Interview de Gérard Lanvin, Claudia Tagbo et Jean Becker


A l’occasion de la sortie du nouveau film de Jean Becker, Bon rétablissement, SuperBobine a eu l’immense privilège d’interviewer le réalisateur, ainsi que deux des acteurs principaux, Gérard Lanvin et Claudia Tagbo.

Lors de cet entretien placé sous le signe de la bonne humeur et riche en anecdotes, Claudia Tagbo raconte notamment comment elle fut approchée pour le rôle, Gérard Lanvin revient sur sa réputation de râleur, et Jean Becker partage ses souvenirs de début de carrière.

Synopsis de Bon Rétablissement : Après s’être fait renverser par une voiture, Pierre (Gérard Lanvin) doit passer plusieurs semaines dans un hôpital. Nous y suivons sa cohabitation avec d’autres patients, ainsi que les différentes visites de sa famille et amis. Entre gags et tendresse, Bon Rétablissement est une chronique de la vie à l’hôpital.

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Photo Allociné

SuperBobine : Claudia, pouvez-vous pitcher l’histoire du film de manière originale ?

Claudia Tagbo : Ça va être difficile, car le film est déjà original ! Faire un film qui se passe dans un milieu hospitalier, on pense qu’on va se tirer une balle, et en fait non ! On rigole ! Donc ça, c’est déjà en soit très original.

Jean Becker : Je valide !

SuperBobine : Gérard Lanvin, vous qui avez la réputation d’être un grand râleur, râler allongé dans un lit, ce n’est pas trop difficile ?

Gérard Lanvin : C’est très facile, moins fatiguant ! Non mais je ne suis pas un râleur, je suis réactif, ce n’est pas pareil. En fait mon plaisir est que tout aille bien, donc quand ça ne va pas bien, je râle. Et comme ça ne va pas bien souvent, je râle souvent. Mais ce n’est pas moi qui râle, je râle en fonction de ce qu’il se passe.

SuperBobine : Ce n’est pas un peu contraignant de rester allongé sur un lit à longueurs de tournages ?

Gérard Lanvin : Non, c’est un emploi magnifique ! Le rôle de Pierre Laurent c’est quelque chose de particulier à jouer. C’est-à-dire qu’il faut arriver à faire que ce personnage devienne attachant, c’est à tout ça qu’on pense, à l’évolution de la situation, de son caractère, de son comportement. Être allongé, honnêtement, c’est pareil que d’être debout pour moi. Moi je joue avec les autres, avec les partenaires, et la situation est suffisamment bien écrite pour qu’elle ne soit pas lassante. Parce que ça aurait pu vous lasser, et ça aurait pu moi aussi me lasser. Et là non, la construction de l’histoire, les enchaînements de scènes, ce théâtre de boulevard en fait, avec toutes ces portes qui s’ouvrent, c’était suffisant pour ne pas s’inquiéter d’être obligé de rester immobile.

SuperBobine : Jean Becker, après une carrière aussi riche, tant de succès, qu’est-ce qu’on attend d’un nouveau film ? Est-ce que la pression est toujours présente ?

Jean Becker : J’ai 80 ans, et si physiquement je peux les faire, dans ma tronche je ne les fait pas. Parce que le fait de continuer à travailler fait que j’ai toujours un enthousiasme, que ce soit pour ce film, pour ceux que j’ai déjà fait, et pour ceux que je vais peut-être encore faire si j’ai la force. Parce que ça vous maintient en ébullition, c’est magnifique ce métier, c’est un métier de privilégiés extraordinaire, que vous réussissez à faire jusqu’à 81 ans, et il y a même des mecs qui ont été plus loin ! Il n’y en a pas beaucoup des métiers comme ça, c’est formidable. Donc je suis heureux comme un petit pinson, et je continue à faire des films pour émouvoir les gens, pour le public, on travaille pour le public, et non pas pour les critiques. Excusez-moi messieurs (rire).

SuperBobine : Vous avez fait beaucoup de films dans la campagne, les villages (comme « Un crime au paradis » par exemple), ça ne vous faisait pas un peu peur de tourner dans un hôpital, en presque huis-clos ?

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Jean Becker : Est-ce que je n’ai pas un peu peur ? C’est un peu tardif pour me dire ça ! (rire) Maintenant c’est trop tard mon vieux ! 

Non  mais dans Un crime au paradis par exemple, il y a beaucoup de scènes en intérieur, entre les deux personnages, c’est presque du théâtre parfois. La différence qu’il y a entre le théâtre et le cinéma, c’est qu’au théâtre on vous regarde en pieds. Au cinéma, il y a des gros plans sur un geste, un visage, etc. Ce n’est pas la même façon d’émouvoir un public. Donc ça ne m’a pas gêné de faire ce film, même si au début je me suis dit « quand même, ça va être un peu difficile ». Car l’écriture était là, et que je savais que les gens allaient se marrer.

Gérard Lanvin : L’exercice le plus difficile pour Jean c’était la mise en scène. Parce que dans une chambre d’hôpital, il y a deux caméras, il y a des vitres, c’était un truc de fou furieux avec la lumière qu’il faut changer sur tous les contre-champs. Techniquement parlant, on ne se rend pas compte, mais il fallait des gens très pointus : son chef opérateur en l’occurrence, ses cadreurs, Jean qui surveille tout sur un combo, avant qu’on agisse nous. C’est ça le gros pari de ce film, c’est la mise en scène, et elle est super parce qu’elle n’est pas du tout dérangeante, lassante j’entends. On ne s’ennuie pas.

SuperBobine : Le casting est très riche (Gérard Lanvin, Claudia Tagbo, Jean-Pierre Darroussin, Anne-Sophie Lapix, Daniel Guichard, Fred Testot, etc…), comment avez-vous choisis vos acteurs ?

Jean Becker : J’ai quelqu’un qui travaille sur le casting. Quand on me fait des propositions qui me plaisent, je dis « oui, c’est une bonne idée ». Mais au début il y a de la recherche, et il y a quelqu’un qui fait ça depuis 15 ans avec moi, et qui se donne du mal, va au théâtre, va voir les gens, va voir les nouveaux spectacles. Et un jour, paf !, il y a un nom d’acteur qui sort, auquel on n’avait pas forcément pensé, ou d’un coup une idée que la directrice de casting a, comme Daniel Guichard. Je me suis dit « ah oui je l’aime beaucoup », alors qu’il n’avait jamais rien fait au cinéma. Pareil pour Anne-Sophie Lapix. Claudia Tagbo, elle, est venue me voir au bureau (rire).

Claudia Tagbo : La directrice de casting est venue me voir il y a 4 ans. Il y a 4 ans, mon spectacle ne durait que 50 minutes, et à l’époque je disais au revoir à chaque personne personnellement en me mettant devant la porte, et je leur serrais la main. Et en me serrant la main, la directrice de casting m’a dit « on se reverra ». Et puis j’avais oublié. Et un jour on m’a appelé. Je suis allé au casting, on me donne le scénario, et je fais dédicacer le scénario, en me disant que même si ce n’est pas moi qui ai le rôle, c’est pas grave, car j’ai un scénario de Jean Becker ! Ça représentait beaucoup pour moi ! Et après quand on m’a dit que j’avais le rôle, waouh, c’était énorme !touchez_pas_au_grisbi01

SuperBobine : Jean Becker, vous avez débuté votre carrière en tant qu’assistant réalisateur de votre père (Jacques Becker), sur le film « Touchez pas au grisbi ». Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de cette période ?

Jean Becker : Je voulais absolument faire du cinoche moi, mais père ne voulait pas ! Et puis finalement il a cédé, et c’est comme ça que j’ai commencé, comme stagiaire sur ce film. Et ça s’est bien passé.
Encore que, le premier jour de tournage il me dit « appelle-moi demain pour me réveiller, pour que j’aille au tournage ! ». Il était assez sec. Le lendemain j’arrive au tournage, et je me dis «  ho merde j’ai oublié de le réveiller ! ». Mon père descend de la rue, sort de sa voiture et hurle « Où est mon con de fils ?! ». Il est arrivé en dernier parce que je ne l’avais pas réveillé. Ça commençait bien !

 

Merci beaucoup à Claudia Tagbo, Jean Becker et Gérard Lanvin pour leur gentillesse.

Notre critique du film, ICI.

 

Propos recueillis par Clément Corbiat et Yohann Sed. Article de Clément Corbiat.

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