Jean-Jacques Annaud et « Le Dernier Loup » – et si l’on se souciait enfin de la beauté de la nature ?


Jean-Jacques Annaud, qui était à Bordeaux le 23 janvier dernier, revient au cinéma avec Le Dernier Loup, une fresque épique qui nous emporte au coeur de la Mongolie au beau milieu des loups. Un film aussi, qui ne laisse pas tout à fait indifférent.

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« Le Dernier Loup », avec Feng Shaofeng dans le rôle de Chen Zhen

 

Jean Jacques  Annaud : « un des sujets du film est que la nature doit être conservée ».

Le Dernier Loup nous fait replonger en 1969. Un jeune étudiant, Chen Zhen, décide de partir en Mongolie-Extérieure pour faire partie de ces gens qui ont pour mission d’instruire les peuples nomades. Il est donc arrivé pour faire apprendre, mais au final, c’est lui qui apprend sur la vie nomade, la vie sauvage, la nature, les loups. Il en sauve même un de la mort, qu’il élève précieusement. Pendant qu’au même moment, le gouvernement chinois décide d’éradiquer tous les loups de la région…

Jean-Jacques Annaud était à Bordeaux le 23 janvier dernier

Jean-Jacques Annaud était à Bordeaux le 23 janvier dernier

Quand ce n’est pas un Ours, ni Deux Frères tigres, il y a évidemment les loups. Tels furent les nouveaux amis de Jean-Jacques Annaud pour son film Le Dernier Loup, un projet plus qu’ambitieux qu’il a porté pendant plus de sept ans. Ce qui est loin d’être un inconvénient pour cet homme qui « une fois de temps en temps, aime bien retrouver le monde de l’instinct et apprendre par soi-même. On retrouve nos racines préhistoriques, et on a tendance à oublier que l’on vient du monde animal ».

Contacté par les représentants politiques chinois qui ne se sentaient pas prêts de réaliser un tel film, et qui ne voulaient surtout pas des américains,  Jean-Jacques Annaud a eu pour mission de mettre sur pellicule Le Totem du Loup, véritable best-seller qu’il qualifie lui-même comme « formidable et exceptionnel ». Pour s’approprier cette histoire, le cinéaste a du « faire simple » : « une fois faite la lecture, il y a des grands thèmes et des scènes qui restent en mémoire et ils sont alors importants. C’est à cela que je dois rester fidèle ». D’autant plus que le livre est porteur d’un message « qui a changé la vision des chinois sur la condition animale : il faut protéger la beauté de la nature ». C’est par ailleurs le message que le cinéaste a voulu véhiculer tout au long du film.

Mais le plus dur pour le réalisateur d’Au Nom de la Rose et de la Guerre du Feu fut sans nul doute de tourner non pas dans une langue qu’il ne maitrisait absolument pas, mais de tourner en compagnie d’une horde de loups. De la patience, il en a fallu pour capter leurs regards et leurs gestes au bon moment. C’est donc sans compter sur son expérience de travailler avec des animaux que Jean-Jacques Annaud a pu mettre en boite son nouveau bijou intitulé Le Dernier Loup : « il faut attendre que les loups soient mis en situation, il faut avoir plusieurs caméras soit sept pour un seul regard. Il faut trouver le bon moment ». Sans oublier la participation à la musique de James Horner, le compositeur de la bande originale du film Titanic, entre autres…

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Feng Shaofeng et Basen Zhabu

Critique du film

Le dernier  Loup a le malheur de nous époustoufler mais de nous épouvanter, aussi. L’émerveillement imprègne le spectateur lorsqu’il voyage dans les steppes de la Mongolie, l’émotion s’empare de lui devant la poésie du récit. Et bien sûr, l’admiration fraye son petit chemin lorsque l’on mesure la prouesse technique de ce film, la patience de la caméra pour faire de ces loups les acteurs principaux.  Parallèlement, Le Dernier Loup choque, marque et transperce de par ses nombreuses séquences de traque, et de tuerie. Alors que les enfants seront à coup sûr touchés par ce petit louveteau, et toute la bienveillance que ce jeune étudiant lui accorde, l’adulte ne peut que cacher à ces mêmes enfants certaines scènes à la limite du supportable. Mais tout ceci dévoile surtout la balance entre le gnan-gnan et récit à la Rambo, où l’on ne cerne plus très bien quel est le public véritablement visé. Le gosse de sept ans ? Ou le papi de soixante-dix-sept ans ? Sans doute les deux, malgré le fait que certains passages seront jugés trop peu amusants mais beaucoup trop tristes pour le gosse, et que d’autres seront totalement ennuyeux voire à la limite de la niaiserie pour papi.

Il n’empêche que le film plaira quand même, grâce à ce contraste surprenant. Pour s’y plonger et se retrouver agréablement surpris par Le Dernier Loup qui n’a pourtant rien d’attirant aux premiers abords, il suffit de mettre de côté tout l’aspect romancé et gnan-gnantesque de quelques scènes pour se laisser guider par le fond historique du film qui malaxe un certain nombre de dénonciations, de réalités. C’est ainsi qu’il plaira grâce à la réflexion qu’il amène sur l’homme et ses préjugés, l’homme et les animaux, l’homme et la nature. Il séduira avant tout pour sa notion d’injustice, qui est synonyme de destin dans cette histoire : l’injustice de s’être fait piqué par les hommes la nourriture pour passer l’hiver, qui amène l’injustice d’être attaqué par des loups alors affamés, qui conduit ainsi à l’injustice d’être tué jusqu’au dernier par l’espèce humaine qui s’estime en danger par simple ignorance. Cette injustice présente sous plusieurs formes à travers les courtes deux heures de film rajoute un degré de plus à l’épouvante ressentie. Qui fera sans doute, pour certains d’entre vous, sortir les mouchoirs de votre poche. L’amoureux fou de la nature mais aussi le réalisateur plus que doué qu’est Jean-Jacques Annaud livre ainsi une œuvre ô combien touchante, mais surtout secouante. Le Dernier Loup, un film pour dire combien la nature est précieuse.

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Par Yohann Sed

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