« La French » : histoire romancée, film ambiancé, œuvre réussie


Jean Dujardin et Gilles Lellouche se retrouvent sur grand écran avec « La French », un film que Super Bobine a adoré… Une oeuvre très 70’s, qui mêle action, émotion. Le tout, sur fond d’histoire vraie. 

jean dujardin la french

Jean Dujardin (à gauche) ressuscite le juge Pierre Michel. Bernard Blancan (à droite) joue le célèbre commissaire de police Lucien Aimé-Blanc

Copyright : Photo : Nicolas Schul / Legende Films – Gaumont

Sur fond d’histoire vraie

Avec « La French », retour en 1975. Disco, Citroën, pattes d’epf’… ou drogue, mafia, Marseille et justice. 1975, c’est l’année où le célèbre juge Pierre Michel s’apprête à livre un combat avec Tany Zampa, et l’une des plus grosses organisations de drogue, le lien entre France et Etats-Unis, un nom très soft La French Connection. Une aventure semée d’obstacles, de réussites ou échecs, conclue tragiquement en 1981 par l’assassinat du magistrat.

Et quelle bonne idée que de faire revivre l’époque de la French Connection, à la sonorité très 70’s : récit qui se prête formidablement bien à ce que l’on peut attendre du cinéma. En somme, des rebondissements, un héros charismatique, un ennemi qui l’est tout autant, la complexité d’une histoire… VRAIE.

Mais alors que le film nous propose un certain degré de relecture quant aux faits qui se sont réellement produits (ne prenons pas ce qu’il nous est montré et ce qu’il nous est dit dans ce film au pied de la lettre !), les événements les plus marquants, ou les plus choquants sont présents, le réalisateur jouant alors cette fois-ci la carte de l’authenticité et non plus de la simple fiction/histoire révisée : l’assassinat du juge Michel évidemment relaté dans le film, en est le plus cinglant exemple.

Le parcours de deux ennemis

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Gilles Lellouche incarne le mafieux « Tany » Zampa

 Copyright : Photo : Nicolas Schul / Legende Films – Gaumont

« La French » est bien dosé : de l’humour ou de l’émotion quand il faut, un rythme effréné ou au ralenti, toujours au bon moment. Ce film a le don de transformer les faits sérieux en situations légères et cocasses, de mettre en exergue le ridicule et le côté « cool » des personnages. Des personnages également très caractériels, ambitieux et charismatiques, qui s’affrontent dans un duel intéressant. Une confrontation qui rime avec jeu de pouvoir, à celui qui aura la mainmise sur l’autre. Jean Dujardin (Pierre Michel) est l’OSS 177 sérieux, surprenant dans la peau d’un juge charmeur, arrogant, cynique, incarnant le héros moral, tandis que son complice dans la vie privée Gilles Lellouche (Tany Zampa) joue un ennemi mafieux et père de famille, aux reflets méditerranéens. L’acteur nous bluffe par la justesse, la crédibilité de son jeu. Sans doute le plus convainquant de ce duo d’acteurs.

Il est par ailleurs intéressant de suivre tout au long du film ces deux personnalités, qui se traquent au nom d’une cause différente pour chacun mais qui leur semble juste des deux côtés, pour ensuite s’éloigner et ainsi laisser tomber le jeu du flic et du voleur, pour finalement se retrouver involontairement. En d’autres termes, « La French » est le récit de deux vies parallèles qui arrivent à se croiser parfois, avec une évolution commune : le succès, le calme, la chute.

Le spectateur ressent une certaine nostalgie de la part du réalisateur, amoureux de Marseille. Il tient à cœur la ville de son enfance, cela se voit dans son œuvre et d’ailleurs, il ne le cache pas durant les interviews. Une nostalgie qui se transforme en hommage, l’hommage à la cité phocéenne d’il y a 30/40 ans. Mais surtout l’hommage au cinéma français des années 70, vantant les mérites et les valeurs du bon flic (incarnées sous la figure d’un juge dans ce film), traquant le gangster de bonne facture et paradoxalement respectable, ici trafiquant de drogue international.

« La French », film ambiancé

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Copyright : Photo : Nicolas Schul / Legende Films – Gaumont

Force est tout de même de reconnaitre que « La French » n’est pas un film d’une très grande profondeur. Il ne s’attarde pas réellement sur la psychologie des personnages et les raisons qui les poussent à suivre leur chemin, préférant décrire l’image qu’ils dégagent, relater leurs actions. En fait, « La French » est un film « du paraitre », dans lequel le spectateur garde avant tout un regard très contemplatif. L’œuvre est charmante, très ambiancée : musique d’époques, looks et décors très 70’s (la DS est évidemment au rendez-vous !), et surtout le Marseille d’antan reconstitué. L’oeuvre séduit de par son aspect très ensoleillé et coloré. En outre, la mise en scène est élégante. « La French » est donc fait pour passer avant tout un bon petit moment de cinéma : le but n’est pas de faire un documentaire de cette affaire pour le cinéma, simplement de donner les principaux passages clés, nous raconter une histoire réelle avec ses passages romancés.

Une façon fine et élégante pour le réalisateur de faire passer ses messages. En l’occurrence, l’inefficacité probante des services de l’ordre peu motivés (que le juge Michel a souvent reproché), la corruption qui a d’ailleurs forgé l’image du flic français ripoux dans les pays étrangers. Il n’y va pas non plus de mainmorte en dénonçant l’action de l’ancien maire de Marseille devenu ministre, en faisant de lui l’incarnation même de l’ordure politique.

Porté par un duo d’acteurs qui dévoilent leur vrai talent (il n’est pas toujours au rendez-vous dans leurs films précédents !), « la French » est le bon film policier à la française, populaire et de qualité. Sérieux et léger à la fois, un mélange d’émotion et d’action. Aux allures très 70’s, il se veut efficace, ambiancé, et surtout, le témoignage de toute une période. Bref : « La French », ça a d’la gueule.

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NOUS AVONS RENCONTRE L’EQUIPE DU FILM : NOTRE COMPTE RENDU A LIRE ICI

Bande-annonce du film :

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Par Yohann Sed

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