« La prochaine fois je viserai le cœur » – Guillaume Canet au sommet !


Demain, c’est mercredi, et une envie irrépressible d’aller au cinéma vous parcourt sûrement. Mais quel film aller voir ? Super Bobine a sa petite idée … La prochaine fois, je viserai le cœur, de Cédric Anger !

Avec Guillaume Canet dans le rôle d’Alain Lamare (rebaptisé ici « Franck »), et s’appuyant sur de solides recherches pour retranscrire le récit le plus précisément possible, le film revient sur le tristement célèbre « tueur de l’Oise », ce gendarme qui sévit à la fin des années 70.

Cinq premières minutes pour planter le décor 

Le récit débute alors que le tueur a déjà entamé sa série de meurtres sur des jeunes auto-stoppeuses, et nous voyons une tentative de meurtre ratée. On découvre alors que Frank est un gendarme, et qu’il va enquêter sur ses propres crimes. Le commissariat où il travaille reçoit une lettre, écrite par lui-même, dans laquelle il précise : « la prochaine fois, je viserai le cœur ».

Cette première scène est, à l’image de tout le film, parfaitement réalisée. Nous voyons d’abord deux jeunes filles conduire chacune une mobylette, en pleine nuit. La première sème la deuxième, qui se retrouve alors seule. Une voiture la suit. La tension monte d’un cran, et l’on sait qu’il va se passer qu’elle chose d’affreux. La voiture, conduite par Franck (Guillaume Canet), percute très violemment la jeune fille. Il sort un pistolet, mais, dérangé par un camion, il ne peut pas l’abattre. A la scène suivante, Franck revêt sa tenue de Gendarme. Le décor est planté, et la double personnalité du personnage sera l’enjeu du film.

Dans la peau du tueur

La grande originalité du film, c’est que nous suivons à la fois le déroulement de l’enquête, mais aussi l’évolution de la personnalité de Franck, qui poursuit sa série de meurtres. C’est rare d’avoir le point de vue du tueur, et cela pose une atmosphère très lourde, et parfaitement captivante. Nous voyons sa vie triste, sans réel lien social, si ce n’est son jeune frère d’une dizaine d’années, qu’il ne voit que pour lui apprendre à devenir un dur, à chasser et à supporter la douleur. Franck n’aime pas les hommes, il n’aime pas les femmes. Il rencontre pourtant une femme (très bien campée par Ana Girardot), mais s’il fait l’amour avec elle, il ne parvient pas à être heureux. Il hait tout le monde, et se hait par-dessus tout. D’ailleurs, il s’auto flagelle.

Le point fort du récit c’est qu’il n’y a pas de « psychologie de comptoir » qui nous dit « si il tue, c’est parce qu’il est malheureux ». Non, tout est bien plus complexe. Pleins de pistes sont dressées : sa relation que l’on devine chaotique avec ses parents, son incapacité à aimer, le fait qu’il n’ait pas d’amis. Aucun raccourci hasardeux n’est fait, ce qui rend le personnage captivant.

Et puis, Guillaume Canet trouve ici peut-être son meilleur rôle. Il retranscrit parfaitement cette double personnalité, un homme effacé dans sa vie sociale, qui est capable d’une démence folle lorsqu’il tue. Les scènes de meurtres sont d’ailleurs parfois insoutenables, non pas qu’elles soient montrées de manière crues, mais justement parce qu’elles sont souvent hors champ et que notre imaginaire travaille. L’on voit du sang sur le pare-brise, puis le regard plein de démence de Canet. Il se déteste, et semble chercher une réponse à tous ses problèmes.

Le tueur enquête sur ses propres meurtres, ce qui est aussi métaphorique. Il enquête sur lui-même, il fait une vraie introspection. Pourquoi est-ce que je n’aime pas les femmes ? Pourquoi est-ce que je fais ça ? D’ailleurs, il pose la question à ses collègues : « pourquoi le tueur tue-t-il simplement ses victimes, dit-il, pourquoi ne leur fait-il rien d’autre ? Quel plaisir peut-il bien y prendre ? ».

Aussi, le personnage de Franck a parfois une dimension religieuse. Il se pose en martyr, c’est d’ailleurs pour cela qu’il se fouette le dos ou se déchire la peau, et il dit vouloir semer le chaos, que l’enfer naîtra. Pour lui, les hommes sont mauvais, et il veut tuer jusqu’à ce qu’on le tue.

La prochaine fois je viserai le cœur est donc un vrai film psychologique, dans la lignée des polars français des années 70. La réalisation est d’une grande maturité, le scénario nous tient réellement en haleine, et le jeu de Guillaume Canet est très puissant. Quelques petits défauts, comme des dialogues parfois bancals au début du film, sont tout de même à signaler, mais le film a le mérite de tenter des choses, de proposer, et il se place déjà dans les tous meilleurs films policiers de ces dernières années.

Par  Clément Corbiat

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