« Mommy » : le choc émotionnel signé Dolan


Il est attendu depuis de si longs mois, le voici enfin arrivé dans les salles obscures de France et de Navarre ! Que penser de Mommy ? Pour Super Bobine, il n’y a que du positif à retenir dans cette nouvelle œuvre signée Xavier Dolan.

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Crédit Photo : Shayne Laverdiere

Des films qui cartonnent auprès du public et salués par la critique (même la plus acerbe !), des récompenses multiples dont le Prix du Jury  à Cannes cette année, Xavier Dolan est devenu ces derniers temps le nouveau chouchou du cinéma. Est-ce simplement un effet de mode ? Est-ce que l’on n’en fait pas un peu trop ? A première vue… peut-être. Mais Mommy est pourtant la preuve que le raz-de-marée autour de ce jeune réalisateur reste justifié… car le film est synonyme de BOMBE.

Mommy, c’est d’abord une histoire qui peut sembler banale sur le papier mais qui devient extraordinaire à l’écran. Le grand fan de Titanic qu’est Xavier Dolan nous emmène dans un futur proche, très proche, mais fictif. Nous sommes au Canada. Et nous faisons la connaissance de Diane, jeune femme veuve, sur la paille, et qui doit faire face au caractère violent et incontrôlable de son fils bipolaire aux allures d’un Gilbert Grape du XXIe siècle, Steve. Ils font la rencontre de leur voisine, Kyla, qui souffre de bégaiement. En bref, des personnages au coeur d’une société hostile, qui forment alors un cercle intime qui va les renforcer, ou plutôt, les faire évoluer, pour surmonter les difficultés rencontrées.

A cela, Xavier Dolan y rajoute toute la profondeur qu’un récit doit acquérir pour étinceler : plus qu’une œuvre sur la relation fusionnelle entre une mère et son fils, ou amicale et complice avec un voisin, Mommy est un film sur l’adaptation dans un milieu peu favorable, la reconversion dans une nouvelle vie, et surtout, sur l’attachement. La crédibilité du film tient quant à elle à la performance des acteurs, chacun en parfaite symbiose avec leur personnage et leurs partenaires de jeu.

Crédit Photo :  Shayne Laverdiere

Crédit Photo : Shayne Laverdiere

Notre génie de la transposition d’un sujet lourd sous une forme plus souple nous propose aussi un mélange intelligent entre drame et comédie, film d’auteur et film populaire, fantaisiste et réaliste, léger et profond, décalé et sérieux, terne et coloré. Tout un mic-mac surfait mais savamment structuré pour une œuvre qui ne manque pas de rythme, lui-même orchestré par des musiques malicieuses. Céline Dion, Oasis, Lana Del Rey ou Andrea Bocceli… Ultra-populaires, elles nous parlent et nous rapprochent des personnages du film tout en nous procurant un sentiment encore plus virulent dès qu’elles débarquent dans des séquences toujours marquantes. Marquantes par la présence de cette musique justement, mais aussi par la truculence des dialogues… (trop ?) souvent vulgaires.

C’est dans ce contexte que le spectateur se surprend lui-même à jalonner entre tristesse et joie, dégout, peur et colère. Ce passage d’une émotion à une autre lui permet de ne pas décrocher d’un fil, et de se retrouver prisonnier de cette histoire dont on a du mal à s’en défaire une heure, ou deux heures, voire trois heures après la séance.

Mais l’originalité de Mommy ne tient pas seulement à la façon dont est traité le récit, au mélange des genres et au mille-feuille de sensations. Elle se trouve également dans la technique employée : une profusion de couleurs dans une image au format si peu commun (le 1:1) mais en total accord avec le récit.

Mommy, une œuvre puissante, débordante d’originalité, dont la subtilité réside dans le choc émotionnel ressenti par le spectateur, alors troublé, charmé, comblé. A quand le prochain Dolan ?

Par Yohann Sed

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