Quand le cinéma rencontre le sport


Aujourd’hui mercredi l’actu cinématographique et sportive est dense. Entre entre le retour de Jean-Philippe Smet sur les écrans, les sorties de Nebraska ou encore de Dancing in Jaffa d’un côté et le rendez-vous pris par le Paris Saint Germain avec son histoire de l’autre nous avons que l’embarras du choix. Mais ce qu’on oublie souvent c’est que ces deux mondes sont distincts, très distincts, nous vous proposons de voir le lien étroit qu’entretiennent ces deux univers.

En 2006, José Mourinho déclarait : «Si un jour ma vie est adaptée au cinéma, George Clooney pourrait jouer mon rôle. C’est un acteur exceptionnel et ma femme pense que ce serait le meilleur choix». Plus encore qu’une traduction de la mégalomanie du personnage, cette référence cinématographique illustre à quel point sport et cinéma sont deux univers voisins qui entretiennent d’intimes relations. Car finalement la prophétie de José, bien que d’une forte dose d’humour teintée, pourrait bien un jour se réaliser. Mais connaissant le bonhomme, le voir jouer son propre rôle n’aurait rien d’infamant, tant il est capable de transformer la moindre conférence de presse en représentation théâtrale. Il ne serait pas le premier en tout cas à sauter le pas, du sport au cinéma, car nombreux sont les sportifs qui s’y sont déjà essayés, avec plus ou moins de succès. Si la retraite est la petite mort du sportif, les salles de cinéma peuvent se faire scènes de sa renaissance.

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Nombreuses reconversions

Johnny Weissmuller, en la matière, était un précurseur. Quintuple médaillé d’or olympique en natation (entre 1924 et 1928), premier homme à casser la barre mythique de la minute sur 100m nage libre en 1922, il aura durant sa carrière sportive établi 28 records du monde et remporté 52 titres de champion des Etats-Unis. A partir de 1932, il devient le Tarzan du grand écran, et il en reste aujourd’hui le plus célèbre de tous les temps. Mais tous les sportifs qui se sont frottés aux bobines des caméras, ne l’ont pas fait avec la même facilité. A titre d’exemple, Frank Leboeuf paraît encore loin du succès planétaire dans sa nouvelle activité (au théâtre pour l’instant). Mais sans connaître le succès du nageur de la jungle, nombre d’entre eux s’épanouissent dans cette nouvelle voie. Il faut dire que selon l’expression consacrée, certains ont la gueule de l’emploi, comme Moscato ou Cantona. D’autres ont même bifurqué rapidement, Raphaël Poulain (ex-rugbyman) devenant comédien peu avant ses 28 ans. Notons que si ce cheminement peut permettre de rester sous les feux de la rampe, il peut aussi aider à passer de l’ombre à lumière. Ainsi Lino Ventura fut lutteur professionnel avant de s’accomplir encore plus à travers son illustre carrière d’acteur. Une relation forte donc, entre sport et cinéma, mais qui ne s’arrête pas à un échange d’acteurs. L’Enfer du Dimanche, Million Dollar Baby, Le Plus Beau des Combats ou plus récemment Rush forment une liste, non exhaustive et particulièrement subjective, de grands films sur le sport. Un thème au sujet duquel les plateaux de tournages nous réservent également des films sans prétention (Les seigneurs, 3 zéros, Dodgeball) voire totalement bidons (au choix parmi, entre autres, les derniers cités). Le but de cette chronique n’est d’ailleurs pas de classer les différents films évoqués – inutile de s’évertuer à comparer l’incomparable – mais plutôt d’étudier les diverses formes de représentation du sport au cinéma, ainsi que les raisons d’une présence si redondante.

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Le noble art, héros du 7e

Il n’y a pas de recette miracle pour réussir un grand film, fort heureusement. Mais souvent, tel un bon plat, il lui faut de bons ingrédients, autrement dit des acteurs compétents, un dosage harmonieux, un scénario cohérent, enfin une dose de piment et un zest de douceur, respectivement symbolisés par la bagarre et les histoires de cœur. Pour ce qui est de la bagarre, le cinéma a trouvé dans le sport – qui n’en est pas avare – un client rêvé. Mais certains sports sont plus à même (que d’autres) de répondre à cette soif de violence et d’affrontement qui repousse l’humain autant qu’elle l’attire, sans jamais le laisser indifférent. Du navet au best-seller le 7e art a ainsi souvent succombé aux charmes de son noble homologue. Mais entre réalisme et romance, son cœur souvent balance. En effet, si la boxe est, avec le baseball et le football américain, l’un des partenaires les plus appréciés du séduisant grand écran, elle y est représentée de manières très variées, allant de la réalité à la fiction, du film Ali, fidèle biopic de ce boxeur mythique, à la saga Rocky film d’action typique. Symbolisant un dilemme qui à celui des concepteurs de jeux vidéo peut être comparé, lorsqu’entre arcade et simulation ces derniers se doivent de trancher.

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De la fidélité à la trahison

Une fois ce choix fait, une autre problématique entre en jeu, celle du degré de précision et d’expertise accordé au sport en question. De caricaturale à trop technique pour le grand public, les potentielles dérives sont nombreuses, et rien de pire pour les vrais mordus d’un sport qu’une caricature grossière qui lui ferait du tort. En cela les représentations volontairement parodiques, entre autres, nécessitent une habileté insoupçonnée. Seulement entre retranscription fidèle et trahison, la frontière est souvent très mince. En effet, les films consacrés à un sport en particulier peuvent basculer rapidement, de l’ode au travestissement. Par exemple, le film Never Back Down divise particulièrement les critiques. Ce film, sur le MMA (Mixed Martial Art, ndlr), peut ravir les amateurs de ce sport qui ne l’apprécie que pour son vulgaire aspect bastons et filles canons, comme désespérer les véritables puristes, qui l’accusent de trahison. Ces derniers y voient sans doute l’ancrage définitif dans l’esprit du public, de l’image sexiste et sauvagement brutale qui colle à la peau du MMA.

Le sport, parfois enjeu secondaire

Mais parfois certains films traitent du sport sans pour autant que ce dernier en soit l’enjeu majeur. Invictus par exemple, relate la victoire sud-africaine lors de la Coupe du Monde de rugby 1995. Une victoire hautement symbolique, à l’image de la poignée de main historique entre feu Nelson Mandela et François Pienaar. Il évoque ainsi les premiers pas du pays arc-en-ciel en direction de la diminution des clivages ethniques qui le gangrènent. Des clivages qui furent à leur paroxysme lors de l’apartheid (1948-91) mais qui subsistent encore, car c’est un marathon qu’il faudra parcourir pour leur abolition. En effet, toujours à travers l’exemple du rugby, la politique des quotas prouve que l’égalité n’est pas encore à l’ordre du jour, car cette discrimination, même positive, n’est reste pas moins ségrégative. Mais le débat que cela peut susciter dépasse le cadre d’une analyse cinémato-sportive. Une analyse malgré tout impactée par les finalités de l’œuvre, bien entendu. En effet, il est logique, dans ce contexte, que le réalisateur (en l’occurrence Clint Eastwood) n’accorde pas une importance démesurée au respect de l’essence technico-tactique du rugby. Notons enfin que si le cinéma peut permettre à un sport de faire parler de lui, il exploite aussi souvent le succès de certaines disciplines pour en tirer lui-même profit. De plus, la réciproque est parfois vraie, le sport et les sportifs peuvent eux-mêmes utiliser le cinéma. Ainsi plusieurs coachs s’inspirent sans doute dans la réalité du discours d’Al Pacino dans L’Enfer du Dimanche

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L’histoire qui unit ces deux mondes s’écrit donc dans de multiples dimensions. Une histoire que l’on ne saurait résumer à ce rapide état des lieux, et qui est amenée à se poursuivre, car la relation entre le sport et le cinéma, parfois conflictuelle comme toute idylle fusionnelle paraît solide et éternelle. Mais en amour rien n’est acquis pour toujours, et l’être aimé se reconquiert chaque jour. Alors souhaitons que de cette union naissent plus de chef-d’œuvre que de nanars, pour qu’entre sport et 7e art, la passion jamais ne s’égare.

Mathieu Plestan

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