Critique du film Week-Ends, avec Karin Viard et Noémie Lvovsky


Pour son troisième long-métrage de fiction, Anne Villacèque s’est attachée à retranscrire les week-ends à la campagne de deux couples d’amis. Sans artifice ni rebondissement rocambolesque, Week-End se centre sur les émotions et le ressenti, autour de thèmes touchants. Critique du film, accompagnée de quelques explications fournies par la réalisatrice, que nous avons rencontré avec Noémie Lvovsky.

Synopsis

Tous les week-ends, quatre amis (joués par Karin Viards, Noémie Lvovsky, Jacques Gmablin et Ulrich Tukur) se retrouvent dans deux maisons voisines en Normandie. Un jour, Jean quitte Christine, et tout est alors déréglé. Les rapports entre les amis ne sont plus vraiment les mêmes, et la solitude, même entouré de monde, se fait ressentir.

L’important est ce qu’on ne montre pas

Sur un rythme lent, quasiment sans musique, Week-ends transmet des émotions, ceux des 4 protagonistes. Par de simples regards et des non-dits, des malaises se font ressentir. Quand les personnages sont gênés, perdus ou embarrassés, cela se ressent à l’écran. La réalisatrice explique qu’elle accorde beaucoup d’importance à ce qui n’est pas dit ou montré, et le jeu d’une grande précision des acteurs permet d’imaginer leurs ressentis.

Week-ends est alors plus un film sur l’évolution des relations et des sentiments, qu’une vraie histoire contée linéairement.

Mais puisque c’est justement ces ellipses et non-dits qui font la force du film, pourquoi avoir voulu absolument insérer une voix-off explicative ? Pour la réalisatrice, c’était une volonté de placer un regard neutre, comme si c’est elle qui parlait. C’était pour elle un moyen d’être au premier degré, de prendre ses personnages au sérieux.

Source HautetCourt.com

Un film réaliste, peut-être trop

Jean Renoir disait que le cinéma n’a pas pour but de retranscrire strictement la réalité, mais qu’il doit justement apporter quelque chose de nouveau. Le cinéma réaliste est un des plus intéressants, quand il arrive à nous passionner à l’histoire par son côté « vrai », mais qu’il propose tout de même quelque chose que l’on ne connait pas, ou du moins un point de vue différent (comme ce que font formidablement bien Jaoui et Bacri). En somme, un film réaliste doit être « juste », sans être banal.

Ici, on peut parfois craindre d’y tomber, avec des situations finalement assez courantes, et l’ennui pointe le bout de son nez à cause de certaines longueurs.

Heureusement, certains plans très réussis et des symboliques autour de l’amour, de l’amitié et de la solitude intérieure rendent ce film touchant et émouvant. Le film propose une tranche de vie, et des thèmes comme les doutes de la quarantaine ainsi que la peur de finir seul en sont le cœur.  

Les paysages de Normandie sublimes, les très bons acteurs et le découpage au fil des week-ends font de ce film, malgré quelques longueurs, une réflexion plaisante autour de thèmes universels. 

Corbiat Clément, 18 février 2014

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