Transe-Lucide – Disiz clôt sa trilogie


Souvent étiqueté « rappeur marrant » depuis son tube J’pête les plombs il y a déjà plus de dix ans, Disiz clôture sa « trilogie Lucide », avec Transe-Lucide, dans les bacs depuis le 3 mars.

La trilogie Lucide

Pour beaucoup, l’enfant prodige du rap du début des années 2000 a du mal à se départir de son surnom de « la peste ». L’on voit alors en lui celui qui, enchaînant les succès, pratique un rap seulement populaire, en tout cas « pas sérieux ».

Après 9 ans de succès, une victoire de la musique et de nombreuses collaborations (dont la chanson  Métisse avec Yanick Noah), Disiz La Peste décide d’arrêter le rap. Il sort alors deux albums « punk rock » qui déroutent un peu son public.

Mais Sérigne M’Baye Gueye (son vrai nom) aime profondément le rap, et décide de revenir aux fondamentaux en 2012 avec L’EP Lucide et l’album Extra-Lucide, les deux premiers opus d’une trilogie qu’il clôt aujourd’hui avec Transe-Lucide.

Transe-Lucide, sur l’album éponyme

Désormais libéré de la particule « la peste », Disiz livre un rap « conscient », où le texte soigné, truffé de trouvailles et toujours plaisant côtoie des instrus rythmées. Disiz a alors su mettre son expérience d’écrivain (deux romans publiés en 2009 et 2012, un troisième à venir) au service de son rap, tout en ne délaissant jamais ses thèmes de prédilections : la misère, les inégalités, le rap, mais aussi son enfance ou tout simplement son quotidien.

Mais alors que vaut ce troisième opus ?

Transe-Lucide est un album concept, axé autour du Lotus. Disiz fait un parallèle entre les 3 étapes de la plante – à savoir la terre, l’eau et l’air – et la vie d’un homme (l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte).

Le premier constat que l’on pourrait faire, c’est que Disiz à voulu plaire à tous SES publics (en tout cas un public cosmopolite, de par la diversité de la production de Disiz pendant 15 ans), quitte à dérouter certains. Pour ma part, même si je dois reconnaître que l’ensemble de l’album est soigné, seule la deuxième partie m’a plu (à partir de l’eau).

Une première partie décevante

Toute la partie dédiée à la terre, qui correspond donc aux déboires de la jeunesse, revêt un rap plus violant que dans Lucide et Extra-Lucide, mais qui se comprend par les thèmes traités. Disiz décrit en effet les problèmes liés à une enfance banlieusarde dans « Banlieusards syndrome », puis enchaîne deux egotrips plutôt insupportables avec « Kamikaze » et « Rap Genius ». Dans « Miskine » il nous parle de son enfance sans richesse, de ses envies à cette époque et de toutes les désillusions qu’elles impliquaient, puis traite du sujet des dépendances dans « Fuck les problèmes », avec un auto-tune utilisé pour dénoncer le côté artificiel de ces substances (car il considère qu’une voix auto-tunée est une voix artificielle).

Plus que le texte (qui reste souvent bon), le problème de cette première partie vient des instrus ainsi que de certains choix dans la production, qui rendent les morceaux agressifs, et donc pas agréables à écouter.

C’est à partir de la 8ème piste et l’excellent « Spirale », que Disiz revient à un rap plus doux, en tout cas dans les mélodies. Car il n’oublie jamais d’insérer un message social, et traite donc de sujets difficiles. Mais poser un texte engagé sur des instrus mélancoliques permet un résultat meilleur que lorsqu’il livre des chansons énervées, monnaies-courantes dans le rap.

Un album bien écrit

Disiz est suffisamment talentueux pour pouvoir se permettre de se démarquer des autres rappeurs dits engagés, mais qui ne pratiquent en réalité qu’un rap victimaire sur un son violent. Avec des mélodies plus douces, Disiz permet alors à l’auditeur de se concentrer sur le texte, et le message passe alors plus facilement.
D’autant que Disiz écrit bien, il serait donc dommage de passer à côté de sa plume, à cause d’un rap segmentant, qui n’est alors dédié seulement qu’à un public bien précis.

A mi-album donc, Disiz retrouve la ligne de conduite suivie pendant toute la trilogie : un rap plus abordable, toujours bien écrit, autour de mélodies douces et rythmées. Les pistes « Burn out » sur l’envie de se libérer des méfaits de la société, « Kadija », » Echo » et « Luv » sur les amours de sa vie (sa femme, ses fils et Dieu) sont, avec des textes plus universels, des chansons touchantes et plaisantes.

Un album finalement plaisant

Dans l’ensemble Transe-Lucide est un bon album, qui permet à différents publics d’y trouver leur compte. Le rap est un mouvement suffisamment large et complet (et complexe) pour intéresser un public très différent, qui n’y recherche pas la même chose (certains y voient avant tout un mouvement contestataire, d’autres s’y intéressent pour le beat, quand d’autres encore – comme moi – y apprécient les textes). Transe-Lucide est donc un album qui s’efforce de plaire à tous ces publics, pour une raison simple : Disiz a voulu clôturer sa trilogie par un album qui lui ressemble, et qui retranscrit toutes les facettes de sa personnalité. Cependant, la première moitié décevante peut laisser un goût d’inachevé à cet album qui se veut pourtant complet.

L’artiste s’est payé le luxe d’un album-concept bien construit, cohérent dans son ensemble, où les mélodies évoluent au rythme de la vie d’un homme. Je vous conseille vivement de l’écouter, d’y piocher les morceaux qui vous correspondront, et de délaisser les autres.

 Clément Corbiat, 10 mars 2014

 

 

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