Les « VOICES » de Marjane Satrapi


Marjane Satrapi est enfin de retour. A la conquête d’Hollywood, la réalisatrice et dessinatrice iranienne réalise sont quatrième film, une comédie d’horreur avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton et Anna Kendrick.

 voices-2

On avait adoré Persepolis, une fable autobiographique sur la révolution iranienne, pour sa force et pour son dessin, ludique et reconnaissable. Mais il y a bien longtemps que Marjane Satrapi n’a pas touché à un crayon.  En réalisant Poulet aux Prunes et La Bande des Jotas, Satrapi abandonne la bande dessinée en se lançant corps et âmes dans un cinéma déjanté et loufoque. Et on aime ça.

Avec The Voices, on se demande comment Satrapi a-t-elle fini par tourner aux Etats Unis ? Et bien c’est simple, on est venu lui apporter un scénario qu’elle a trouvé génial, un mélange entre horreur et comédie porté par un personnage dangereusement attachant. Dans une longue interview donnée aux Inrocks, Marjane Satrapi déclare sa flamme aux serial- killers. C’est ça qui lui a fait choisir le film. Tourner aux States, ce n’est pas facile, les metteurs en scène n’ont pas le final cut. « En France le statut de metteur en scène est quasi intouchable, là-bas vous devez tout négocier sans cesse, justifier vos choix (…) on entre dans un jeu qui consiste à avoir l’autre à l’usure, à obtenir le dernier mot…Mais à ce jeu-là personne ne me bat. » dit-elle. Avec The Voices, on reconnait bien la griffe de la réalisatrice, une comédie trash-burlesque, entre un fervent mélange de Blake Edwards pour le coté cocasse et Wes Anderson, pour le coté pop-coloré des costumes et de la photo, sans oublier la touche sanguinolente à la Tarantino. Marjane Satrapi s’amuse avec des références cultes et joue dans la cour des grands.

 

Dans The Voices, on trouve l’acteur Ryan Reynolds, assez convaincant, avec sa tête de béat attendrissante. Il incarne Jerry, ouvrier le jour, dans une usine où il emballe des baignoires et psychopathe la nuit. Célibataire endurci,  il n’est pas solitaire pour autant puisqu’il parle avec ses animaux de compagnie,  son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi niaise qu’indulgente, à qui il révèle un jour son amour pour sa collègue Fiona, jouée par la superbe Gemma Arterton, vu dans Tamara Drewe de Stephen Frears. Tout le monde adore Jerry, même si les gens savent qu’il n’est pas un type stable. Quand t-il s’agit de déchiqueter, égorger ou poignarder, Jerry s’avère être un maitre en la matière.

 

Ce que l’on retient du film, c’est la dynamique cartoonesque de l’intrigue, la musique qui dépote, l’irrévérence de la réalisatrice franco-iranienne, celle de faire parler des animaux tout en faisant du héros un serial killer-lover. On n’oublie pas le générique de fin, à mourir de rire. Reynolds est impeccable dans le costume, mais on s’incline devant la beauté anglaise et fracassante de Gemma Arterton. The Voices, est un film marrant qui ne se prend pas au sérieux, Satrapi s’éclate, les spectateurs aussi. La réalisatrice, n’a plus rien à dire sur l’Iran, tant mieux, elle a tellement d’autres choses à nous montrer.

Par Gabriel De Bortoli

Publicités