« ONLY LOVERS LEFT ALIVE » – Quand le mythe des vampires devient original et envoutant


C’est Halloween avant l’heure ! La semaine dernière est sorti sur nos écrans le nouveau film signé Jim Jarmush, « only lovers left alive », faisant sortir de leurs cercueils les vampires que nous adorons tant. Et le résultat est plus que satisfaisant… Critique.

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Only lovers left alive fait découvrir au spectateur l’existence de deux vampires, Adam et Eve, qui vivent une idylle quelque peu particulière : elle perdure depuis de nombreux siècles, d’autant plus que les deux amants sont légèrement éloignés l’un de l’autre. Adam habite à Detroit tandis qu’Eve à Tanger. Mais heureusement, des événements vont les rapprocher…

La force du nouveau chef d’œuvre de Jim Jarmush, le réalisateur iconique du cinéma indépendant, tient dans son originalité. « Only lovers left alive » modernise tous les codes traditionnels que nous connaissons des vampires afin de donner au mythe une dimension inédite, une toute autre profondeur : le sang, les dents pointus, l’élégance, le charisme, la rigueur intellectuelle et l’ingéniosité sont autant d’éléments vampiriques qui sont une fois de plus au rendez-vous dans ce film, cette fois-ci transposés dans la société du XXIe siècle et dans tous les éléments qui la caractérise, de l’iphone au pieu transformé en balle de pistolet en bois en passant par les poches de sang dans les hopitaux. Mais cette retranscription admirablement bien réussie – et amusante pour le spectateur – n’aurait eu aucune profondeur si le réalisateur n’avait pas eu l’incroyable idée de donner à ses vampires toute l’imagerie gothique mêlée à la dimension dramatico-romantique qui leur avait échappé depuis si longtemps.

Le spectateur sera en conséquence fasciné de découvrir le quotidien de ces vampires du XXIe siècle qui essayent de vivre dans la discrétion la plus totale, et dont le principal but est de trouver de quoi se nourrir. Le sang est donc l’élément essentiel de toute la trame du film, faisant évoluer les situations, bousculer les personnages, jusqu’à les exploiter dans des moments peu confortables voire… mortels ! De magnifiques séquences, témoignant d’un certain perfectionnisme dans la mise en scène, envouterons alors le spectateur à chaque fois que les vampires seront filmés avec du sang à leur proximités.

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Mais ce ne sont pas que ces séquences qui sont envoutantes puisque toute l’atmosphère du film l’est essentiellement, témoignant de l’univers des vampires à la fois soporifique, pompeux mais étrangement faite de singularité et sans artifices. Ce paradoxe accentue le petit côté fantastique du film. La musique aux sons répétitifs aide à nous enivrer, à entrer dans la tête des personnages et leur quotidien, la bande-son est donc particulièrement soignée, à la fois rock et junkie, gothique et exotique. Tout comme les mouvements de la caméra flottante et fantomatique qui tourne et tourne jusqu’en en avoir la nausée.

Il n’est pas sans rappeler également l’efficacité des petites touches d’humour subtil, glissées tout au long du film, notamment dans les nombreuses références.

Aussi, ce film ouvre la voie à des moments de réflexion pour le spectateur, notamment sur la temporalité. La question de l’existentialisme tout comme les thèmes de la mélancolie, des pensées suicidaires, se mêlant au romantisme et à la frénésie des beaux sentiments, sont également traités. L’amour – éternel ! – reste néanmoins le point central du film : son titre n’est donc pas un pur  hasard…

N’oublions pas de mentionner la réalisation parfaite : « only lovers left alive » est raffiné et subtil, en plus d’être très esthétique et poétique. Ce que l’on nous donne à voir semble parfois plus important que ce que l’on nous raconte. Les acteurs – Tom Hiddleston et Tilda Swinton – sont charismatiques et font vivre leurs personnages avec crédibilité et justesse. Personne ne pouvait les incarner mieux qu’eux.

« Only lovers lef alive » est une œuvre réussie, tout simplement. D’une part pour sa réalisation subtile et contemplative, d’autre part pour l’originalité de son histoire, donnant au mythe des vampires une dimension à la fois fidèle et moderne. 

Par Yohann Sed

Les images proviennent de toutlecine.com

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