« EDEN » – Le Jardin Musical de Mia Hansen-Love


Le film fait déjà beaucoup parler de lui depuis quelques semaines, il est maintenant dans les salles depuis le mercredi 19 novembre. L’occasion d’avoir enfin son avis sur « Eden », œuvre biographique signée Mia Hansen-Love. Omniprésence de la musique, surtout très ambiancé, il ne décevra pas les générations 90’s-2000’s.

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Toujours plus de musique

La réalisatrice nous transporte dans l’univers magique, complètement fou, coloré, surtout musical de Paul, jeune adolescent, passionné par la musique « garage », intégrant peu à peu la communauté House parisienne, devenant un DJ à part entière. L’ascension, l’évolution puis les difficultés rencontrées par le jeune homme sont les axes principaux d’Eden.

Ce que l’on retient en tout premier lieu, le fond sonore du film. Pas une minute n’est dénuée de musique. Une musique qui nous fait vibrer, nous fait danser sur nos fauteuils. Bref, un film discothèque où l’on nous passe que du bon son. Du très vieux ou du trop jeune, peu nous importe, le jardin musical d’Eden est génial : Daft Punk, Liquid, Franckie Knukles, Bootsy Collins et tant d’autres.  45 titres au total, pas le temps de tout déguster en une seule fois… Heureusement, la BO du film sort en CD : une façon de prendre son pied, d’apprécier un peu plus le film.

L’Histoire de Sven Love, frère de la réalisatrice

Mais une musique omniprésente parait logique, non ? Car après tout, Eden se veut le témoignage de la période de la French Touch. Présenter les influences, les gouts du moment, les créations, c’est la base même du film ! Au final, un moyen d’illustrer les propos et tout ce qui nous est montré. Par ailleurs, de ce côté-là, c’est également un sans-faute pour la réalisatrice. Aidée par son frère qui n’est autre que le DJ Sven Love, elle nous emporte dans le monde très particulier de la French Touch et nous en décrit tous les principaux contours afin que nous, spectateurs, puissions en cerner l’essentiel.

En somme, le film est didactique : à la fin, on sait ce qu’est la French Touch. Sans doute grâce à la malice de la réalisatrice qui a préféré dépeindre l’histoire de son frère, une histoire qui ressemble à celles de très nombreux autres DJs de la French Touch et qui la caractérisent tout particulièrement. Ce qui n’aurait nullement était le cas avec le récit de groupes très célèbres, trop célèbres, dont le parcours est si exceptionnel qu’ils dépassent le phénomène initial. Daft Punk en est un exemple, sans doute la raison pour laquelle le duo reste relativement discret tout au long des deux heures d’Eden. Oui, leurs apparitions sont courtes… Heureusement, les oreilles du spectateur ont droit aux fameux Da Funk,  One More Time ou encore Within.

L’aspect ambiancé du film, sans doute trop prononcé

Mais l’enjeu était de taille avant d’arriver à un tel résultat. Car parler de la French Touch, c’est bien, mais comment ? Mia Hansen-Love a donc procédé au découpage de son récit en deux parties, à  la focalisation sur les meilleures années, ou plutôt, les passages les plus marquants, pour en mettre tout un tas sous silence. D’une part, les années 90 et la naissance du mouvement. D’autre part, les années 2000 et son évolution… et fin ? La narration est limpide, fluide, light, ça ne va pas plus loin. Rythme effréné, les années passent, les deux heures s’enchainent rapidement, comme pour signifier que l’époque de la French Touch a elle aussi, vite passé. Pas le temps de se reposer, la machine s’emballe tout au long du film.

Aucune fausse note pour ce qui est des acteurs. Le spectateur se focalise sur le personnage de Paul, dont l’interprète Félix DE Givry n’hésite pas à lui donner toute la sensibilité qu’il lui faut. Tandis que Vincent Macaigne, étonnamment, en impose et parvient à illuminer les scènes où il apparait. Sans oublier toute la fine équipe qui les accompagne, attachante. Point négatif cependant, leurs personnages n’ont cependant pas de réel fond. L’ambiance prend beaucoup de place. Vraiment trop de place. Finalement, elle en laisse seulement une toute petite pour le reste du film : les personnages auraient sans doute mérité plus de profondeur. Et si le spectateur se focalise uniquement sur le récit, son scénario, il peut être déçu : sa fluidité est si prononcée qu’elle le rend creux.

De plus, les générations qui n’ont pas baigné dans la French Touch ou qui n’en sont pas les héritières risquent fort bien de se sentir exclues. Au final, pour apprécier Eden, il faut impérativement l’appréhender comme un film enfiévré mais avant tout hyper esthétique prenant des allures de club électro branché, le témoignage de toute une époque, celle de la French Touch. Ce n’est que comme cela que l’on peut en prendre plein les papilles et les tympans. Et dire « Non franchement, Eden, c’est vraiment trop cool… on va en boite ? ».

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Par Yohann Sed

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