« TIMBUKTU » fait l’ouverture du 25ième Festival International du Film d’Histoire de Pessac


Du 17 au 24 Novembre, le cinéma Jean Eustache de Pessac accueille son 25ième festival du film d’histoire. Avec les 25 ans de la chute du Mur de Berlin, le festival cette année célèbre le cinéma Allemand. Après la cérémonie d’ouverture, la compétition a commencé avec le film d’Abderrahmane Sissako, Timbuktu. Super Bobine y était, nos impressions en avant-première.

"Timbuktu" (2014) de Abderrahmane Sissako

« Timbuktu » (2014) de Abderrahmane Sissako

Remarqué et acclamé au dernier festival de Cannes, à Pessac, Timbuktu à toutes ces chances de remporter la compétition dans « la catégorie fiction ». Même si les spectateurs semblaient charmés – à les voir se précipiter et glisser le bulletin « Prix du public » dans l’urne, notant le film d’une à quatre étoiles- il ne reste pas moins de 10 films à visionner.

En effet Timbuktu est un film d’Histoire, l’histoire qui fait notre actualité, celle de la montée du terrorisme, de ses groupes et de la radicalisation islamiste en Afrique Noire et ailleurs. Sissako, réalisateur mauritanien, s’est inspiré d’un fait d’actualité, celui d’un couple malien, placé dans deux trous creusés dans le sol en place publique, puis lapidé. Leur faute est d’avoir eu des enfants hors mariage. En 2012, des extrémistes islamistes occupent et imposent la charia dans une partie du Mali dont Tombouctou, ville historique, dont les biens culturels ont été détruits et pillés. Absurde et filmé de manière burlesque, dans une petite ville malienne, le football, la musique ou les cigarettes sont interdits par la police islamique. Les femmes doivent se couvrir, sont mariées de force. Les islamistes improvisent des tribunaux aux sentences terribles ; 40 coups de fouet pour avoir joué de la guitare, 10 pour avoir fumé ou lapidation pour adultère. Paradoxalement, ridiculisés, les soldats qui font le djihad, sont grotesques, ils fument en cachette, ne savent pas parler l’arabe, ont du mal à affirmer leur conviction. Avec une photographie splendide, Sissako est un génie, il sait filmer la violence de loin, de près, quand il le faut, il sait filmer les visages, la beauté de l’humanité, la cruauté de l’obscurantisme. Le film délivre un message celui de la résistance, celle aux extrêmes. Le film, poétique mais jamais manichéen montre les habitants qui se battent grâce à la musique, à la danse, en dessinant sur le sable, en chantant tout en recevant des coups de fouet, et surtout, lors d’une scène extraordinaire, qui ne vous laisse pas indemne. Celle où les jeunes du village, comme pour défier l’ennemi, jouent au football…sans ballon. Symbole fort, message du film, aberrant, Abderrahmane Sissako est un soldat poète, le cinéma, son arme. Le film sort en salle le 10 décembre 2014.

La compétition pessacaise continue pendant une semaine, récap des films à voir:

En competition officielle « catégorie fiction », à ne pas manquer, les films en avant-première, on vous propose parmi 11 longs métrages:

Mr. Turner de Mike Leigh, biopic sur le célèbre peintre et prix d’interprétation à Cannes pour l’acteur Timothy Spall. Projeté le Jeudi 20 et Dimanche 23

The Search de Michel Hazanavicius qui revient sur la seconde guerre de Tchétchénie, à ne voir au moins, rien que pour Bérénice Béjo. Projeté le Jeudi 20 et le Samedi 22

Retour à Ithaque de Laurent Cantet, réalisateur palmé pour Entre les Murs, son dernier film se déroule à Cuba ou cinq amis se réunissent pour fêter le retour d’Amadeo après 16 ans d’exil. On se souvient du film collectif 7 jours à la Havane dont Cantet déjà réalisé en terre cubaine La Fuente, juste sublime. Projeté le Mercredi 19 et Samedi 22

En compétition officielle « catégorie documentaire » on retrouve des films tout aussi passionnants, abordant à la fois, la guerre du Viet Nam, le coup d’état chilien en 1973 ou le nazi Albert Goring. A voir parmi 10 films en compétitions:

L’homme du destin. De Gaulle 40-44 de Patrick Rotman

La France et ses immigrés de Valéry Gaillard

Guerre du Viet Nam, au cœur des secretes de Daniel Roussel

Quant à la rétrospective sur l’Allemagne, débats, expositions et présence des réalisateurs Edgar Reitz, Margaret Von Trotta et Volker Schlöndorff sont à l’honneur. D’ailleurs lors d’une master class donnée par le réalisateur du Tambour (Palme d’Or 1979 ex-eaquo avec Apocalypse Now et Oscar du meilleur film étranger) Volker Schlöndorff est revenu dur son parcours, l’après-guerre, ses vacances en France, son déclic pour le cinéma lorsqu’il voit le film bouleversant Nuit et Brouillard d’Alain Rensnais, ses premiers pas sur un tournage, celui de Zazie dans le métro de Louis Malle, il est alors stagiaire. Il est revenu sur son premier film documentaire, traitant de la guerre d’Algérie et ses réfugiés, censuré à la fois en France et en Allemagne, pour atteinte à la dignité d’une nation, voilà comment dit-il « je remerciais sans le vouloir cette amitié franco-allemande à peine naissante ». Puis il a abordé sa palme d’or reçu par la Présidente Françoise Sagan.
L’âge d’or, les années Fassbinder, le cinéma de la RDA, de la RFA, de l’après-guerre froide, le cinéma allemand vu d’ailleurs, chacun y trouvera ses goûts parmi plus de 60 films. Voici notre top 10 des films à voir et revoir :

L’Ange Bleu de Josef von Sternberg

M le Maudit de Fritz Lang

Nosferatu le Vampire de F.W. Murnau

Diplomatie de Volker Schlöndorff

Le Tambour de Volker Schlöndorff

La Bande à Baader de Uli Edel

Good Bye Lenin ! de W. Becker

Le Dictateur de Charles Chaplin

La Grande Illusion de Jean Renoir

Nuit et Brouillard d’Alain Resnais

Du cinéma et de l’Histoire ; c’est ce que fête le 25ième festival international du film d’histoire de Pessac autour d’un thème : l’Allemagne, ennemie hier, réconciliée, notre alliée aujourd’hui, solide amitié, socle de l’Europe.

Pour plus de renseignement sur la programmation, les horaires et les tarifs, cliquer ICI.

Par Gabriel De Bortoli

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