Alexandra Lamy : « dans la vie je ne suis pas tellement colérique »


A l’occasion de la sortie du film De toutes nos forces de Nils Tavernier, un de nos chroniqueurs cinéma, Clément Corbiat, a pu rencontrer Alexandra Lamy. Pleine de gentillesse, et ponctuant tout l’entretien par de nombreux éclats de rire, la « Chouchou » la plus célèbre de France nous a parlé de son film, de sa famille, d’Un gars une fille et même de son juron préféré ! Nous avons aussi pu faire un petit questionnaire très rapide, ICI !

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Bonjour Alexandra Lamy, vous êtes actuellement à Bordeaux pour présenter le film De toutes nos forces de Nils Tavernier, qui sort le 26 mars. Première question : comment ça va ?

Trèèès bien ! On est tellement heureux de faire cette tournée, les retours sur ce film sont tellement extraordinaires, c’est que de la joie, c’est que du bonheur. Donc on se lève le matin avec la banane, et ça c’est chouette !

Les gens sont émus dans les salles ?

Oui mais encore une fois, il ne faut pas toujours associer l’émotion avec la tristesse. Là ce qui est merveilleux c’est qu’il y a de l’émotion par ce que c’est beau, parce que c’est chouette.  D’un coup ça fait du bien, c’est joyeux, c’est beau, c’est fort, et on se retrouve tous là-dedans. C’est génial de faire cette tournée avec ce film-là.

Alexandra Lamy et Jacques Gamblin

En plus vous êtes à Bordeaux, donc c’est encore mieux …

Alors là en plus on est à Bordeaux c’est merveilleux, il fait beau en plus aujourd’hui, c’est merveilleux !

Dans le film vous jouez la mère de Julien, un enfant paraplégique qui veut absolument participer au triathlon « Iron Man » de Nice avec son père. Comment avez-vous abordé ce rôle complexe, à la fois plein de fragilité, de force et de tendresse ?

Pour moi, c’est avant tout une maman, et j’ai donc voulu être une maman avec ses enfants. Après ce qui était important pour moi c’était de savoir comment on se comporte avec un enfant handicapé, car je n’en ai pas dans mon entourage. J’ai donc voulu apprendre les gestes quotidiens : comment le laver, est-ce qu’il faut que je lui coupe à manger, est-ce qu’il faut le coiffer, l’habiller, comment je le regarde – puisqu’il est sur un fauteuil et que le regard est plus bas -, etc. J’ai posé toutes ces questions-là à la maman de Fabien Héraud (l’acteur qui joue Julien, lui-même handicapée, ndlr), Myriam, avec qui on a beaucoup parlé, et que j’ai aussi beaucoup observée.  

Je m’occupe aussi d’une association pour des enfants qui ont des maladies orphelines ou extrêmement graves, et l’on accompagne beaucoup les parents, pour qui c’est un énorme bouleversement dans leur vie. J’ai d’ailleurs fait un documentaire, Une vie de malade, dans lequel je suivais une maman et son fils qui ont une maladie orpheline. Je me suis énormément inspiré d’elle aussi. Pour moi c’était important d’avoir en tête ces femmes-là, car c’était le passé de mon personnage, puisque au moment du film, comme Julien à 18 ans, ce sont des choses que mon personnage a déjà vécues. Donc je me suis inspirés de ces femmes là pour avoir un passé, et ensuite je me suis inspiré de Myriam pour avoir les bons gestes.

Dans bon nombre de vos rôles à la télévision et au cinéma, vous piquez souvent des grosses crises de colère, on se souvient bien sûr de votre personnage dans Un gars, une fille, ou de la scène de dispute d’anthologie dans Les infidèles. Et ici, dans De toutes nos forces, cela vous arrive aussi de vous énerver, même si c’est sur un registre réaliste qui n’a donc pas vocation à faire rire. Vous êtes colérique dans la vie ?

Un gars une fille

Pas du tout ! Absolument pas. C’est marrant parce que c’est une discussion que j’ai souvent avec ma fille, qui est dans un âge avec des colères d’ados : « ouais mais de toute façon tu m’as pas comprise ». A cet âge-là ces colères sont très saines, il faut les avoirs, mais en règle générale je me méfie toujours de la colère, car elle fait faire des choses où on ne réfléchit plus. On défonce des murs, on fait n’importe quoi ; c’est pour ça que j’essaye de ne pas rentrer là-dedans. Mais la colère peut être aussi moteur, et peut nous donner parfois la force de faire quelque chose dont on ne serait pas capable. Donc elle peut être moteur, mais il ne faut pas qu’elle vous rentre dedans, parce qu’on fait n’importe quoi, on dit des choses que l’on regrette derrière. On va casser une super belle assiette en porcelaine et puis on va regretter en disant « nooon pourquoi j’ai fait ça je l’adore, elle vient de mon grand-père». Donc voilà dans la vie je ne suis pas tellement colérique, pour répondre à votre question.

Mais très dynamique par contre

Mais très dynamique, ce qui n’est pas pareil ! (elle rit)

Depuis 2012, vous avez joué à la fois dans 3 drames et dans 3 comédies. Si vous mêlez les genres, c’est pour éviter que l’on ne vous colle l’étiquette de simple « comique de la télé » qui fait du cinéma ?

Je ne suis jamais parti dans cette démarche en me disant « il faut absolu que je fasse du drame car ça va me donner une autre étiquette, ça va me changer etc ». Quelques part moi je sais d’où je viens, je viens du théâtre, et c’est Un gars Une fille qui m‘a appris la comédie ; moi je suis une comédienne qui n’était pas du tout dans la comédie. J’étais au conservatoire à Nîmes, on a monté une troupe et j’étais plutôt celle qui jouait les méchantes.

La chose qu’il y a, c’est que Un gars une Fille c’était de la télévision, donc je rentrais chez vous tous les soirs, donc forcément je suis reconnue la dedans. Mais en même temps je trouve ça merveilleux, car c’est déjà bien pour un comédien d’être reconnu dans quelque chose. Finalement, vous prenez n’importe quel acteur, vous le situez tout de suite dans un film, parce que ça vous a marqué et que c’est pour ça que l’appréciez ; donc moi je suis très heureuse. Mais c’est vrai que, même si la comédie c’est super, et que c’est d’ailleurs extrêmement difficile à faire,  je me disais que j’aimerai bien qu’on me propose autre chose que de la comédie.

Alexandra et François Ozon

Et il s’est avéré que François Ozon – que je remercie à chaque fois – m’a laissé cette opportunité. Ce qui me rendais triste, ce n’était pas le fait qu’on m’associe à Un gars une fille ou à la comédie, mais il n’y a aucun réalisateur qui voulait me rencontrer dans autre chose que de la comédie, au moins pour un casting. Je me disais « pourquoi je n’ai pas la possibilité de rencontrer ce réalisateur au moins pur qu’il fasse des essais ? ». Je trouve ça formidable de faire passer des castings même pour des gens connus, d’ailleurs ils le font aux Etats-Unis et c’est très bien.

« Quand François Ozon m’a pris pour un drame, ça m’a fait un bien fou. »

La première personne qui m’a enfin proposée de passe un casting pour son film, c’est François Ozon. Et pourtant j’ai eu très peur quand je suis arrivée. Je me suis dit « de toute façon je sais très bien ce qu’il va se passer, il va vouloir me voir dans Chouchou, je n’aurais jamais le casting. Mais c’est pas grave, car au moins il me laisse la chance de faire un casting ». Et quand il m’a prise alors là j’ai trouvé ça merveilleux, ça m’a fait un bien fou. Et puis d’un coup les choses avancent et les gens se disent « ha tiens elle est comédienne », « beh oui mais ça fait des années que je suis comédienne ! » (elle rit).

Vous pourriez refaire un programme court à la télévision ?

Déjà il faut trouver la très bonne idée pour un programme court, car c’est extrêmement difficile. Je pense qu’Un gras une fille a été une des meilleurs idées, c’est devenu culte. Et puis c’était un boulot énorme, les gens ne se rendent pas compte. Les gens disent « oui, ça avait l’air facile », mais ce n’était pas facile ! De toute façon, tout ce qui a l’air facile, c’est difficile (rire). Donc je ne sais pas, pour l’instant je lis les scénarios.

Ce qui m’intéresse c’est de raconter des belles histoires. C’est pour ça que quand les gens me demandent « pourquoi vous avait fait une comédie, ou un rôle de drame ? » je leur réponds que pour moi ce qui est important c’est sur le papier, l’histoire que je veux raconter. Et quand je lis un scénario où je me dis « waouh super j’adore cette histoire-là, j’ai envie de la raconter », c’est ça qui est important. C’est Gabin qui disait ça : « pour avoir un bon film il faut une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire » : c’est vrai ! On peut mettre tous les meilleurs acteurs du monde, si ce n’est pas bon, ce n’est pas bon. Et d’ailleurs les meilleurs acteurs du monde d’un coup deviennent mauvais, c’est catastrophique, ça veut dire qu’il y a un problème au niveau du scénario.

Les sœurs Lamy 

Vous êtes une des actrices françaises les plus populaires, votre sœur Audrey cartonne à la télévision, votre cousin est ministre de François Hollande, et votre fille fait ses premiers pas au cinéma. Quel est le secret de la famille Lamy ?

(rire) Je ne sais pas, c’est ce qu’on se disait avec ma sœur hier soir, car je lui disais « ha regarde y’a Chloé (sa fille, ndlr) dans la bande-annonce du film ». On se disait : « mais ce n’est pas possible, les gens vont se demander ce que c’est que ces 3 filles, la famille Lamy, Lamy’s power ! ».En plus avant il n’y avait aucun artiste dans notre famille. C’était plus des gens comme François (François Lamy, ministre délégué à la ville, ndlr) dans la politique, on a aussi eu des ouvriers, etc, mais dans le domaine artistique personne, et là 3 d’un coup ! Alors en plus il y avait beaucoup de garçons dans notre famille, mon père fait deux filles – on était donc un peu les deux seules qui débarquions-, et là on fait toutes ce métier-là alors que personne n’était là-dedans. Je ne sais pas quel est le secret, mais ouais c’est assez étrange.

« Quand il y a quelqu’un qui est chirurgien et que ses enfants font de la médecine, personne est choqué et personne te dis « ha bon ?! Et beh d’accord, et beh c’est gonflé quand même quil fasse de la médecine ! » »

Et votre sœur a dû avoir très peur quand elle a débutée, avec les accusations de piston etc…

Ouais mais moi je lui ai toujours dit « écoutes, les gens ils ont besoin de critiquer, t’as toujours des gens qui seront jaloux, qui seront méchant, parce qu’ils ont besoin de parler, de dire un truc ». Quand il y a quelqu’un qui est chirurgien et que ses enfants font de la médecine, personne n’est choqué et personne ne dis « ha bon ?! Et beh d’accord, et beh c’est gonflé quand même qu’il fasse de la médecine ! » ; personne ne se dis ça.
Ma sœur, c’est moi qui l’ai poussé à faire ce métier-là parce que je l’amenais avec moi au conservatoire, je l’observais, et je trouve qu’elle a un talent extraordinaire. Vous la voyez dans la comédie etc, mais même dans le drame comme on a pu voir dans Polisse, c’est une comédienne extraordinaire. Moi je l’ai poussée à faire ce métier, elle avait extrêmement peur, et encore plus quand on lui a proposé de faire Scène de Ménages où elle m’a dit « ha beh là tout le monde va me faire la comparaison ». Je lui ai dit « tu sais, il y a une chose qui est sûre. Le piston tout le monde pourra t’en parler, va te comparer, mais il y a une chose qui va mettre d’accord tout le monde, c’est si t’as du talent, point ; tout le monde serra raccord ». Et c’est tout, parce que c’est ça qui est important, si t’as pas de talent … Tout le monde nous dit « oui y’a du piston », mais attention, ça peut être un avantage comme ça peut être un gros inconvénient.

 

Alexandra et sa fille

« Je me serais d’abord pistonné moi-même si j’avais le pouvoir de le faire »

Par exemple ma fille, qui vient de finir son film, tout le monde sait que c’est ma fille, donc elle n’aura pas une seconde chance, comme ma sœur d’ailleurs. Moi ça m’est arrivé de planter des castings, personne ne le savait, je n’étais pas connu. Mais la fille de, la sœur de, la cousine ou j’en sais rien, elles n’ont qu’une chance, parce que la prochaine fois ce sera « beh dit donc j’ai vu la fille d’Alexandra Lamy, elle n’est pas terrible ! ». Allez, hop, au revoir. Alors que si vous n’êtes pas connu, on a le droit de se planter, ça arrive. Là, le nom ça donne un petit stress supplémentaire, car directement, on va voir si vous avez du talent ou pas.

Et les gens qui disent « ouais, elle a dû pistonner sa fille ». Ha ouais ? Je me serais d’abord pistonné moi-même si j’avais le pouvoir de le faire, il y a pleins de rôle que j’aurais aimé faire si j’avais ce poids-là, je me serais pistonner moi-même ! Dans ce métier, il n’y a aucun producteur qui va mettre de l’argent sur un tel s’il n’a pas de talent, juste parce que c’est la sœur de. Faut arrêter de rêver, ça ça n’est pas vrai. Moi je crois surtout au travail, car le talent ça vient aussi avec le travail. C’est pour ça qu’il faut continuer de bosser, que je dis à ma fille qu’il faut qu’elle continue de faire du théâtre, qu’lle continue d’aller à l’école.

Ce qui est bien pour ma fille c’est qu’elle connait le métier, donc elle sait. C’est vrai que ce métier c’est pas facile, on se fait critiquer, parfois c’est un peu dur, ça fait un peu mal au moral, ça peut casser aussi. On se fait encenser puis on se fait critiquer ; vous êtes au top, puis vous bossez plus pendant 10 ans. Ce métier ne vous fait pas de cadeau, et puis on est toujours en train d’attendre l’appel. Mais ma fille connait bien ce métier, elle a déjà une carapace là-dessus.

Vous avez déclaré avoir envie de réaliser un film. C’est un projet d’actualité ?

Ouais ! J’ai un projet, bon c’est un film historique qui est évidemment toujours un peu difficile à monter. Ça fait des années que j’en parle beaucoup, mais je sais que j’y arriverai, en plus quand je tourne avec Fabien qui me dit « quand on veut on peut », il a raison : il faut y aller. Ça me donne encore des rêves car c’est vrai que c’est vraiment quelque chose que j’aimerais faire. J’ai toujours aimé raconter des histoires. Parfois les gens se disent « ha bon, pourquoi vous voulez faire réalisatrice ? ». Mais moi j’ai toujours aimé ça, j’aime bien faire des petits films, c’est quelque chose qui m’a toujours attiré. Et effectivement « Le camisard », qui est un film historique, j’ai travaillé dessus pendant des années, j’arriverais à le faire, on a une production etc, mais je me suis dit qu’effectivement ça serait peut-être mieux de démarrer avec un film un peu plus petit. Les films historiques ça coute forcément de l’argent, car ce sont des films à costumes et que tout de suite ça coûte cher, et que c’est pas des comédies populaires, donc vous n’êtes pas sur de faire 10 millions d’entrées. C’est ça qui est difficile. Donc je me suis dit qu’il faut être raisonnable, d’abord faire un film plus petit, mais pas forcément plus simple car ce n’est pas parce qu’il est plus petit qu’il est plus facile à faire. C’est pour ça que je suis en train de racheter les droits d’un livre que j’ai très envie de réaliser. Voilà, c’est quelque chose qui me plait, car j’aimer raconter des histoires.

Je ne trouve pas ça étonnant que des comédiens réalisent des films, car quelque part on fait le même métier, on est là-dedans, on a envie de raconter des histoires, donc forcément à un moment donné on a envie de passer de l’autre côté. Comme Sandrine Bonnaire, comme Nicole Garcia, enfin il y en a eu pleins d’ailleurs.

Merci beaucoup !

Merci à vous.

Propos recueillis par Clément Corbiat

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