It Follows : l’horreur magnifiée


Le second film de David Robert Mitchell toujours à l’affiche,  étonne par son audace. Dans le genre de l’horreur, le metteur en scène est inspiré et surprend en bouleversant les codes du teen movie à l’américaine. Mieux vaut tard que jamais pour en parler. Critique

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Ovationné à la Semaine de la Critique l’année dernière, et acclamé par toute la presse, ce petit chef d’œuvre sorti tout droit d’un cinéma américain indépendant audacieux et bourré d’impudence choque par sa mise en scène extrêmement plastique et aux effets spéciaux minimalistes. Le film surprend avec un scénario en apparence ultra simple mais en réalité bien plus rusé qu’il ne parait.  Dans une banlieue pavillonnaire américaine, à Detroit, entre la ville et le ghetto, entre les années 80 et les années 90, Jay a couché avec un mec de passage. Malheureusement ce dernier lui a refilé un terrible fléau. Quelque chose, le « it » du titre,  va la suivre et la hanter partout et surtout lorsqu’elle ne s’y attend pas,  une malédiction qui se propage par le sexe. Pour s’en débarrasser, elle doit faire l’amour à un autre.  Jay devient la victime d’un monstre invisible à tous, sauf à sa proie,  qui prend la forme de n’importe qui et veut à tout prix la massacrer.  Jay, ses sœurs et leurs amis doivent se débarrasser du virus.

Jamais sans caricaturer l’adolescence, les personnages  déambulent dans la banlieue déserte bercée par des ralentis et par une musique lynchienne rythmée au synthétiseur. A Detroit, comme dans Only Lovers Left Alive de Jarmush, la ville est fantôme, le rouge des briques exalte l’image et avec les feuilles mortes d’une fin d’automne, on se croirait dans un épisode de Twin Peak ou même dans un film de Cronenberg. Ultra stylisée mais simpliste,  l’image photogénique du milieu petit-bourgeois-hypster US , flambe à l’écran et met une claque aux teenage movies dépourvu d‘intelligence. Le réalisateur filme avec nonchalance l’adolescence, comme une étude sociologique  d’une classe intermédiaire. Pas d’enfants, pas d’adultes, mais l’insouciance  et la langueur extrême des adolescents. Quand la chose n’est pas là, les jeunes se relaxent, bronzent à la plage, font l’amour, papote et crapote.  Mais c’est le sexe qui pose problème et qui s’avère être la pierre angulaire du film. Comme l’épidémie du SIDA, à son paroxysme dans les années 80, les ados couchent pour se donner la chose. Coucher au plus vite en prenant du désir, entre relation amicale incestueuse et prostitution du corps, le film touche ici son aspect le plus vicieux. Certes le film appartient au genre de l’épouvante  mais la mise en scène a tout d’un film d’auteur indé disséquant une génération ankylosée, qui ne sait rien du passé ni du futur. Comme on collerait dans sa chambre des vieux polaroids, reliques d’un temps révolu, It Follows est un film dont il faut se souvenir. Ce petit bijou de l’horreur montre que le genre peut être capitonné d’intelligence et d’une beauté angoissante, le film marque une génération celle de David Robert Mitchell, un cinéaste innovant qui n’a pas peur de mélanger poésie et épouvante.

Gabriel De Bortoli

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