Rencontre – Alain Braconnier : Optimisme quand tu nous tiens…



Il pleut, il fait froid mais je ne vais pas vous laisser déprimer pour autant. C’est pour cela que Super Bobine est allé à la rencontre d’Alain Braconnier, praticien et enseignant de la psychologie et de la psychopathologie humaine, qui nous parle de son livre 
Optimiste.  Si vous avez une baisse de morale, c’est le livre à avoir sur votre table de chevet.

_________________

alain-braconnierPourquoi avoir choisi le thème de l’optimisme ?

J’ai choisi ce thème de l’optimisme car actuellement il y a d’abord un point de vue pessimiste qui parcourt les français dans leur ensemble et qu’il était important de resituer ce qui pour chacun pourrait être une source de vie un petit peu plus optimiste. Mais aussi parce que ma vie professionnelle m’amène à rencontrer un certain nombre de personne dans des états de mal-être qui cherchent l’optimisme. Et au fond comme tout à chacun on cherche toujours à être plus optimiste que nous le sommes.

Qu’est ce que vous appeler l’optimise intelligent ?

Dans l’optimisme il y a la possibilité d’être excessivement optimiste. L’optimisme est souvent qualifié de béat, de naïf, notamment en France, devant un pessimisme considéré comme plus noble et réfléchi. L’optimisme est donc un peu disqualifié et principalement lorsqu’il s’agit d’un optimisme excessif.  L’optimisme excessif est celui qui fait que nous dénions la réalité, que nous  utilisons la méthode Cauet qui consiste à ne rien voir ou bien tout simplement un optimisme de façade. Cet optimisme excessif n’est à mes yeux pas le bon optimisme. Le bon optimisme, c’est-à-dire l’optimisme intelligent c’est à la fois celui qui se permet de rêver et d’avoir un certain nombre d’illusions mais qui garde quand même sa part de réalisme.

Est-ce que le fait d’être optimiste est dans nos gênes ?

Il y a deux types d’optimisme. Celui qui est lié à un moment, un état amoureux ou encore une  bonne nouvelle mais aussi celui qui est considéré comme un trait de caractère qui s’oppose au pessimisme. Il y a des personnes qui sont plus optimistes que d’autres. Il y a eu beaucoup de recherches établies sur l’origine de ce caractère et aujourd’hui il existe de nombreux travaux réalisés à ce sujet. L’optimisme est quelque chose d’assez précis et de bien connu des laboratoires de psychologie. On a découvert qu’il y avait 25% du trait de caractère optimiste qui était lié à la génétique. Cela veut dire que 75% sont liés à l’éducation et aux évènements de la vie. Mais tout au long de notre vie notre cerveau est influencé par les évènements que nous rencontrons. Nous avons la capacité de faire évoluer notre cerveau par rapport aux évènements de la vie.

Est-ce que le plus pessimiste des pessimistes peut devenir optimiste ?

Le plus pessimiste des pessimistes peut trouver en lui quelque graines d’optimisme qu’il a en lui. La période initiale de notre vie, c’est-à-dire lorsque nous sommes bébé, est très marquée par des caractéristiques de l’optimisme. Tout simplement parce que même en ne connaissant rien de la vie, le nouveau né a cette envie d’explorer et d’aller vers l’autre. Cela prouve donc que nous naissons tous avec des graines d’optimisme. Nous avons aussi étudié la manière dont les personnes se représentaient et se situaient par rapport à l’avenir et à leur vie. Étonnamment ils se situent de manière plus optimiste que nous pourrions le penser. Quand nous interrogeons différents types de populations, les personnes ont tendances à se décrire comme étant mieux que la moyenne. Il y a une sorte d’illusion positive qui montre qu’il y a en nous  cette capacité à penser de façon optimiste.

Source Libraire Mollat Bordeaux

Source Libraire Mollat Bordeaux

Que gagnons nous à être optimiste ?

Le fait d’être optimiste a de nombreux bienfaits. Ce qui ne veut pas dire qu’être pessimiste est totalement néfaste. Il y a un pessimisme utile qui permet d’anticiper les mauvaises choses et de s’y préparer. Mais l’optimiste a beaucoup de bienfaits dans le domaine des relations car l’optimisme attire les autres. L’optimiste apporte aussi beaucoup de bienfaits dans le travail car si nous sommes optimiste nous subissons moins les difficultés du travail et nous sommes moins stressés. Mais l’optimiste a surtout des effets sur la santé mentale mais aussi physique. La Mayo Clinic aux Etats-Unis a suivi un groupe de personnes qui venaient consulter pendant trente ans. Parmi eux ils ont distingué les plus pessimistes et les plus optimistes. Ils ont fini par constater que les personnes qui étaient plus optimistes on vécu 20% de plus que les plus pessimistes. L’optimisme fabriquerait des facteurs contre le stresse et provoquerait un effet sur le système immunitaire. Cela prouve donc que l’optimisme a réellement des bienfaits.

C’est bien connu, les français sont les champions du pessimisme. Y-a-t-il une explication à cela ?

Effectivement tout le monde le dit et le constate. Il n’y a pas d’explication simple mais il semble qu’il y ait au moins plusieurs facteurs.  Il y a peut être un facteur éducatif. C’est-à-dire que dés l’enfance et plus particulièrement pendant la scolarité, les parents regardent plus souvent la mauvaise note que la bonne. Ce comportement n’est pas une bonne manière de rendre l’enfant optimiste. Ce n’est pas forcément le cas dans les autres pays ou les gens sont beaucoup plus ouverts vers ce qui est réussi. Les français sont aussi pessimistes sur leur pays, sur ce qui va se passer. Mais lorsque nous les interrogeons sur leur propre vie privée ils le sont beaucoup moins.  Cela montre que le français est plutôt pessimiste pour ce qui l’entoure et pour ceux qui sont responsables du pays. Il y a donc un différence entre un point de vue collectif et un point de vue plus privé. Mais le fait de répéter sans cesse l’idée que les français sont pessimistes à travers les médias et autres, ne fait que transmettre ce pessimisme.

Aujourd’hui nous avons l’impression qu’être optimiste c’est être naïf. Le malheur semble être à la mode. Comment pouvez vous l’expliquer ?

J’aime citer cette phrase de Gérard de Nerval, qui dit « La mélancolie c’est la maladie qui voit les choses telles qu’elles sont». Je trouve cette phrase très instructive car il est vrai qu’il ne faut pas voir les choses comme elles sont mais voir les choses telles qu’elles pourraient l’être, comment les améliorer et comment rêver un peu. Si on voit les choses telles qu’elles sont on peut effectivement être pessimistes et les français ont parfois tendance à voir les choses comme elles sont.

Quelles sont les principales étapes à suivre pour prendre le chemin de l’optimisme, notamment chez les jeunes ?

Quand on est jeune c’est une période de la vie ou nous sommes plus optimistes que lorsque nous sommes plus âgés. La jeunesse est une période de la vie où tout devient possible. Le problème c’est qu’il faut faire des choix et ce n’est donc pas si simple. Mais c’est une période où on a beaucoup d’énergie, où on est combatif et l’une des caractéristique de l’optimisme est de ne pas se résigner. La jeunesse à cette capacité très paradoxale à être très critique, très négative et même temps d’être très combative. Pour la jeunesse il est important de garder ce côté combatif. Nous voyons bien que la jeunesse s’engage quand il y a des grandes causes qui sont en jeu.  Il ne faut donc pas écraser cette énergie. Au fond, le pessimisme c’est se résigner, renoncer, et je pense bien sûr que certains jeunes se résignent parce qu’ils sont trop abattus, ou parce leur caractère ne leur permet pas de combattre. Mais je pense que la majorité a cette qualité de combativité.

 Propos recueillis par Laurine Desfargeas

Publicités