l’Océan Pacifique et la mer de Chine.

Je suis parti en juillet 2014 avec une ONG. A but interculturel, cet échange m’a mené sur l’ile de Mindanao, dans la ville d’Ozamiz, 130 000 habitants, autrement dit, en pleine campagne. Je me suis vite adapté au système scolaire. J’ai porté l’uniforme, un pantalon et des chaussures noires, un polo avec l’écusson de l’université.  J’ai étudié au sein du département art et science en Mass Communication.

Là-bas, l’école est assez incroyable. Il n’y a pas de bureau et encore moins de livres scolaires. Des notebooks suffisent, les profs sont jeunes et souvent amis avec les élèves. La classe est bruyante, les étudiants ne parlent pas, mais ils crient, se lèvent, font constamment des blagues. Les philippins sont des gens qui aiment plaisanter, rigoler. Malgré les difficultés et les obstacles de la vie, je n’ai vu personne triste ou dépressif. Au début et pendant longtemps, j’ai été une attraction, tout le monde voulait me parler, me toucher. Pour certains enfants, c’était la première fois qu’ils voyaient un blanc. « Ala ka, morag ci momo ! » en bisaya, le dialecte local, cela veut dire, «  Regardez, il ressemble à un fantôme ! ».  Les gens me prenaient en photo,  c’était assez gênant.  Je sentais les regards sur moi en ville, à la fac, les gens n’ont pas l’habitude de voir des étrangers. Mais j’ai vite découvert petit à petit la ville et ses habitants, leur comportement, leur caractère si différent du nôtre.

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Les vieilles habitudes meurent plus vite que prévu. De nouvelles naissent. Je n’écoutais plus Europe 1, ne lisait plus le Sud-Ouest ou 20 Minutes. Je m’informais en  écoutant  TV Patrol sur Abs.cbn  (en tagalog, la langue nationale).  Je me suis vite habitué à ce vacarme de klaxons et de vendeurs ambulants. Y a-t-il un autre endroit au monde aussi agressif pour les sens ? Les Philippins  qui connaissent leur pays vaquent à leurs occupations. Rien ne pouvait préparer les non-initiés comme moi à cette débauche de bruits et de couleurs, à la chaleur, au mouvement. Les foules qui sans arrêt fourmillent. Au début j’étais submergé, mais on comprend vite que c’est comme une vague. Résistez et vous serrez renversé. Plongez et vous traverserez cet océan. C’est un monde nouveau et différent. Il suffisait de s’adapter, pas seulement s’adapter mais s’en délecter. Et c’est ce que j’ai fait.

Au fil de mon expérience, les idées reçues s’envolent, ma manière de penser a évolué de jour en jour, sans même parfois que je m’en aperçoive. C’est comme une gifle, le premier jour, on reçoit le choc de la main sur sa joue. On est dépaysé et déraciné, perdu dans un monde complètement diffèrent. L’objectif est de rester ouvert d’esprit, comme une greffe, d’accepter ce qu’on me donne,  ce qu’on m’enseigne, et d’éviter le rejet.  Les premières semaines, on sent la douleur de l’impact. La claque est si puissante, qu’on est désorienté. On regarde partout, on essaye et on veut savoir, explorer, goûter… A vrai dire, je n’ai pas vu le temps passer. J’ai rencontré des gens tellement accueillants, j’ai visité des lieux incroyables. Mais après le choc, le désarroi, j’ai ouvert les yeux, parfois compris et retenu les leçons. C’est le plus dur, se confronter à ce nouveau monde, accepter les différences, la façon de réfléchir, d’appréhender les choses, de planifier. Les Filipinos ne sont jamais à l’heure, nous avons notre quart d’heure bordelais, ils ont leurs 2 heures de retard et je n’exagère pas ! Les comportements, les mentalités divergent.  Les Filipinos ne sont pas francs et directs. Il est difficile de savoir ce qu’ils pensent et laissent place aux malentendus.  Ensuite, j’ai dû accepter les conditions sociales, la religion. Dans ce pays du tiers-monde, les inégalités sont immenses, la pollution, la corruption, le népotisme et les mafias pullulent. Frustrant et scandaleux, comment j’ai pu rester les bras croisés ? Les Filipinos ne font rien. Les plus riches et les plus puissants alimentent la corruption, les plus pauvres tentent de survivre. Mais était-ce à moi de faire changer les choses ? Surement pas ! J’ai essayé de comprendre, d’apporter mon opinion, j’ai su me retenir, mais j’ai gardé ma liberté de pensée et de dire, si riche pour moi. J’ai beaucoup parlé avec la dame qui m’a accueilli dans son foyer. Je l’ai appelé Nanay (maman en bisaya). Elle m’a fait beaucoup rire, protectrice, c’est une femme déterminée et courageuse qui élève ses enfants et travaille énormément. Grace à elle, j’ai eu une nouvelle famille, de nouveaux repères, une zone de confort, un refuge. Nanay me manque beaucoup. 11084602_829231200456156_946951352_n

Et aujourd’hui, le temps de l’aventure est terminé, mais que reste-t-il de ces beaux jours ? Des tas de souvenirs, des milliers d’images dans ma tête, des centaines de moments incroyables. C’est comme si j’avais quitté Ozamiz hier. Dire au revoir à ma famille et mes amis m’a fendu le cœur. Etais-ce des adieux ou des au-revoirs, l’avenir me le dira. C’est une tranche de vie au pays des 7000 iles que j’ai vécue. Si j’ai appris quelque chose, c’est que le voyage est une chose unique, qu’on ne vit qu’une fois, qu’il n’y a pas de rattrapage possible. Un voyage c’est une aventure inhérente liée à des tas d’émotions. En d’autres termes pas le temps de s’ennuyer, pas le temps de déprimer. Voyager c’est vivre, c’est se nourrir des autres, de l’inconnue, de la culture, oui, voyager c’est se nourrir de la vie. Et une vie nous en avons qu’une, alors à quoi bon rester chez soi alors qu’il y a le globe à explorer. L’inconnu n’est pas bien loin.

Les Philippines, me manquent énormément, la générosité et l’humour si particulier des gens, ce peuple fier et courageux face aux injustices, les plages de sable fin, le Pacifique azur, les rizières émeraude et les paysages incroyables restent gravé dans ma mémoire. Ici, la vie est facilement déprimante mais on ne sait jamais ce qu’elle nous réserve, j’ai appris cette philosophie en Asie. Qui sait ce que nous réserve demain ? Un jour, je retournerai aux Philippines. 

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Par Gabriel De Bortoli

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