FIFIB 2014 – film en compétition – « TITLI »


Du 7 au 12 octobre, a lieu le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux. Fou de cinéma, Super Bobine se devait d’y aller faire un petit tour pour la deuxième consécutive et donner son avis sur les huit films en compétitition.Lequel va faire chavirer le coeur du jury ? Peut-être celui-ci…

Source image : dearcinema.com

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De quoi ça parle ?

Titli cherche à fuir la misère des quartiers de la banlieue de Dehli mais ses frères violents, braqueurs de voiture, le forçent à se marier. Il trouvera pourtant en Neelu, sa jeune épouse, une alliée qui partage ses rêves de liberté.

Que faut-il en penser ?

Difficile ne pas sortir troublé après le visionnage du premier long métrage de Kanu Belh, tant il interpelle et choque. Surprenante de par son atmosphère faussement calme, Titli est une œuvre enfiévrée, ponctuée par des étincelles de violence qui ne laissent pas indifférent le spectateur, témoin des mésaventures d’une famille indienne miséreuse et malheureuse.

Le plus marquant, la critique acerbe, la vision pessimiste du réalisateur à l’égard de son pays. Il y décrit toute la noirceur et la virulence d’une société où coups-bas, soumission, trahison et injustice sont les maitres-mots. Tout le monde est touché par ce fléau, même ceux qui pourtant, rêvent de s’en sortir. Des solutions douteuses ou foireuses pour s’empêtrer de plus belles, ou des coups tordus impulsés par la perversité des corrompus. Seule lueur au beau milieu de ce flot d’idées peu flatteuses à l’égard de l’Inde et ses habitants, l’infime sentiment d’espoir et de liberté que l’on retrouve ci et là, à certains endroits de la pellicule.

Ce tout ne serait pas si perturbant sans la profondeur des personnages psychologiquement intéressants : un jeune garçon (Shasbank Arora) observateur et discret qui semble prendre du recul sur les événements avant d’en devenir le principal acteur, et sa femme (Shivani Raghuvanshi) qui se veut indépendante, dont sa propre honnêteté la trompe, sans pour autant regretter ce qui lui est arrivé. Tous deux ont un rêve, l’ambiguité de leur relation les aidera à l’atteindre… ou à découvrir une nouvelle issue.

Mais bien que noir dans son récit, Titli ne l’est en aucun cas dans sa forme. L’image est soignée, granuleuse, colorée, presque contemplative à certains instants.

Des points négatifs tout de même, un long-métrage dont le spectateur n’arrive pas vraiment à se fondre au cœur de l’intrigue, reste plutôt au stade de simple observateur, seulement interpellé lors des séquences « coup de poing ». Une durée plus courte, et le film aurait gagné en efficacité. Quoi qu’il en soit, cracher un peu plus sur cette première œuvre briserait la crédibilité de nos propos. Car dans son ensemble, Titli, présent dans la catégorie « Un Certain Regard » lors du Festival de Cannes 2014, convainc et ne déçoit pas.

Par Yohann Sed

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