RENCONTRE – MIA HANSEN-LOVE ET FELIX DE GIVRY NOUS PARLENT DE « EDEN »


Eden, le film sur la French Touch qui fait déjà beaucoup parler de lui, est enfin sorti dans les salles de cinéma ce mercredi 19 novembre. Super Bobine a eu la chance de rencontrer la réalisatrice Mia Hansen-Love ainsi que l’acteur Félix de Givry. L’occasion de revenir sur la genèse du film qui devait être initialement un diptyque… Et de parler musique, French Touch et Daft Punk, bien entendu !

Félix de Givry et Mia Hansen-Love

Félix de Givry et Mia Hansen-Love sous le soleil bordelais

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1 – LA GENESE DU FILM EDEN

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Quel a été votre point de départ pour faire ce film ?

Mia Hansen Love : C’est un film qui a été tiré du parcours de mon frère, Sven Love, qui a été DJ pendant vingt ans. L’idée était de raconter la vie d’un DJ mais à travers lui – peut-être – de saisir les idéaux l’énergie d’une génération, celle des années 90-2000, à travers la passion commune pour la musique.

Quelle est votre relation avec cette période et ce mouvement ?

MHL : Disons que j’en ai été le témoin, je n’en ai pas été l’actrice. Sven en a été l’un des acteurs. C’est une relation qui est néanmoins forte et affective, puisque j’ai passé beaucoup de temps dans ses soirées, j’y allais tout le temps, j’y emmenais mes amis et puis j’étais une supportrice de mon frère et sa musique !

Pour vous, c’était important de raconter, se centrer sur l’histoire d’un groupe qui n’a pas forcément la même notoriété qu’un groupe comme Daft Punk ?

MHL : Il m’a semblé que oui, c’était plus intéressant. Il y a plus d’universalité, plus de gens dont le parcours ressemble à celui de Sven plutôt que celui des Daft Punk qui est passionnant mais complètement exceptionnel. Et raconter le parcours de quelqu’un qui ne connait pas un succès aussi fulgurant, planétaire, est une manière d’évoquer le rapport à la jeunesse et le passage du temps d’une manière plus nuancée, plus mélancolique, mais qui correspondait cependant plus à ma sensibilité.

Votre frère, Sven Love, vous a aidé pour reconstituer cet univers-là ? Avez-vous discuté avec beaucoup de DJ de l’époque ?

MHL : J’ai discuté énormément avec lui. C’était le meilleur interlocuteur pour moi, puisqu’on est très proche et on partage une totale complicité. Ensuite, parce qu’il a vécu dans ce monde pendant 20 ans. Au fur et à mesure que l’on se documentait, on a rencontré des personnes. Parfois, que l’on connaissait depuis très longtemps, des amis de Sven. Bref, on s’est énormément documenté, on s’est nourri de toute cette discussion et de toutes les rencontres que l’on a faites au fur et à mesure.

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2 – EDEN, HOMMAGE A LA FRENCH TOUCH

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Arnaud Azoulay et Vincent Lacoste se mettent dans la peau des Daft Punk pour "Eden"

Arnaud Azoulay et Vincent Lacoste se mettent dans la peau des Daft Punk pour « Eden »

En 2014, quel est l’héritage de la French  Touch ?

Mia Hansen Love : C’est juste le fait que tout le monde puisse faire de la musique chez soi. Les Daft Punk, en faisant Homework [leur premier album], on rendu possible à tout le monde de faire de la musique. Tout le monde peut avoir un logiciel et faire de la musique. On peut vivre plus facilement, en tournant des sons sur internet et jouer dans le monde entier. Ensuite, je ne pense pas que l’on a vraiment un héritage musical. Ce n’est pas un son French Touch qui revient. En revanche, cela a désinhibé les français et cela leur a permis d’une certaine manière de rêver. Les groupes sont plus à même de faire une musique sans paroles, seulement instrumentale, et se dire que cela peut marcher internationalement.

A la base, un DJ, ne faisait que mixait avec ses sons…

Sven Love :  C’était quelqu’un qui peut laisser deux vinyles déjà existant. Cela a toujours été comme cela.

Felix de Givry : Maintenant, le but est de morceler les morceaux en plein de trucs de différentes, d’utiliser un morceau avec la base d’un autre morceau et faire une sorte de live interactif entre tous les morceaux entre eux.

Mia Hansen Love : au lieu que ce soit un enchainement, c’est un mix constant. C’est comme si l’on avait pleins de vinyles avec plusieurs morceaux.

Car les Daft Punk, par exemple, créent leur propre son !

MHL : Les Daft Punk ne mixent plus. Au début, ils étaient DJ. Maintenant, ils composent.

FG : C’est un groupe de musique, ils ne sont plus DJ. Leur première révolution, elle s’est faite avec l’arrivée des samplers. Lorsqu’ils étaient DJ, ils mettaient des samples et  c’était le début de la fin… ou le début du début ! [rires] Ils mettaient des sons ensemble et eux, commençaient à mettre leur morceau. Maintenant, comme leur live en 2007 ils ne jouent que leur morceau.

Cela a été le premier groupe électronique à faire un live et à mixer les morceaux entre eux, et les voix. A faire une sorte de DJ SET LIVE. C’est une sorte de happening. C’est ce que les DJ font maintenant : avoir des lumières de dingue, avec des vidéos de dingue.

Dans votre film, nous pouvons remarquer en parallèle l’évolution de ce groupe. Dans ce milieu-là, ont-ils attiré de la jalousie ? Par exemple, à la fin du film, nous pouvons remarquer qu’il y a une certaine rupture…

FG : Certainement, mais le rapport avec mon personnage, la musique n’est jamais un rapport de jalousie. Il y a une forme de tristesse, mélancolie à la fin, mais aussi une forme de lucidité par rapport au fait que leur parcours n’est pas le même et du contraste qu’il peut y avoir. Mais en même temps, Paul est quelqu’un qui se sent proche de leur musique, qui se sent connecté à elle. C’est ce que j’ai essayé de faire sentir à la fin quand leur musique repasse. Bien sûr, on peut voir dans son regard une certaine amertume, notamment par rapport à l’évolution du métier de DJ, mais cette jalousie n’est pas par rapport aux Daft Punk.

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3 – UN ACTEUR TRES IMPLIQUE DANS UN FILM TRES STYLE

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Félix de Givry joue le rôle de Paul dans « Eden »

Votre acteur principal a l’air calé sur le sujet… Mia, était-ce donc une évidence de lui faire jouer le rôle principal dans ce film ?

MHL : Ce n’est évidemment pas la seule raison pour laquelle je l’ai choisi ! J’ai vu ses essais, je lui en ai fait faire d’autres et j’ai été frappée par son jeu. C’est vrai que le fait qu’il ait cette implication et cet intérêt pour la musique, notamment électronique, était un aspect important pour moi. Vu la présence du personnage dans le film et la manière dont le film s’articule autour de lui, il aurait été très difficile de faire le film avec quelqu’un qui n’a pas un vrai investissement dans la fabrication du film et dans les questions musicales.

Et vous,  Félix, quand vous avez lu le scénario….

FG : Moi quand je l’ai lu, il faisait 250 pages ! [Rires]. J’ai un ami qui avait passé le casting avant. Lui est passé pour le rôle de Stan. J’étais donc persuadé que le rôle principal était celui de Stan. La semaine d’après, lorsque j’ai vu Mia, elle m’a indiqué le rôle de Paul. Je me disais « ah cool, c’est le deuxième rôle..! ». J’ouvre le scénario, et là, je vois toutes  les pages avec moi en disant « Ouah, mais c’est bizarre, il n’y a en plus qu’avec Stan ! » [rires]. Pour revenir à la question, je l’ai lu ce soir même, j’avais une version beaucoup plus longue, puisqu’à la base, Eden était deux films. La deuxième partie était beaucoup plus développée. La première partie est restée assez similaire.

MHL : Nous avons tout de même beaucoup réduit dans les deux parties du film. Nous avons dû réduire le film, nous n’avions par l’argent pour faire deux films.

Mais même en un seul long-métrage, Super Bobine ne peut que confirmer qu’Eden est une réussite ! Merci à Mia Hansen-Love et Félix de Givry.

Propos recueillis par Clément Corbiat et Yohann Sed

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Par Yohann Sed

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