FIFIB 2014 – Film en compétition – « Iranien »


Cette semaine, c’est le Festival du Film Indépendant de Bordeaux (FIFIB) ! Super Bobine suit l’événement pour vous, et vous propose des interviews, des comptes-rendus, et son avis sur les films en compétition.

Aujourd’hui, on vous parle du documentaire Iranien, en compétition officielle.

 

Synopsis :

De retour dans son pays natal, Mehran Tamadon persuade quatre ultraconservateurs de cohabiter avec lui durant quelques jours. Cette expérience est prétexte à réfléchir sur le « vivre ensemble », à trouver l’espace commun, au propre comme au figuré, entre deux visions de la société idéale, laïque pour le cinéaste iranien, religieuse pour ses contradicteurs.

Notre avis :

Dans le contexte géopolitique et sociétal actuel très compliqué, le documentaire de Mehran Tamadon apporte un nouveau point de vue sur la question de l’état islamique. Ici, il n’y a pas « les bons » d’un côté, et « les mauvais » de l’autre, ni le simple discours des partisans de la charia. Chaque personne expose un argument, un autre le contredit, ou lui demande d’approfondir, et les sujets se succèdent.

Rapidement, l’on se rend compte qu’avec la meilleur volonté possible, les deux partis ne se mettront jamais vraiment d’accord. Non pas par esprit de contradiction ou par manque d’ouverture d’esprit, mais simplement parce que le point de départ sur lequel est fondé leur idée n’est pas le même. Sur la question du voile par exemple, les partisans de l’état islamique affirment qu’il est indispensable. Leur raisonnement repose sur un argument qu’ils affirment être démontré scientifiquement : pour eux, sexuellement, l’homme s’excite plus rapidement que la femme, et il faut donc protéger la société de ses pulsions, en couvrant la femme.
Et tout au long du film, les exemples de ce type se succèdent ; les raisonnements des quatre ultraconservateurs sont expliqués d’une manière « logique » pour eux, le problème étant leur point de départ, qui pour nous parait tronqué, mais qui pour eux semble inattaquable. 

Aussi, ils prétendent qu’il est logique d’appliquer ces « lois » à toute la société iranienne, car le peuple a voté pour leur application, il y a de ça plusieurs dizaines d’années. Mais le cinéaste leur oppose le fait que, d’une part, ce vote et très ancien, et que l’avis des iraniens pourrait avoir changé, et d’autre part que les gens qui ont votés, l’ont fait sans vraiment savoir ce que cela signifiait. 

Même si il y a peu de chances que les deux camps se mettent d’accord, le débat est toujours intéressant. Il permet de comprendre les volontés de chacun, car il est impossible de réellement trouver des solutions durables si les avis de chaque personnes ne sont pas connus de tous.

Ce film apporte aussi un vent d’espoir, car si à l’issu des 48 heures de discussion, les avis n’ont pas vraiment changés, les hommes ont réussi à cohabiter, à accepter parfois quelques compromis, et une complicité s’est semble-t-il tissée, au détour d’un barbecue et de quelques moments de rires.
Mais la question fondamentale reste pour l’instant sans réponse : peut-on vivre avec des gens qui ont un avis à l’opposé du notre, tout en acceptant que chacun garde sa vision du monde ? Les positions ne sont -elles pas trop antagonistes pour espérer une vie commune apaisée ?

Cela dit, le documentaire Iranien, essai philosophique indispensable, permettra sans doute d’approfondir le débat, et de réfléchir ensemble sur un sujet universel, présent dans toutes les sociétés de tout temps : comment organiser la vie commune, et comment vivre ensemble ?

Corbiat Clément.

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