L’envoutant « VOYAGE EN CHINE »


Le premier film de Zoltan Mayer, subtil et bouleversant, est un voyage initiatique au cœur de la Chine, un chef d’œuvre poétique et atomique.

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D’abord il y a Yolande Moreau, sans qui le film ne se serait pas fait. Puis il y a l’histoire d’un deuil, d’un père absent et d’une mère courageuse.  Liliane interprétée donc par Yolande Moreau, apprend la mort accidentelle de son fils, expatrié en Chine. Afin de rapatrier le corps de son enfant, elle décide de partir. En revenant sur les traces de son fils, Liliane entame un deuil doux et délicat à travers un voyage initiatique. Seule face à l’inconnu, ne parlant ni le chinois et peu l’anglais, Yolande Moreau, claudicante, comme une géante par sa taille et son talent, déambule comme une touriste différente et exotique aux yeux des Chinois. Avec un personnage profond, à la fois sensible et fort, l’actrice bouleverse. Venue pour chercher le corps de son fils, Liliane à travers son voyage va commencer un deuil mais aussi un pardon, une rédemption. Elle qui par orgeuil n’a jamais pu venir en Chine. Lilianne écrit ses confessions qu’elle adresse à son fils, sur un journal de bord, qui devient un carnet de voyage. C’est un chemin de croix qui attend Lilianne, mais comme un cheminement , c’est une force lointaine soufflée par son fils qui dans certains détails de la nature, un gecko sur la vitre, le vent dans les bambous, les fleurs naissantes d’un cerisier,  va aider sa mère à réaliser une quête poétique. La caméra discrète et les plans soignés du metteur en scène n’ont rien de pathétiques. Les sentiments tristes sont cachés, les larmes aussi, la joie bourgeonne  et le personnage au fil du deuil assiste à sa propre renaissance. La caméra se concentre sur des objets du temps, les rides d’une main, le papier usé, les rizières éternelles. Le son des feuilles apaise et celui de l’eau ruisselle tout comme la voix douce et rassurante de Yolande Moreau. Sur un vieux tourne-disque les quelques notes et la voix grave de Jaques Brel résonnent dans les montagnes du Sichuan pour rendre hommage au(x) mort(s), aux explorateurs. « T’as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon t’as voulu voir Vesoul  et on on a vu Vesoul » .  Le film célèbre la vie, l’aventure et la renaissance.  Yolande Moreau renait tel un Phoenix  au fil des rencontres et des vies qu’elle croise. Zoltan Mayer, photographe,  réalise un premier film d’une simplicité magique et incroyable. En posant ces bagages en Chine, il joue sur les paradoxes culturels mais c’est finalement les différences  qui s’effacent et laissent place aux sentiments universels, un sourire ou une larme.  Il laisse les images sensorielles et colorées parler. En sortant de la salle ce n’est pas la tristesse qui traverse le spectateur, c’est l’idée forte que l’aventure n’a pas d’âge ni de limites.  Voyage en Chine, tendre et perçant jusqu’à la dernière scène, laisse un sentiment de bienveillance. Porté par le génie de l’actrice, le film ne se regarde pas il se contemple.

Par Gabriel De Bortoli

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