« le sens de l’humour » ou la surprise de cette fin de mois


En ce début d’année où les Césars mais surtout les Oscars vont une fois de plus récompenser les très grosses productions, il est bon de se rappeler que la beauté du cinéma réside aussi dans des petits films, ces fameuses petites « pépites ». Le sens de l’humour, de et avec Marilyne Canto, est de ceux-là.

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Photo par Ivan Mathie, distribution Pyramides Films

Synopsis

Dans Le sens de l’humour, nous suivons Elise et son fils Léo, leur quotidien et leur relation. Elise a perdu son mari il y a quelques mois, mais la vie reprend ses droits, on ne parle plus du drame, on essaye de vivre tout simplement. Elle rencontre un nouvel homme, Paul, mais elle ne semble pas encore prête à aimer à nouveau. Dans le même temps, une relation de complicité nait entre Paul et l’enfant, comme un intermédiaire entre les deux adultes.

Avis

Ce film, à la fois tendre et pudique, est de ceux qui font du bien, car il traite d’un sujet compliqué de manière très juste mais aussi très simple, sans artifice ni misérabilisme. On pourrait parler de « leçon d’optimisme », mais ce n’est pas réellement ça. C’est tout simplement un morceau de vie, dans des circonstances particulières, où les protagonistes n’ont d’autre choix que d’aller de l’avant.

D’ailleurs, Le sens de l’humour ne traite pas du deuil, mais de cette phase juste après, celle où l’on s’est reconstruit, mais où des fêlures persistent, et peuvent ressurgir à n’importe quel moment.

Vu de l’extérieur, personne ne peut savoir que cette famille a vécu un drame, elle n’en parle jamais. La mère et le fils n’abordent presque jamais le sujet, si ce n’est au détour d’une phrase, lorsque l’enfant se questionne sur son père.

La mère s’est construit une carapace, ce qui fait qu’elle peut se montrer très dure avec son nouveau compagnon, sans doute par peur de tomber à nouveau amoureuse.

La force de ce film est de ne pas tout montrer, de ne pas tout dire, pour permettre aux spectateurs d’imaginer. Grâce des acteurs très talentueux, jouant avec spontanéité et précision, nous pouvons nous imaginer un passé qui n’est pas expliqué, et cerner leur personnalité.

Une très belle photographie, essentiellement centrée autour de la couleur bleu, et de longs plans séquences dans Paris, ajoutent à cette notion de réalisme.

Je vous conseille donc vivement d’aller voir Le sens de l’humour, vous y passerez à coup sûr un moment agréable, et vous en sortirez avec le sourire. On ne peut qu’encourager ce genre de films à petit-budget, ne bénéficiant pas d’un grand écho dans les médias, mais ayant pourtant beaucoup de choses à proposer.

 Clément Corbiat

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Après avoir vu « le sens de l’humour » qui reste la véritable surprise de cette fin de mois, Super Bobine et quelques journalistes ont eu la chance de rencontrer l’actrice-réalisatrice Marilyne Canto accompagnée d’Antoine Chappey. L’occasion pour eux de poser quelques petites questions…

Mais la question qui taraudait le plus les journalistes étaient la suivante : pourquoi donc avoir intitulé le film « le sens de l’humour » quand nous savons que cette œuvre n’a rien à proprement parler d’une comédie classique ? Tout simplement parce que cela s’inscrivait dans le souhait de la réalisatrice Marilyne Canto, qui ne voulait en aucun cas faire de son film un mélodrame pouvant paraitre « lourd » mais  préférait plutôt « un drame avec de la légèreté » avec ses quelques dialogues parfois amusants. A la lecture de ce titre et surtout après le visionnage du film, le spectateur peut certes se sentir quelque peu dérouté, mais cela n’en sera pas un véritable problème puisque cela l’amènera sur les chemins d’une réflexion quant au sens de ce titre, comme l’aime le rappeler nos deux cinéastes.

Comme il est dit dans la critique ci-dessus, « Le sens de l’Humour » traite de la perte d’un être cher, celle d’un mari, d’un père. De l’instant qui détermine selon M. Canto « comment ils arrivent à vivre tous les deux, comment [la protagoniste] va vers la vie », vers l’engagement pour une autre personne. Et même si film est « hanté par la présence de quelqu’un », de ce défunt, il reprend  « l’étape où elle n’en parle pas », pour laisser se dégager une certaine part de pudeur dans l’atmosphère du film, mais surtout un côté mystérieux pour le spectateur, compréhensif, qui s’imagine alors ce qui a bien pu arriver dans le quotidien des personnages : le but du film est d’exprimer par les émotions, non pas par les explications. « Cela parait plus juste », s’inscrivant dans la « volonté de se différencier des fictions où l’on répond à toutes les questions posées » selon la réalisatrice qui n’hésite pas à rajouter qu’il est « très intéressant de reconstituer les choses comme un puzzle, en tant que spectatrice », de laisser des « touches impressionnistes » ci et là.  C’est donc un choix de laisser planer de l’ombre, du mystère dans « le sens de l’humour ».

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Marilyne Canto et Antoine Chappey à la rencontre des journalistes bordelais

Quant au choix des acteurs, il est bon de s’attarder sur ce point ne serait-ce que quelques lignes. Alors qu’Antoine Chappey – qui connait la réalisatrice de longue date – a été « pistonné ! » comme il ose le dire lui-même en riant, le tout jeune Samson Dajczman a fait la rencontre avec Maryline Canto lors d’un casting, qui s’est déroulé un an avant le tournage. Un délai aussi long pour créer une certaine complicité avec lui, pour qu’il joue bien. Et le résultat est bluffant : « un acteur terrible ! » pour Antoine Chappey, « un petit garçon incroyable ! » de la part de Marilyne Canto. Aucune répétition n’avait été faite, ce qui n’empêchait pas à ce jeune Samson alors âgé de 10 ans de connaitre par cœur le scénario et d’être heureux, fou de joie sur le plateau de tournage. De plus, même si pour la plupart du temps les scènes étaient très écrites, il y a avait quelques fois des improvisations de sa part : « dans tous les moments libres, tout ce qu’il dit a du sens. Il avait tout compris du film, de l’esprit du film » (Antoine Chappey). En plus de posséder « une vraie présence, « il n’a pas peur de silence », ce qui l’amène à jouer bien… et juste !

Le troisième personnage principal du film, c’est la réalisatrice elle-même qui le joue ! « J’adore jouer, pas question de le donner à quelqu’un d’autre ! [rires] » nous répondait Marilyne Canto. Elle campe ici un rôle « Très personnel » en plus d’être « très complexe ». Effectivement, la femme qu’elle incarne est « Douce, dure, changeante », ayant une « fragilité dissimulée ». Ainsi, puisqu’elle était également la réalisatrice du film, elle définissait sur le plateau comment elle avait envie de tourner. Sa grande connaissance du film lui permettait par ailleurs d’arriver sur le lieu de tournage avec simplement l’envie de jouer. D’autant plus qu’une réalisatrice qui joue l’un des rôles du film distribue une « force supplémentaire » et « donne le ton, l’impulsion, le rythme » à son œuvre !

Par ailleurs, puisqu’il est bon d’évoquer les conditions de tournage, il faut savoir que « le sens de l’humour » a principalement été tourné par ordre chronologique, surtout les rencontres entre le personnage d’Antoine  Chappey et celui du petit Samson. Très peu de prises ont été nécessaires, parfois vingt-cinq par scènes, mais seulement quand il le fallait. Le film comporte beaucoup de plans séquences, ce qui est très ambitieux, car aucun moment de faiblesse n’est envisageable. Cela amène par ailleurs une bonne ambiance de tournage dans toute l’équipe, en plus d’un véritable plaisir. Le temps appartient à l’acteur, l’émotion, la vérité de l’émotion. Il est nécessaire d’avoir une grande concentration, ce qui fait alors du plan séquence un moment à la fois effrayant et excitant.

Pour finir, il n’est pas sans rappeler que le film nous dévoile de magnifiques tableaux signés Vinci, et surtout Monet. Le choix de ces toiles « s’est fait sur les thématiques ». Mais « le sens de l’humour » est une peinture en lui-même, puisqu’il nous dévoile toutes les nuances du bleu. Le bleu est incroyable, nous répondait la réalisatrice… Tout comme son film, il faut bien l’avouer.

MAI_121106_0581©Ivan Mathie

Photo par Ivan Mathie, distribution Pyramide Films

Par Yohann Sed

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