« Diplomatie » mérite les Honneurs


La Grande Vadrouille, Le Dernier Métro, Le Vieux Fusil, Monsieur Kleim, Monsieur Batignole, La Rafle pour ne citer que ces œuvres-là. Autant dire qu’il existe une véritable histoire d’amour entre le cinéma français et la seconde guerre mondiale. Elle n’est par ailleurs pas prête de s’arrêter puisque sort ce mercredi en salles le film « Diplomatie ». Adaptation de la pièce de théâtre signée Cyril Gély, cette nouvelle réalisation de Volker Schlondorff filme les deux comédiens de la pièce, André Dussollier et Niels Arestrup.

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Nous sommes en 1944. Les alliés ont débarqué en Normandie, et menacent de rentrer dans Paris, alors occupée par les Nazis. Adolf Hitler décide sa destruction complète. Le général von Choltitz – qui n’est autre que l’acteur Niels Arestrup – doit obéir aux ordres. Pourtant, le spectateur sait très bien qu’il n’en a pas été. Vous l’aurez donc compris, l’enjeu de « diplomatie » est alors de dévoiler comment le consul suédois Raoul Nordling – interprété par André Dussollier – a réussi à convaincre Choltitz de revenir sur la décision du  Führer.

Certes, le long dialogue entre les deux personnages du film sont en partie fictifs, mais il est convient d’admettre qu’il est  intéressant de la part des auteurs de centrer le déroulement de l’histoire sur la question suivante : et si ces négociations s’étaient déroulées en une seule nuit ? La manière dont le dialogue est écrit, suivant des étapes de l’art diplomatique, amène toute la crédibilité à cette reconstitution historique.

Le film met également en lumière certains points de cet épisode historique que nous ignorions. Pour donner ne serait-ce qu’un seul exemple, il est incroyable – et effrayant ! – de prendre connaissance du vaste plan envisagé par Hitler et ses amis quant à la destruction de Paris. Parallèlement à ces prises de connaissances, le film ouvre la porte à de nombreuses réflexions : l’obéissance absolue aux ordres, les enjeux diplomatiques quant à l’avenir des deux pays, le poids des mots, l’idée de grandeur, du service rendu à sa patrie.

« DIPLOMATIE » Un film de Volker SCHLÖNDORFF

De par les dialogues et le quasi huit-clos, le spectateur est témoin d’une évolution des personnages, que les acteurs campent avec talent, charisme. Connaissant parfaitement bien les rôles car les ayant déjà joués sur les planches, André Dussollier et Niels Arestrup peuvent leur donner de la profondeur et développer leurs caractères afin que les deux protagonistes se confrontent. L’alchimie du duo fonctionne à merveille et fait des étincelles à chaque instant.

Mais le film ne serait rien sans la maitrise de la réalisation. Car il n’est pas chose aisée de retranscrire une pièce de théâtre au cinéma, de faire en sorte que le spectateur reste captivé du début jusqu’à la fin. Le réalisateur y arrive cependant avec brio. L’utilisation des images d’archives et de la voix-off fait rentrer le spectateur dans une atmosphère pesante et angoissante, la photographie est soignée, le rythme du film est à point, la mise en scène est pointilleuse.  Cela n’empêche tout de même pas au film de garder tous les codes du théâtre, à savoir les retournements de situations, liens de domination entre les personnages, dialogues forts et percutants où chaque mot a son importance, son écho, sa finesse.

La plus grande force du film reste l’effet procuré sur le spectateur. Dès les premières minutes, « Diplomatie » place le spectateur dans un contexte menaçant, où la tension est forte. Même s’il connait la fin de l’histoire, il se sent tout de même stressé, tourmenté par une seule question en tête : « bon sang de bonsoir, comment ce suédois va-t-il convaincre ce foutu nazi ? ». Pour avoir une réponse à cette question, une seule chose à faire : courez vite voir l’incroyable « diplomatie ». Vous verrez, vous ne serez pas déçus, tant l’histoire est prenante, tant les acteurs sont transcendants. Le film « diplomatie » mérite les honneurs.

Par Yohann Sed

photos prises sur le site lemelies.com

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