« Interstellar » : Quand Christopher Nolan s’interroge sur la temporalité


Memento, Le Prestige, Inception ou encore la trilogie The Dark Knight : les réalisations de Christopher Nolan sont toujours saluées, aussi bien par la presse que par le public. Très attendu, son nouveau film intitulé Interstellar est enfin sorti dans les salles de cinéma françaises. Mais cette oeuvre est-elle celle que tout le monde espérait ? La réponse est oui.

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Interstellar, dans la lignée des précédents Nolan

Difficile de faire une critique sur un film aussi mystérieux, dont on ne connait que très peu de détails avant de l’avoir vu, sans en spoiler son contenu. Difficile d’avoir un avis sur un film pouvant déplaire ou amener à l’admiration, de par son histoire très poussée voire étourdissante ou délirante. Difficile de crier au chef-d’œuvre quand le film n’a pas la prétention de l’être. Au-delà de toute cette ambiguïté, force est de reconnaitre qu’Interstellar va faire beaucoup, beaucoup faire parler de lui.

Une réalisation de Christopher Nolan est toujours attendue. Le public aime l’aspect tordu et torturé de ses films, qui le pousse encore et toujours au questionnement avec ses histoires volontairement confuses et fins nécessairement alambiquées : comment interpréter chaque film de Nolan ? A vrai dire, il est fort probable que le cinéaste n’a lui-même aucune réponse à donner. C’est à chacun de nous de donner sa propre version du film. Il semble qu’une fois de plus, Interstellar va faire naitre un flot d’idées le concernant : le signe que Christopher Nolan ne décevra pas la majeure partie de son public avec cette nouvelle œuvre.

Dans ce film narrant l’histoire d’un groupe d’astronautes à la recherche de planètes potentiellement habitables pour sauver l’humanité (nous n’en dirons pas plus…), le style du réalisateur n’a pas changé : le réalisme d’une histoire fantastique, une noire atmosphère, un impact émotionnel peu intense malgré le caractère dramatique de certaines scènes. Comme toujours, la musique de Hanz Zimmer accompagne les images et le casting est prestigieux : Matthew McConaughey, Michael Caine, Jessica Chastain et Anne Hathaway. Les effets spéciaux sont évidemment à l’honneur, ce qui n’exclut tout de même pas la présence de « vrais » décors.

La temporalité au coeur d’Interstellar

Alors que la première partie nous rend sceptique quant au réel intérêt du film, la deuxième décole pour nous transporter toujours plus loin en troisième partie. Ce film est fou. C’est une fusée : une base très terre à terre pour nous amener dans une galaxie qui, de par son caractère surdimensionné et  sur-proportionné, échappe à tout ce dont l’homme connait pour le confronter à l’impensable. Ou même, l’inimaginable.  

La notion de temps et du caractère dimensionnel de celui-ci a toujours fasciné Christopher Nolan et Interstellar n’échappe pas à cette obsession. Tout le fond du film réside dans le thème de la temporalité. Connecté, il est vrai, avec les nombreux sujets traités en second plan. L’homme, l’humanité, la machine, l’amour et la survie.

En somme, le film questionne, ne laisse pas indifférent, fait réfléchir sur les caractéristiques primaires de l’homme qui le poursuivent où qu’il aille et quoi qu’il fasse, le but de l’humanité ou les rapports avec les robots, et rend curieux quant aux nombreuses théories qui entourent l’espace. Le spectateur plane, ne sait plus où donner de la tête, ne sait plus quoi penser.

Le paradoxe d’une œuvre aux quelques faiblesses mais admirablement bien construite

Alors que le fond du film est indéniablement réussi, sa forme pèche parfois, reprenant les vieux clichés du typique blockbuster américain qui lassent légèrement le spectateur. Mais tout cela reste logique : les maladresses rentrent dans le cadre d’une structure de base bien établie. Christopher Nolan se moque de la perfection, n’a pas la prétention de faire d’Interstellar un chef d’œuvre. Ce qu’il veut, exploiter un sujet dans une structure narrative préétablie. Ce n’est qu’une fois cette structure élaborée que le réalisateur peut passer à la phase suivante, la plus intéressante : donner à cette structure de base un aspect secondaire en faisant de son film une œuvre riche en réflexion et complexité.

Et le pari est réussi. Interstellar est un blockbuster de qualité comme  Christopher Nolan a toujours su le faire. Autrement dit, un film à gros budget qui ratisse un large public en reprenant tous les codes du consensuel ou du spectaculaire, dans une histoire bien construite, un scénario béton, une musique efficace et des acteurs toujours bons. Sans doute maladroit en certains aspects mais indéniablement hypnotisant,  Interstellar a le talent de faire tourbillonner l’esprit du spectateur. Il amène la réflexion, il engage une réponse que le spectateur doit trouver par lui-même… Et un film qui fait autant parler de lui à propos de son thème est un film réussi. Œuvre à ne rater sous aucun prétexte.  

Par Yohann  Sed

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