Brigitte Sy et Leïla Bekhti ressuscitent Albertine Sarrazin dans « L’ASTRAGALE »


Mardi 24 Mars, la réalisatrice Brigitte Sy et l’actrice Leïla Bekthi étaient à Bordeaux pour présenter « L’Astragale », tiré du roman éponyme d’Albertine Sarrazin. L’occasion pour elles de nous parler en détails de ce film en salles dès le 8 avril prochain.

_______________

Leïla Bekhti et Reda Kkated dans "L'Astragale" de Brigitte Sy

Leïla Bekhti et Reda Kkated dans « L’Astragale » de Brigitte Sy –

© Alfama Films (ex-Alma Films)

_______________

 19 avril 1957. Albertine, jeune fille de dix-neuf ans, s’évade de la prison de Doullens. En sautant du rempart qui lui rend la liberté, elle se casse un os du pied : l’astragale. C’est au bord de la route, qu’elle croise le chemin de Julien, un voyou qui la recueille. Une rencontre alliée au destin.

Brigitte Sy

Brigitte Sy, réalisatrice de l’Astragale

C’est ce passage bien particulier de la vie d’Albertine Sarrazin, cette histoire d’amour avec ce malfrat, que la réalisatrice Brigitte Sy a voulu raconter dans son deuxième long-métrage. Certes, elle aurait très bien pu évoquer sa jeunesse tumultueuse, le succès phénoménal de ses livres, voire même sa mort tragique et polémique. Mais il n’y avait pas en cela ce souffle qu’elle voulait donner à son film, cette poésie qu’elle voulait faire naitre. D’où l’envie de centrer son œuvre sur cette histoire d’amour.

Pour amener le spectateur au cœur des années 1950, il y a évidemment eu l’usage des décors, des costumes d’époque mais aussi… du noir et blanc. Un noir et blanc « compliqué » à gérer selon la réalisatrice : « On voulait échapper à la reconstitution historique, or le noir et blanc est un piège ». Mais ce qui rend d’autant plus crédible ce retour aux années 1950, ce sont les dialogues : « Le langage vient d’Albertine. J’ai tout lu d’elle de long en large, et puis j’ai vu beaucoup de films de cette époque », ce qui a évidemment influencé la réalisatrice.

Pour incarner Albertine Sarrazin, Brigitte Sy a fait appel à Leïla Bekhti qui ne cache pas que c’est cette « metteur en scène qui [lui] a donné envie de faire ce film », avant d’avouer qu’elle « ne connaissait pas Albertine et le livre », mais qu’elle s’est littéralement plongée dedans, fascinée par cette femme : « Je crois que ça m’intéresse quand le personnage a beaucoup de failles, un personnage lisse, je ne pourrais pas…!  Ce qui m’intéressait, c’est que ce n’est pas une histoire d’amour commune. Julien le dit lui-même : il est tombé amoureux en lisant ses lettres ». Mais outre cette histoire, outre le personnage, « c’était aussi le point de vue de Brigitte Sy » qui l’intéressait.

Mais à priori, se mettre dans la peau d’une personne ayant réellement existé n’est pas chose aisée. L’actrice de Tout Ce Qui Brille explique par ailleurs : « Je pensais que j’allais avoir moins de liberté. Or je crois que sur ce film, je me suis sentie libre ! Avec Brigitte, on parlait beaucoup, on échangeait beaucoup ». A Brigitte Sy de rajouter que « Plus on a de contraintes, plus on trouve la liberté. Il y avait les costumes, les perruques, les langages à ne pas naturaliser, respecter ce qui est écrit à la lettre pour ne pas tomber dans le langage actuel,… Cela a été bénéfique pour Leila d’avoir autant de contraintes ».

_______________

1

Esther Garrel et Leïla Bekhti

© Alfama Films (ex-Alma Films)

_______________

Mais pour parler de Reda Kateb son partenaire à l’écran, Leïla Bekhti n’y va pas par quatre chemins et lâche même un « Ça s’est très mal passé, je le déteste ! [Rires] » plein d’humour. Malgré le fait qu’ils aient eu la chance d’être dans le film Un Prophète, ils n’ont malheureusement pas pu tourner ensemble. Ce fut ainsi un réel plaisir pour les acteurs de pouvoir enfin jouer tous les deux pour L’Astragale. « C’est un acteur que j’aime. C’est vraiment un « bon gars » ».

A côté d’Albertine et de Julien, se cachent des personnages secondaires tous aussi indispensables les uns que les autres pour nourrir le récit. L’on peut alors citer le client d’Albertine au nom de Roger, incarné par Jean-Charles Dumay  qui « a apporté une tendresse infinie, une douceur et une innocence plus forte qu’à l’écriture » du scénario. Ou encore, le personnage de Marie incarné par Esther Garrel, essentiel dans la vie d’Albertine Sarrazin puisque Marie est son amie d’enfance avec qui elle a braqué une vendeuse ; épisode qui l’a amenée en prison. Ou tout simplement parce qu’elle a vécu avec elle une véritable histoire d’amour. Histoire d’amour qui devait être « simple et joyeuse » à l’écran, puisque ce sont avant tout des amours d’adolescentes. Mais il fallait, aussi, qu’elle soit « douloureuse pour Marie, facile à oublier pour Albertine ».

Mais voyez-vous, ce n’est pas la première fois que cette histoire est adaptée au cinéma. Déjà en 1968, soit un an juste après la mort d’Albertine Sarrazin, une version de l’Astragale mettait en scène Marlène Jobert. Leïla Bekhti a alors indiqué qu’elle « a voulu le regarder mais que Brigitte Sy [l’en] a empêché, [l’a] baillonnée ! [rires] », la réalisatrice préférant qu’elles le regardent après le tournage du film. Elles ont par ailleurs programmé cette petite séance pour très bientôt, en attendant patiemment que les spectateurs découvrent la version de 2015…

_______________

Notre interview de Leïla Bekhi à découvrir en cliquant ICI.

BANDE ANNONCE DU FILM – SORTIE EN SALLES LE 8 AVRIL 

_______________

Par Yohann Sed

Publicités