« RESPIRE » – Mélanie Laurent a du talent


Mélanie Laurent est une artiste touche à tout. On la connait actrice, chanteuse, la voici pour une seconde fois réalisatrice avec Respire, son dernier opus, vu à Cannes, présenté en séance spéciale à La Semaine de la Critique.

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On ne va pas vous mentir, on n’avait pas tellement aimé Les Adoptés sorti en 2011, mal accueilli par la critique, qualifié de drama mièvre et artificiel. En plus, à l’instar de notre cher François Hollande, sa cote de popularité n’est pas au top. En effet,  il y a plusieurs jours, Mélanie Laurent a fait le buzz sur internet grâce à un montage vidéo  qui compile un florilège de ses phrases en interview. On la voit comme une personne ultra narcissique, hyper égocentrique et prétentieuse. Mélanie aurait-elle  la grosse tête ? Oui, ça va, elle peut se la péter un peu, elle a joué dans un Tarantino. Bref, sa réputation en prend un coup. N’y prêtez guère attention et foncez voir son dernier film !

Bon, on l’avoue, avant que le film ne commence on a un peu peur : « Vais-je encore me retrouver face à un film cul-cul, un drama larmoyant ou  un second film pire que le premier ? » Détrompez-vous ! Avec un scénario écrit à quatre mains avec l’aide de Julien Lambroschini, Mélanie Laurent  adapte  le roman éponyme d’Anne-Sophie Brasme. Maitrisé et concis, le scénario ne s’essouffle pas.  Charlie portée à l’écran par Joséphine Japy, est une ado qui mène une vie normale, bac à réviser, divorce des parents, vie amoureuse. Au lycée elle rencontre une nouvelle élève, Sarah, interprétée par Lou de Laâge. Les deux deviennent inséparables. Charlie cultive même une adoration pour Sarah, mais quand elle découvre son secret, une relation malsaine commence.  Sarah, manipulatrice,  profite de la situation.

Laurent réussit parfaitement sa mise en scène, rythmée par une musique prenante. Avec des plans stylisés, parfois, il est vrai, un peu exagéré, on notera des ralentis inutiles qui n’apportent pas grand-chose.  Sa caméra est flottante, rêveuse,  parfois sur l’épaule, elle ne juge pas et capte  sans stéréotype (ou très peu) la génération lycéenne.  La réalisatrice s’attarde à filmer les salles de classe ou les discussions entre filles. Bien sûr on pense à Abdellatif Kechiche, à L’Esquive ou  à La Vie d’Adèle, Charlie idolâtrant Sarah entrainant une relation toxique. On trouvera même dans le film un hang, instrument vu dans la Vie d’Adèle, clin d’œil ou plagiat ? En tout cas Kechiche inspire Laurent. De là à comparer leur travail, on y est pas encore.

De la comédie au drame pour finir en thriller, Respire capte le spectateur et ne le lâche plus, jusqu’au dernier plan. On rigole, on pleure et surtout on suffoque, charmé par des scènes et des dialogues réalistes, portés par le jeu impeccable des deux actrices. Joséphine Japy, vu en France Gall dans Cloclo s’annonce prometteuse mais c’est surtout Lou de Laâge, incroyable dans son rôle. Remarquée et nominée pour le César du meilleur espoir pour  son interprétation dans le film Jappeloup, elle crève ici l’écran. Envoutante, adorable et détestable, voix éraillée et effrontée, on ne peut s’empêcher de penser à Jeanne Moreau dans Le Journal d’une femme de chambre de Luis Buñuel.  Petit bémol quant aux seconds rôles. Le personnage de la mère de Charly incarné par Isabelle Carré tourne en rond, rend le film un peu lourd par moment et empêche l’actrice, superbe,  de s’épanouir dans son jeu. Avec un casting essentiellement féminin, Mélanie Laurent joue la carte du féminisme et ses limites ; dans la deuxième partie du film, elle montre en effet un côté pervers, la jalousie,  l’adoration, la haine, la dépression et les mensonges.  

Pour conclure, Respire est un second film dans l’ensemble réussi, qui faiblit un peu dans la psychologie des personnages et leurs relations avec le monde qui les entoure. Mais le film, on  le jure, vous séduit jusqu’à la dernière scène choc. Respire est un film ancré dans l’époque, pas naturaliste mais plutôt réaliste qui prouve un réel travail sur les personnages, les dialogues et une mise en scène épurée et complète. Croyez nous, on vous l’a dit, la réalisatrice a du talent.

Mélanie Laurent,  cette fois-ci, sera bientôt devant la caméra dans Boomerang de François Favrat, avec Laurent Lafitte et on dit qu’elle réfléchit déjà à son prochain film, une adaptation du roman Plonger de Christophe Ono-dit-Biot. A-t-elle finalement une opportunité de rentrer dans la cour des grands ? Allez Mélanie, respire, il est pas mal ton film !

Par Gabriel De  Bortoli

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