RENCONTRE – « A l’ombre du 35 » ou le témoignage d’un adieu à la pellicule


Symbole de tout un art, symbole entré dans l’imaginaire collectif. La pellicule, après cent années de bons et loyaux services tire peu à peu sa révérence dans les cinémas, laissant place au numérique. L’équipe de projectionnistes du cinéma UGC Ciné Cité Bordeaux, considéré comme l’un des meilleurs de France, a voulu laisser un témoignage de ce passage entre bobines et disque dur dans un documentaire intitulé « à l’ombre du 35 mm ». Super Bobine a eu la chance de rencontrer Vincent et George, qui ont participé activement au projet.

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George est régisseur, après avoir commencé en tant que contrôleur en 1979, puis projectionniste l’année suivante et enfin chef d’équipe. De par cette longue et riche carrière, il connait toutes les ficelles du métier, de ces gens de l’ombre qui s’activent pour faire en sorte que la magie du cinéma opère auprès des spectateurs. Les bobines, il en a vu défiler. Et que d’émotion lors de l’arrivée progressive du numérique. « Très rapidement, c’est passé au numérique » nous a-t-il dit. Et cette transition, c’est Aurore Lesprit, qui travaillait dans ce cinéma au moment de ce passage historique, qui a eu l’idée de la filmer. Selon George, « C’est intéressant de montrer cela », d’autant plus que « c’est tourné de façon humaine, il n’y a pas de politique ni rien », tout en rajoutant que la réalisatrice – et toute l’équipe qui l’entourait – voulait une sorte de « jeux d’ombre et de lumière », comme tous ces gens de l’ombre justement, mais pourtant indispensables.

L’intérêt de ce documentaire – qui n’est par ailleurs pas scénarisé comme pourrait l’être un film – est également de montrer la magie de circulation de la (lourde !) pellicule, mais aussi de reproduire l’ambiance dans l’équipe, où tout le monde se connaissait, partageant une même passion, celle du septième art, comme nous l’a si bien fait remarquer Vincent, qui s’est occupé en particulier de la musique du documentaire. « Nous étions fan de ciné, donc on parlait ciné à longueur de journée ! ». La construction d’ « à l’ombre du 35 mm » était donc un moment fort pour toute l’équipe, puisque tout le monde y a participé, afin de laisser une trace des derniers instants de la pellicule dans ce cinéma bordelais qui a pourtant lutté pour garder ce système le plus longtemps possible. C’est ce qui fait donc toute l’intensité de ce superbe documentaire, où le comique et la tristesse se mêlent, toujours de façon très équilibrée… ce qui n’a par ailleurs pas toujours été facile de faire lors du montage, moment très intéressant dans la conception d’un film/documentaire selon George et Vincent !

L’occasion était aussi pour Super Bobine d’en savoir un peu plus sur ce métier, aujourd’hui disparu. Qu’est ce qui pouvait bien leur plaire en particulier ? « la matière, la pellicule, la monter », selon Vincent qui n’a pas hésité à rajouter qu’il aimait « rester dans l’ombre, circuler dans les murs », et de temps en temps « voir des acteurs et réalisateurs », étant donné que l’UGC Ciné Cité Bordeaux propose très régulièrement à son public de rencontrer de nombreux cinéastes. « C’est assez sympa, magique. On entend le ronronnement, toutes les images qui tapent » et les petits problèmes faisaient partie de cette fantaisie, ce qui est fini avec le numérique. Il y a donc de quoi être un peu triste de la disparition de la pellicule, non ? Pas vraiment ! « C’est une avancée technologique qu’on ne pouvait pas refuser », nous a répondu George. Maintenant, « on devient plus technicien, on s’occupe des bâtiments » et surtout « il manque la chaleur humaine ». Selon ce régisseur, « On ne perd pas notre travail, on perd notre métier. C’est l’évolution, la technologie, on y peut rien ».

Ce changement fondamental dans les professions en lien avec le cinéma est une raison de plus d’aller voir ce documentaire en projection ce samedi 22 Mars à 9h30 à l’UGC CINE CITE BORDEAUX, se voulant le témoignage sincère et réaliste de toute une évolution, dévoilant le quotidien d’une équipe soudée, gardant comme plus beau souvenir, la magie de la pellicule. 

Par Yohann Sed

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