FOXCATCHER : un trio d’acteurs au sommet


Steve Carell, Channing Tatum et Mark Rufallo se partagent la partition du dernier film de Bennet Miller. Avec en arrière-plan l’Amérique kitch des années 80, richesse,  pouvoir et dévotion absolue pour un sport, la lutte libre, le triangle d’acteur se transcende et fait de Foxcatcher un chef d’œuvre.

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Prix de la Mise en scène amplement mérité au dernier Festival de Cannes, Bennet Miller signe son troisième film, après le très remarqué Truman Capote qui récompensait d’un Oscar l’acteur principal Philip Seymour Hoffman. Entre une narration qui prend son temps, entre non-dits et silences, comme un corps sculpté d’un athlète Olympique,  Foxcatcher s’impose et force le respect. Tout est dans l’incarnation des acteurs. Tiré d’une histoire vraie, médaillés d’or olympique, les frères Schultz, Mark ( Channing Tatum) et Dave (Mark Ruffalo)  rejoignent le club de lutte flambant neuf du généreux philanthrope, esthète  et milliardaire John du Pont ( Steve Carell). Sous le charme du patriote excentrique, passionné par l’ornithologie, sous l’emprise d’une mère cassante et séduits par la perspective de mettre en place la meilleure équipe de lutte au monde, les frères catcheurs  tombent rapidement sous l’influence et les égarements mégalomanes de Du Pont et sa volonté cartésienne de faire des États-Unis une super puissance grâce à la victoire de ces athlètes aux JO de Séoul de 88.

Bennet Miller est un réalisateur habile et n’a peur de rien, surtout pas des silences et d’une intrigue peu dynamique.  Il laisse les acteurs lunatiques prendre leur temps. Le temps de poser leur voix et leur corps. Frustrant mais jouissif,  les carrures colossales, aphasiques et animales se corrèlent. Les dominations inconscientes s’enchainent entre la mère et le fils, le maître et l’élève ou l’ainé et le cadet.  Dire et ne pas dire pour finalement sombrer dans la fatalité tragique, comme un opéra, solennellement  écrit avec pour cadre un climat de fin de guerre froide, Miller, en réalité,  critique l’Amérique bourgeoise,  patriote et arrogante bouffée par l’argent et la réussite sociale.

Tout est bestial dans le film, de par le maquillage d’abord puis par la performance des comédiens qui incarnent  leur rôle à la perfection. Steve Carell, est affublé d’un nez perroquet démesuré et d’un dentier, puis par sa démarche il se métamorphose et  passe d’un registre à un autre, de la comédie au drame. Comme un taureau, Channing Tatum, lui, respire, mange, sue et pense comme une bête sauvage. Les séances d’entrainement merveilleusement mises en scène, harmonisent les corps transpirants des sportifs, les corps s’entrelacent et se cognent comme la relation qui unit le millionnaire et son protégé. Un rapport paternel manquant, peut être homosexuellement refoulé révèle rapidement la faille fragile du comportement ambiguë de Du Pont. Récit kafkaïen quelque peu rassuré par la présence de Mark Ruffalo, personnage stable et concentré, c’est le renard malin et futé.  Troublé, baladé et subjugué du début jusqu’à la fin, la dernière minute du film glace le sang et laisse le spectateur tourmenté et obnubilé par les performances de ce triangle d’acteur. Le trio se surmonte et la saison est propice aux considérations,  Steve Carell, époustouflant, s’impose donc  avec  majesté pour dégoter la fameuse statuette du meilleur acteur lors de la 86ème cérémonie de remise des Oscars. Réponse le 2 mars prochain.

Par Gabriel De Bortoli

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