Palme d’Or 2014 – « Winter Sleep », splendeur semi-éclatante


La palme d’Or 2014 est enfin arrivée dans les cinémas ! Comme toujours, un prix aussi prestigieux attise la curiosité chez nombre de cinéphiles. Super Bobine a fait comme eux, et s’est vite faufilé dans une salle avec son popcorn, afin de se faire une petite idée sur Winter Sleep

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Il était une fois en Anatolie, Aydin (Haluk Bilginer), comédien à la retraite, propriétaire de grands domaines qu’il loue ou aménage en hôtel, accompagné de sa sœur (Demet Akbag) récemment divorcée et de sa jeune femme (Melisa Sözen). Tous trois vivent ensemble (ou s’y efforcent), mais chacun de leur côté, en toute liberté et tranquillité. L’hiver arrive, la tranquillité devient de plus en plus pesante, l’ennui de plus en plus présent, et les déchirements de plus en plus violents. Le spectateur se veut alors le témoin de ce périple psychologique, fait d’intimité et d’humanisme. Un film calibré avec les critères d’une Palme d’Or.

Ainsi Winter Sleep, c’est avant tout une œuvre intelligente, avec un fond social et politique. Avec des réflexions sur le comportement humain, ou sur les liens qui unissent des personnes socialement opposées. Mais Winter Sleep parle surtout de la famille. Mais bien plus que sur la famille, sur le couple. Avec les deux personnages principaux qui se déchirent et jouent sur les ambiguïtés ou ambivalences, leurs meurtrissures. On ne sait qui a tort, on affirme simplement les raisons de chacun. Et on subit les règlements de compte dont l’issue n’existe point… ou presque. Au fil des scènes, l’émotion monte en crescendo, devient plus intense et plus profonde. Le spectateur en ressort forcément touché. Mais rien de cela n’aurait été possible sans la magie des dialogues ciselés mais si bien amenés que les discussions apparaissent percutantes, et sonnent toujours juste. Le rythme y joue également pour beaucoup, se juxtaposant au décor, à la neige. Car le réalisateur prend le temps d’installer les situations, suit l’hiver qui arrive pas à pas et laisse mourir peu à peu le temps et les sentiments…

Au-delà de ce « beau » spirituel, s’installe aussi un « beau » visuel. Les couleurs éclatantes dans un environnement sans artifices mais gâté par la nature voire les objets du quotidien, font de la nouvelle création de Nuri Bilge Ceylan une fresque picturale que le spectateur doit contempler durant les trois heures de pellicule. Pellicule accompagnée d’une subtilité musicale, celle de Schubert.

Mais bien que cela soit une œuvre sérieuse et appliquée, Winter Sleep n’en est pas moins un film qui tend vers le paradoxe, celui d’une mise en scène tellement polissée qu’elle en devient faussement convenue. Voire pire, académique. Et cela se répercutent sur le reste du film : les trois heures semblent peu appropriées pour ce que le réalisateur nous donne à voir… Bien qu’intéressé, le spectateur regarde sa montre une fois, deux fois, trois fois tant l’histoire lui parait quelque peu longuette et « facile ». Qui sonne le déjà vu. Ainsi, Winter Sleep est une œuvre semi-éclatante, les quelques défauts atténuant sa grandeur. Des images savoureuses au service de dialogues intelligents et intimistes, le tout avec une fausse simplicité dans sa mise en forme lisse : un film maîtrisé, mais pas si percutant…

Par Yohann Sed

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