La Famille Bélier, recette d’un film populaire


Avec un excellent démarrage et déjà presque 700 000 entrées, la comédie d’Éric Lartigau attaque sa deuxième semaine en salle et s’annonce comme un succès populaire de fin d’année. On a fini par aller le voir et on vous livre la recette spéciale d’un film qui risque de faire de l’ombre à Intouchables.

LA+FAMILLE+BELIER+PHOTO2

Dans la Famille Bélier, agriculteurs dans une petite commune rurale, on demande le père (François Damiens), la mère ( Karin Viard), le fils (Luca Gelberg) et la fille (Louane Emera). Tous sont sourds et muets à l’exception de la fille, Paula. Elle est donc une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique, interprété par Eric Elmosino, qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France.

Avec une dose d’humour, une pincée d’handicap, un peu de chanson et beaucoup de larmes, on obtient la recette indispensable au film populaire, en passant par Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu, ou par Intouchables du duo Nakache et Toledano. Peut-on dire que le succès attendu de cette comédie est méritée ? En tout cas, La Famille Bélier est bien dans le thème, le film est loin d’être un chef d’œuvre mais il se « conformise » aux attentes du spectateur lambda désireux de passer deux heures à rigoler et pleurer dans les salles obscures en cette fin d’année, période de vacances propices aux navets, euh pardon… aux films familiaux et demandant peu de réflexions, oui Noel, c’est fatiguant.

On ne reprochera pas le jeu des acteurs, surtout des parents. Viard et Damiens sont justes dans leur manière d’interpréter la langue des signes. Leur pouvoir comique est assuré et quelques scènes notamment chez le gynécologue sont très drôles. Quant à  Luane Emera, remarquée lors de l’émission The Voice et embauchée pour le rôle-titre, bien qu’elle sache bien chanter, on ne pardonne pas son jeu d’actrice médiocre. Peu convaincante, on dirait une collégienne stressée récitant une poésie  de Prévert au tableau.

Ce film est une succession de clichés qui rassurent les spectateurs. Certes, on rigole, on pleure un peu avant la fin et on re-rigole. La Famille Bélier a tout d’un feel good movie à la française. Le réalisateur Eric Lartigau ne prend aucun risque dans sa mise en scène, sauf peut-être à un moment, on il met le spectateur dans la peau d’un sourd, l’instant d’une minute. Le film n’a pas de rythme surtout lors des scènes musicales. La chanson Je vais t’aimer de Michel Sardou passe en boucle et on se coltine presque tout le répertoire de pépé Sardou, un enfer. Mais il faut bien plaire aux spectateurs les plus vieux, les plus jeunes, eux, connaissent Luane, voilà le secret d’un film populaire, un film qui convient à tous et qui rassemble autour de valeurs universelles ; à savoir, les liens familiaux plus fort que tout au-delà de l’handicap.

Détrompez-vous, ce film aborde très peu le thème de l’handicap dans son essence, mais plus dans la façon d’être diffèrent mais accepté par la société tout en s’émancipant. Ce qui fait la force de ce film, oui, il y en a un peu, c’est qu’on se s’apitoie pas sur le sort des plus  faibles, (des immigrants ou des handicapés comme pourrait le faire les films Samba ou Intouchables). Le spectateur est juste comblé parce que la famille Bélier, dans toute sa simplicité réussit à émouvoir, non pas parce qu’elle est différente mais parce qu’elle est universelle, et s’engueule comme toute les familles en France.

Cependant,  rien d’extraordinaire dans la manière de traiter le sujet. La fin est attendue, bien-pensante, mais laisse, je pense, le spectateur heureux. Ce feel good movie populaire est dans l’ensemble réussi, il est conforme à ce qu’on attend du genre.   Pour les plus aventureux, depuis mercredi, on peut trouver à l’affiche Le Temps des Aveux de Regis Wargnier, un film français passionnant sur la dictature des Khmers Rouges au Cambodge et la captivité d’un anthropologue joué par Raphaël Personnage dans les années 70. Bon d’accord,  si vous voulez rire, pleurer et chanter, vous pouvez aller voir La Famille Bélier.

Par Gabriel De Bortoli

Publicités