« Imitation Game », œuvre conventionnelle… mais tellement captivante


Sept nominations aux prochains Oscars, dont celles du meilleur film et du meilleur acteur, pour le film Imitation Game…  Il y a de quoi attiser  curiosité sur ce premier long-métrage signé Morten Tyldum et mettant en scène Benedict Cumberbatch et Keira Knightley. Un film certes à la mise en scène classique, mais tellement prenant….

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Taillé pour les oscars

Imitation Game, le film qui a fait pleurer l’acteur principal, Benedict Cumberbatch (série Sherlock, 12 Years A Slave, Star Trek Into Darkness, Le Hobbit : La Désolation de Smaug)… Nous n’avions pas vu pareil coup de comm’ depuis Le Majordome et les fameuses larmes du président américain Barack Obama. Mais la comparaison entre ces deux œuvres cinématographiques s’arrête là : l’une est décevante, tandis que l’autre est surprenante. Cette dernière l’est grâce à son paradoxe.

Le paradoxe de ce premier long-métrage de Morten Tyldum est que derrière son apparence de film académique, lisse et conventionnel, se cache une histoire exceptionnelle, atypique et originale. Celle d’un mathématicien asocial, Alan Turing, qui a tenté pendant la seconde guerre mondiale de percer le secret des codes nazis jugés indéchiffrables. Et c’est ce paradoxe qui nous fait tout de suite dire que le film est incontestablement taillé pour les Oscars, quand on sait que l’Académie tient dans son cœur les films consensuels narrant un fait réel où l’émotion est au rendez-vous avec des individus largement héroïsés, puis portés par des acteurs aux performances plus qu’admirables. Benedict Cumberbatch tient en effet à lui seul le film, et donne toute la douceur et surtout la fragilité qu’avaient besoin son personnage quelque peu marginal. La sensibilité se ressent également, même chez les autres acteurs, notamment chez Keira Knightley (Pirates Des Caraibes, Orgueil et Préjugés), qui campe le rôle de la matheuse   Joan Clarke, un puissant soutien amical et intellectuel pour Alan Turing.

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Le spectateur, très vite intéressé

De par l’existence d’une voix-off (Alan Turning) parlant directement au policier de 1951 qui l’interroge sur ses actes durant la guerre et donc indirectement au spectateur, celui-ci se surprend dès les premières secondes du film à se sentir concerné, attentif à l’histoire qui lui est présentée. Mais il se retrouve également vite emporté dans une ambiance très anglo-saxonne, par le biais d’un récit se déroulant en plein cœur de l’Angleterre et de scènes empreintes d’un humour très british. L’on retrouve une certaine espièglerie dans les dialogues qui prêtent à sourire, mais surtout dans le personnage d’Alan Turing, dont les faits et gestes peuvent parfois paraitre cocasses. Un personnage qui d’ailleurs, nous dévoile son intimité, ses doutes, ses joies, ses peines… sa solitude. Le personnage est étonnant, son parcours en est tout autant.

Un biopic/film de guerre « so 2015 »

 La structuration de l’histoire est intéressante, jonglant entre les années de guerre, la jeunesse du protagoniste et ce qu’il s’est passé ensuite. Le spectateur se rend compte au fil des deux heures de film que chaque période est importante pour qu’il puisse comprendre toute la complexité du personnage principal, et comprend donc qu’Imitation Game est un biopic complet, ne se focalisant non pas sur quelques années de la vie de ce scientifique, mais bel et bien sur les grandes lignes de toute son existence.

 L’intérêt de ce film aux allures de biopic tient également dans le fait qu’il est aussi un film de guerre. Imitation Game est pourtant bien loin des champs de bataille, de la violence des armes. Il décrit plutôt un tout autre aspect des conflits 1939-1945, celui d’une bataille de l’esprit qui se tient à l’arrière, finalement tout aussi importante quant à l’issue de la guerre.

 Il n’est pas sans rappeler qu’Imitation Game garde un aspect très actuel. La dernière demi-heure du film nous fait comprendre avec surprise qu’il est avant tout et surtout un film sur l’homosexualité, dénonçant la façon – choquante en 2015 – dont elle était appréhendée au début du XXe siècle. Mais aussi, Imitation Game est une reconnaissance du travail accompli par ce jeune scientifique et son invention appelée « Machine de Turing », la base d’un objet que le monde du XXIème utilise quotidiennement…

 S’il ne fallait décrire en peu de mots Imitation Game, il faudrait simplement dire qu’il est ce genre de film que l’on qualifie modestement mais justement de « beau film ». Histoire intéressante, surprenante et touchante. C’est ce qu’il faut pour passer un agréable moment dans les salles obscures.

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Bande-annonce du film

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Par Yohann Sed

Pour les feignants de la lecture, écoutez la critique sur Radio Campus Bordeaux, fréquence 88.1, le jeudi 29 janvier à 18h50 ! 

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